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	<title>Centro Studi La Runa &#187; fascisme</title>
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	<description>Archivio di storia, tradizione, letteratura, filosofia</description>
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		<title>Pauwels l&#8217;admirable</title>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 15:13:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pauwels ne change pas. Il n'a jamais renié en lui ni l'esprit scientifique, ni l'esprit religieux. Il n'est pas dualiste, mais moniste. L'homme est Un, comme sera Un le surhomme]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/pauwels-ladmirable.html' addthis:title='Pauwels l&#8217;admirable '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_4910" class="wp-caption alignright" style="width: 247px"><img class="size-full wp-image-4910" title="pauwels" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/pauwels.jpg" alt="" width="237" height="320" /><p class="wp-caption-text">Louis Pauwels (2 août 1920 - 28 janvier 1997).</p></div>
<p style="text-align: justify;">Il est des saisons pour les livres, comme pour les vins. Voici un essai de printemps. De le découvrir par vent d&#8217;ouest, dans un jardin-jungle plein de bourgeons et d&#8217;oiseaux, me l&#8217;a sans doute rendu plus fraternel. Cette nuit, il a gelé. Et le brouillard encapuchonnait à l&#8217;aube les pierres de mon toit. Maintenant, voici le beau temps. Je bourre une pipe et je vais travailler dehors, sous un soleil fugitif, mais complice. Par trois fois, il me faut sortir mon Opinel pour retailler le crayon: le bouquin de Louis Pauwels est un merveilleux recueil de citations en forme de dialogue.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis assez peu convaincu de l&#8217;identification de l&#8217;interlocuteur Blumroch Joseph avec le vieux complice Bergier Jacques. Le physique y est, paraît-il. Jusqu&#8217;aux tics. Mais j&#8217;imagine, aussi bien, un autre joueur pour relancer la balle. Au fond, le Flamand Pauwels dispute une partie de pelote basque, seul devant son mur. Un mur-miroir, comme dans les salles de danse ou d&#8217;escrime. Rien de tel pour corriger le style. Passons vite sur cette politesse devenue si rare: le bien-écrire. Une virtuosité d&#8217;autant plus certaine qu&#8217;elle se veut invisible. Méditer longtemps et écrire beaucoup pour arriver à ce dépouillement. Un beau <em>strip-tease</em>, qui ne laisse plus que la perfection de la nudité. L&#8217;ellipse, le mot juste, l&#8217;<em>humour</em>. Pauwels sait planter le décor. Un orage va et vient en toile de fond. Sur le devant de la scène, la foule des Champs-Elysées s&#8217;agite. Pas la place de faire de citations. Mais lisez l&#8217;avant-dernière page, entre deux cents autres, et cela vous consolera des rapports opératoires publiés par tous les sinistres thaumaturges du &#8220;nouveau roman&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pauwels écrit à la fois classique et moderne. En ce sens et en bien d&#8217;autres, il me fait penser à mon compatriote Saint-Evremond, bien plus qu&#8217;à Diderot. Pour moi, ce n&#8217;est pas un mince compliment. Il était assez facile d&#8217;être philosophe au siècle des Lumières. La mode vous portait. Mais il était bien plus difficile, quelques dizaines d&#8217;années auparavant, de préparer, dans la solitude, l&#8217;exil et le silence, cette brusque irruption libertaire, qui a &#8220;fait&#8221; la Révolution bien plus sûrement que les banqueroutes et les disettes. Veilleur encore trop isolé, Louis Pauwels n&#8217;en annonce pas moins ce que les marins appellent &#8220;la renverse du courant&#8221;. Il fallait ce solide gars du Nord, avec sa carrure rurale et ses yeux clairs, pour nous rappeler cette vérité évidente, à savoir que l&#8217;esprit connaît aussi des marées et dès saisons. Flamand, j&#8217;y tiens, pour notre Pauwels: rassurant, paisible et terrien comme Breughel. Mais aussi démesuré, infernal et mystique comme Bosch.</p>
<p style="text-align: justify;">Une riche nature. Prophète qui s&#8217;avance sur des souliers à triple semelle. Tranquille. Sentimental aussi. Moins &#8220;d&#8217;une pièce&#8221; qu&#8217;il n&#8217;y paraît, moins carré que sa carrure. Résolu, mais vulnérable. Attachant, mais qui refuse d&#8217;être attaché. Secret. Et avec cela, tout l&#8217;orgueil des timides, en prime.</p>
<p style="text-align: justify;">Je passe sur l&#8217;artifice <em>Blumroch</em>, Bergier-pas-Bergier (et pourquoi pas Benoist-pas-Benoist?). L&#8217;essentiel, c&#8217;est le recueil de citations, de haute teneur explosive. Tellement explosif que pas un critique ne l&#8217;a compris. La bombe &#8220;A&#8221; qui génocida Hiroshima avait, elle aussi, l&#8217;apparence d&#8217;une bombe ordinaire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Le propos de Pauwels est, tout simplement et tout dangereusement, de nous parler du surhomme.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070293645?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2070293645" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-4911" style="margin: 10px;" title="blumroch" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/blumroch.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Il s&#8217;attaque à la pollution idéologique avec une énergie que le préfet du Finistère aurait, certes, dû montrer pour enrayer le mazoutage d&#8217;Ouessant par l&#8217;épave de l&#8217;Olympic Bravery. Du muscle, des idées et du courage. Bientôt la plage sera propre. On accusera bien sûr un tel apologiste du surhomme de fascisme. Mais il répond, d&#8217;une phrase qui sonne comme une claque: &#8220;L&#8217;idée de surhomme que se font les sous-hommes est en effet fasciste&#8221;. A bon entendeur&#8230; On continue: &#8220;Je pense qu&#8217;il apparaît de loin en loin des êtres supérieurs à toute l&#8217;humanité&#8221;. Cette vision, calmement élitiste, se moque des idées à la mode sur l&#8217;avènement des masses car &#8220;l&#8217;âge des masses est en réalité l&#8217;âge des meneurs&#8221;. Louis Pauwels peut alors énoncer quelques vérités d&#8217;évidence, qui réjouiront les lecteurs d&#8217;Eléments mais ne les surprendront guère: &#8220;La science ne s&#8217;occupe pas des idées préférables. Elle dit les faits. Nos facultés sont dans nos gênes. La société, dans la formation de notre personne, ne joue qu&#8217;un rôle mineur&#8221;. Pauwels se prononce, sans haine et sans crainte, pour la hiérarchie des capables. Louis Pauwels en compagnie d&#8217;<a title="Alain de Benoist" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/alain-de-benoist/">Alain de Benoist</a> à Nice, pendant le deuxième congrès international pour la défense de la culture, en septembre 1974. Dans son intervention, l&#8217;auteur de <em>Blumroch l&#8217;admirable</em> lui avait rendu hommage, ainsi qu&#8217;au professeur Louis Rougier.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;Je suis pour une méritocratie&#8221;. Cela ne veut pas dire qu&#8217;il faut des maîtres et des esclaves: &#8220;On est tous frères, c&#8217;est entendu. Mais on n&#8217;est pas jumeaux&#8221;. Dire cela, c&#8217;est affronter le terrorisme intellectuel (et physique) des idéologies égalitaires partout au pouvoir. L&#8217;auteur de <em>Blumroch </em>rappelle l&#8217;aventure de savants comme Jensen, Eysenck et Schockley. Une nouvelle formule coup de fouet: &#8220;L&#8217;égalité est une injustice faite aux capables&#8221;. Beau sujet de bac-philo, non? Suit une bonne distinction entre l&#8217;élite et la bourgeoisie. La volonté de puissance, l&#8217;esprit de réussite, le sens de l&#8217;effort, niés par les fils d&#8217;une bourgeoisie qui bousillent le patrimoine ancestral, permettront à des fils d&#8217;ouvriers de devenir les patrons de la société. Pour Pauwels, la méritocratie reste le seul régime populaire&#8230; Voilà qui va à l&#8217;encontre de la mode. &#8220;Mais nous ne misons pas sur l&#8217;avenir de la piété. Nous misons sur l&#8217;avenir de la connaissance&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070361292?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2070361292" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-4912" style="margin: 10px;" title="le-matin-des-magiciens" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/le-matin-des-magiciens.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Galilée sera éternellement persécuté par les obscurantistes. Cette fois, le champ de bataille n&#8217;est plus le monde physique mais le monde humain. &#8220;Un jour, un nouveau <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/charles-darwin" target="_blank">Darwin</a></span> arrachera le voile, et nous accepterons l&#8217;idée que l&#8217;humanité n&#8217;est pas homogène&#8221;. Mais, en attendant, &#8220;nous souffrons d&#8217;un démocratisme pathologique! Regardez comme nous sommes. Nous croyons beau de penser que tous les hommes se valent, et qu&#8217;à la limite un idiot vaut Einstein. Et quand il nous vient une petite préférence sentimentale pour l&#8217;idiot, nous appelons ca l&#8217;amour!&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pauwels se bat pour la primauté absolue de l&#8217;intelligence, dont &#8220;la fonction est de rendre le monde intelligible à l&#8217;esprit, et, finalement, l&#8217;esprit intelligible à lui-même&#8221;. Le surhomme ce sera celui qui saura trouver le &#8220;mode d&#8217;emploi&#8221; de son cerveau &#8220;maquette complète de l&#8217;Univers&#8221;. Ambition qui oblige, immanquablement, de rendre hommage à Prométhée, père de Hegel et grand-père de Karl Marx le bûcheur comme de Frédéric Nietzsche le poète&#8230; La dialectique pauwelienne apparaît vite imparable. Et elle a le mérite de se situer bien au-delà de la politique. L&#8217;auteur de <em>Blumroch </em>ne se bat pas pour une société mais pour une civilisation celle de l&#8217;Occident scientifique, qu&#8217;il nomme &#8220;le nouvel empire romain&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela conduit à comprendre de quel chaos est mort ce monde de l&#8217;ordre. Alors, on en arrive au christianisme. Louis Pauwels n&#8217;esquive pas le débat capital et se soucie fort peu de réaliser quelque fallacieuse unanimité de la &#8220;droite&#8221;, en gommant le problème numéro un et en taisant le nom du poison. &#8220;Aujourd&#8217;hui dans tout ce que j&#8217;entends contre la civilisation et le progrès, je retrouve mot pour mot les chrétiens du premier siècle&#8221;. Il fallait montrer comment le christianisme que l&#8217;on croyait sérieusement malmené par la Renaissance, le siècle des Lumières la Révolution ou le marxisme, a réussi à survivre et même à triompher. &#8220;Grattez le militant qui veut sauver l&#8217;homme, le judéo-chrétien du premier siècle paraît&#8230; Tout fait honte au civilisé de croire au monde et à soi, de bâtir et de projeter&#8221;. Non sans paradoxe, Pauwels montre à quel point l&#8217;histoire de l&#8217;Eglise fut &#8220;un effort sublime pour contenir et raisonner la folie chrétienne&#8221;. Mais l&#8217;Eglise meurt; le christianisme redevient fou et les idéologues exaltent, avec lui, &#8220;comme voici deux mille ans, l&#8217;angoisse millénariste, l&#8217;attente d&#8217;une apocalypse, l&#8217;espérance d&#8217;un moment exalté de l&#8217;histoire qui mettrait en vacances le genre humain, l&#8217;impatience d&#8217;un Jugement&#8230;&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Contre cette démission de l&#8217;intelligence et du courage, Pauwels et son double entreprennent une exploration hardie et fascinante dans l&#8217;univers du surhumain. On retrouve les auteurs du <em>Matin des magiciens</em> et de <em>L&#8217;Homme éternel</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Pauwels ne change pas. Il n&#8217;a jamais renié en lui ni l&#8217;esprit scientifique, ni l&#8217;esprit religieux. Il n&#8217;est pas dualiste, mais moniste. L&#8217;homme est Un, comme sera Un le surhomme. Pour aborder &#8220;le temps de l&#8217;auto-transformation contrôlée&#8221;, il faut comprendre que la connaissance et la sagesse ne s&#8217;opposent pas, mais s&#8217;identifient. Le surhomme sera à la fois intelligent et heureux. Voici venir le temps irrésistible des &#8220;anormaux supérieurs&#8221;. Voici le credo de Louis Pauwels: &#8220;L&#8217;homme peut être transformé. Des modifications se produisent, par hasard ou par le jeu de forces ignorées. Le but de la science est de rendre volontaire la modification. L&#8217;humanité s&#8217;efforce de ne manquer de rien, mais elle risque de manquer de but. Rendre volontaire la modification: voilà le projet Prométhée du prochain siècle&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut quand même conclure cette analyse. Ou, plutôt, il ne faut pas conclure, puisque Pauwels croit avec le grand <a title="Flaubert" href="http://www.centrostudilaruna.it/flaubert-contestataire-et-nietzscheen.html">Flaubert</a>: &#8220;La bêtise consiste à vouloir conclure&#8221;. J&#8217;avoue avoir été, tout au long de ce brillant essai, séduit et choqué. Séduit par cet entassement d&#8217;aphorismes vengeurs. Choqué par un constant parti pris d&#8217;optimisme, qui correspond fort peu à ma morale intime (si on me demande d&#8217;écrire sur <em>Blumroch</em>, c&#8217;est quand même qu&#8217;on s&#8217;attend à me voir un peu renâcler&#8230;). La certitude qui émane des trois derniers essais de Louis Pauwels me fait quand même penser à Rousseau. Louis a un peu tendance à faire le Jean-Jacques. Croire dans l&#8217;intelligence de certains ne me paraît pas plus assuré que croire dans la bonté de tous. Le surhomme est possible. Il n&#8217;est rien moins que certain. Ma tradition reste celle du pessimisme. Mes maîtres sont de bons Normands comme Boulainvilliers, Barbey, Gobineau, Flaubert, Georges Sorel ou <a title="Drieu La Rochelle" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/pierre-drieu-la-rochelle/">Drieu la Rochelle</a>, tous hantés par la décadence, tous pessimistes. Vers l&#8217;Est, cette vision s&#8217;organise et s&#8217;affirme avec Oswald Spengler. Mais ce pessimisme-là n&#8217;a rien à voir avec le fatalisme ou la démission que dénonce Pauwels. La certitude de la mort n&#8217;empêche pas un seul instant de vivre et de lutter. On rejoint mon vieux Corneille ou les héros solitaires des sagas islandaises. Et aussi la célèbre maxime du Taciturne. Il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217;espérer&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pourquoi, ce que j&#8217;aime encore le mieux chez Pauwels l&#8217;admirable, c&#8217;est son goût du risque: &#8220;Si l&#8217;homme a dominé les autres espèces, c&#8217;est à force de jouer avec le feu. C&#8217;est en jouant avec le feu qu&#8217;il dominera sa propre espèce&#8221;. Finalement sa plus belle maxime reste encore celle-ci &#8220;Il n&#8217;y a de la pensée que s&#8217;il y a du défi&#8221;. Là, Rousseau est bien loin et Nietzsche resurgit.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Eléments</em>, nº 14-15 (mars 1976).</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/pauwels-ladmirable.html' addthis:title='Pauwels l&#8217;admirable ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Annulation magique de la crise et &#8220;méthode physiognomique&#8221; chez Ernst Jünger</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Jan 2000 20:45:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Compte-rendu du livre Armin STEIL, Die imaginäre Revolte. Untersuchungen zur faschistischen Ideologie und ihrer theoretischen Vorbereitung bei Georges Sorel, Carl Schmitt und Ernst Jünger]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/steuckersjuenger.html' addthis:title='Annulation magique de la crise et &#8220;méthode physiognomique&#8221; chez Ernst Jünger '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/ernstjunger48x48.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Ernst Jünger" /><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/rivoluzione-conservatrice.PNG" width="48" height="48" alt="" title="Rivoluzione conservatrice" /><br/><p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2253048429/centrostudila-21" target="_blank"><img class="alignright" style="border: 0pt none; margin: 10px;" src="http://www.centrostudilaruna.it/immagini/oragesdacier.bmp" border="0" alt="Ernst Jünger, Orages d'acier" width="85" height="140" align="right" /></a> Parmi les fidèles de l&#8217;idéologie marxiste, bien peu ont analysé la pensée de ceux qu&#8217;ils appellent les écrivains &#8220;pré-fascistes&#8221;, ou carrément &#8220;fascistes&#8221;, et dont <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Ernst Jünger</a>, évidemment, serait une des figures de proue. Armin Steil est un des rares idéologues marxistes à avoir analysé avec pertinence et profondeur, et surtout avec clarté, les démarches de Georges Sorel, Carl Schmitt et <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Ernst Jünger</a>, dans son ouvrage <em>Die imaginäre Revolte. Untersuchungen zur faschistischen Ideologie und ihrer theoretischen Vorbereitung bei Georges Sorel, Carl Schmitt und Ernst Jünger</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">En se penchant sur <em>Le Travailleur</em>, Steil constate que la logique de <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Jünger</a>, et partant de son &#8220;fascisme&#8221;, ou, plus exactement, de son &#8220;<a href="http://www.centrostudilaruna.it/rivoluzioneconservatrice.html">conservatisme révolutionnaire</a>&#8220;, n&#8217;est pas une logique théorique, une logique construite, basée sur l&#8217;observation de causes et d&#8217;effets, mais une logique et un langage métaphoriques, poétiques, imagées. Face à une réalité socio-économique et politique chaotique, face à la crise de la société et de la cultures allemandes, <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Jünger</a> veut maîtriser les effets pervers, les dysfonctionnements par l&#8217;esthétique: son &#8220;fascisme&#8221;, son &#8220;<a href="http://www.centrostudilaruna.it/rivoluzioneconservatrice.html">conservatisme révolutionnaire</a>&#8220;, seraient donc essentiellement de nature esthétique, contrairement au marxisme qui se moulerait sur les réalités matérielles et résoudrait les crises en travaillant les matières socio-économiques elles-mêmes, sans recul idéaliste, sans recours à une transcendance ou à une esthétique. Steil conclut très justement: &#8220;Le livre [=<em>Le Travailleur</em>] veut éduquer [les hommes] à avoir une attitude souveraine face aux processus sociaux&#8221;. L&#8217;observation minutieuse, froide, dépassionnée, constituerait dont la &#8220;clef magique&#8221; qui permettrait à l&#8217;élite qui s&#8217;en sert de maîtriser les crises, de mettre un terme au chaos et aux disparités dissolvantes qui entravent le bon fonctionnement des sociétés qui les subissent.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>être des yeux hyper-perceptifs</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2267014300/centrostudila-21" target="_blank"><img class="alignleft" style="border: 0pt none; margin: 10px;" src="http://www.centrostudilaruna.it/immagini/laguerrecommeexperience.bmp" border="0" alt="Ernst Jünger, La guerre comme expérience intérieure" width="84" height="140" align="left" /></a> Les esprits volontaires qui souhaitent donc &#8220;prendre le taureau par les cornes&#8221;, agir sur le terrain politique, lutter contre les crises et leurs effets, ne doivent donc pas s&#8217;atteler à construire un système mécanique d&#8217;idées toutes faites qui s&#8217;agencent et s&#8217;emboîtent parfaitement, mais être des &#8220;yeux&#8221; hyper-perceptifs, capables de décrire les phénomènes de la vie quotidienne: c&#8217;est ce que <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Jünger</a> appelle la &#8220;méthode physiognomique&#8221;. Elle permet de voir l&#8217;essence d&#8217;une chose dans sa simple apparence, de saisir l&#8217;unité de l&#8217;essence et de l&#8217;apparence, qui est la &#8220;forme&#8221; (<em>die Gestalt</em>), invisible pour tout observateur inattentif, distrait, non habitué à manier avec la dextérité voulue la &#8220;méthode physiognomique&#8221;. Tout phénomène valable, fécond, porterait donc en lui une &#8220;forme&#8221;, plus ou moins occultée, une force potentielle qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;arraisonner et de mettre au service d&#8217;un projet politique ou historique. En revanche, tout phénomène qui n&#8217;apparaît que comme &#8220;normal&#8221; est, par conséquent, un phénomène sans plus de &#8220;forme&#8221;, sans &#8220;force&#8221;. En tant que tel ce phénomène serait un signe avant-coureur de la décadence, un signe indiquant qu&#8217;il y a redistribution des cartes, que des formes meurent, en obéissant ainsi à une logique cachée, qui, elle, prépare l&#8217;avènement de formes nouvelles, aux forces intactes.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;observation des phénomènes de la vie courante, de détails de nos décors quotidiens, laisse entrevoir où se manifestent la chute et la mort des formes: les néons, les lumières tapageuses, criardes et artificielles des villes modernes, sont un indice patent de cette déperdition de forces, masquée par des couleurs et des intensités sans vie réelle. La circulation moderne dans les grandes villes houspille le piéton, seul être de chair dans cet univers de béton, d&#8217;asphalte et de métal, sur ces marges à peine tolérées que sont les trottoirs, pistes réservées à la &#8220;moindre vitesse&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le &#8220;Travailleur&#8221; utilise la &#8220;méthode physiognomique&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/exec/obidos/ASIN/2267012847/centrostudila-21" target="_blank"><img class="alignright" style="border: 0pt none; margin: 10px;" src="http://www.centrostudilaruna.it/immagini/lesnombresetlesdieux.bmp" border="0" alt="Ernst Jünger, Les nombres et les dieux" width="83" height="140" align="right" /></a> Le &#8220;Travailleur&#8221; est donc la figure qui fait usage de la &#8220;méthode physiognomique&#8221;, observe, déchiffre, plonge dans cet univers d&#8217;artifice à la recherce des forces encore enfouies, pour les mobiliser en vue d&#8217;un projet purement imaginé, explique Steil, &#8220;utopique&#8221; au sens marxien et engelsien du terme. Ce recours à l&#8217;imaginaire, explique le marxiste Steil, procède d&#8217;une logique du doute, qui veut à tout prix donner du sens à ce qui n&#8217;en a pas. Qui veut se persuader que, derrière, les phénomènes de déclin, de dévitalisation, se profilent un &#8220;Ordre&#8221; et des lois, qui sont des avatars du Dieu unique refusé par les tenants du matérialisme historique. Cet &#8220;Ordre&#8221;, cette <em>Gestalt</em>, cette &#8220;forme&#8221;, sont intégrateurs de la diversité infinie des observations posées par les personnes, mais ne sont pas, comme dans le cas du matérialisme historique, un reflet des rapports sociaux, mais une vision totalisante, intuitive, allant directement à l&#8217;essentiel, c&#8217;est-à-dire à la forme originelle. Ce n&#8217;est pas l&#8217;énumération objective et positive des causes et des effets qui permet de décider et d&#8217;agir, mais, au contraire, un regard perçant qui permet de voir et de saisir le monde comme le théâtre où s&#8217;affrontent et coopèrent les formes.</p>
<p style="text-align: justify;">Le &#8220;Travailleur&#8221; est précisément celui qui possède un tel &#8220;regard perçant&#8221;, et qui remplacera le &#8220;bourgeois&#8221;, raisonnant étroitement sur les simples causes et effets. Steil constate le <em>hiatus </em>entre cette vision du &#8220;Travailleur&#8221; et celle, marxiste et empirique, du &#8220;Prolétaire&#8221;: la figure forgée par <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Jünger</a> se place très haut au-dessus des contingences socio-économiques; le prolétaire conscient de sa déréliction, lui, travaille au coeur même de ces contingences, sans prendre aucune distance, sans détachement. Le &#8220;haut vol&#8221; du &#8220;Travailleur&#8221;, sa perspective aquiline, lui procure un masque: métallique ou cosmétique, masque à gaz du combattant, masque du coureur automobile chez les hommes, fard chez les femmes. Les traits individuels disparaissent derrière ces masques, comme doivent disparaître les imperfections individuelles des hommes humains, trop humains. Les figures du Travailleur sont des figures certes imaginaires, idéalisées à outrance, dés-individualisées et apurées: elles fonctionnent comme des soldats prussiens de l&#8217;ère frédéricienne à l&#8217;exercice. En suivant leurs chefs, ces moindres (mais néanmoins nécessaires) avatars du &#8220;Travailleur&#8221; et des soldats prussiens de la guerre en dentelle, perdent certes les imperfections de leur individualité, mais abandonnent aussi leurs doutes et leurs désorientements: les règles et l&#8217;Ordre sont des ancres de sauvetage offertes par la nouvelle communauté élitaire des &#8220;Travailleurs&#8221;, virtuoses de la &#8220;méthode physiognomique&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2848301279?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2848301279" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-5255" style="margin: 10px;" title="drieu-juenger" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/drieu-juenger.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><em>L&#8217;indépendance apparente du prolétaire </em></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Ordre, comme projection imaginaire, et la &#8220;méthode physiognomique&#8221; sont des instruments contre la notion empirique et marxiste de &#8220;lutte des classes&#8221;, proteste Steil, avant de donner très clairement la version de Jünger: laisser le travailleur, l&#8217;ouvrier, dans les contingences socio-économiques, c&#8217;est le laisser dans un monde entièrement déterminé par la bourgeoisie, issu d&#8217;elle et contrôlé en dernière instance par elle. En occupant une place désignée dans l&#8217;ordre bourgeois, l&#8217;ouvrier ne jouit que d&#8217;une indépendance apparente; il n&#8217;a là aucune autonomie. Toute attaque lancée contre l&#8217;ordre bourgeois au départ de cette position apparente n&#8217;est elle aussi qu&#8217;apparente, appelée à être récupérée et à renforcer l&#8217;établissement. &#8220;Tout mouvement s&#8217;effectue théoriquement dans le cadre d&#8217;une utopie sociale et humaine vieillie, en pratique elle hisse toujours au pouvoir la figure de l&#8217;affairiste rusé, dont l&#8217;art consiste à négocier et à trafiquer&#8221;, écrit <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Jünger</a>. Pour Steil, cette définition radicalise la vision sorélienne du socialisme, qui voulait transformer la politique en pur moyen, sans objectif limitant, inscrit dans les contingences.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Restaurer l&#8217;oeuvre &#8220;auratique&#8221;</em></p>
<p style="text-align: justify;">Un marxiste verra, dans cet idéalisme et dans cette épure du politique comme pur moyen, une élimination de la politique, une volonté de mettre un terme à la violence destructrice de la politique, qui est seulement, pour le regard marxiste, &#8220;lutte des classes&#8221;. Mais la technique en marche qui balaie les formes mortes pour rétablir de nouvelles formes à la suite d&#8217;un affrontement planétaire des formes subsistantes, encore dotées de forces plus ou moins intactes. La technique détruit donc les formes résiduaires et caduques, elle planétarise et gigantise la guerre permanente des formes, mais le &#8220;Travailleur&#8221;, en instrumentalisant froidement la &#8220;méthode physiognomique&#8221;, donnera une forme finale à la technique (voeu qui ne s&#8217;est jamais réalisé!). Cette forme finale sera artistique et le beau qui s&#8217;en dégagera aura une fonction magique et &#8220;sacrale&#8221;, comme dans les sociétés dites &#8220;primitives&#8221;. La rénovation de ces formes, écrit Steil, se fera par la restauration de l&#8217;oeuvre &#8220;auratique&#8221;, éclipsée par la sérialisation technique. L&#8217;Aura, expression impalpable de la forme, de l&#8217;essence du phénomène représenté, restitue la dimension sacrée, proclame le retour d&#8217;un culte du beau, en remplacement qualitatif des <a href="http://www.centrostudilaruna.it/religione.html">religiosités</a> mortes au cours de l&#8217;ère bourgeoise.</p>
<p style="text-align: justify;">Le &#8220;réalisme héroïque&#8221;, assise du nouvel Ordre socio-politique, sera porté par une caste dominatrice exerçant simultanément trois fonctions: celle de détenteur du savoir, celle du guerrier nouveau forgé au cours des batailles de matériel de la Grande Guerre, et celle du producteur d&#8217;une nouvelle esthétique, medium intégrateur des différences sociales.</p>
<p style="text-align: justify;">Armin Steil, dans sa critique marxiste du &#8220;pré-fascisme&#8221; des Sorel, <a href="http://www.centrostudilaruna.it/ernstjuenger.html">Jünger</a> et Schmitt, dégage clairement l&#8217;essentiel d&#8217;une oeuvre aussi capitale que Le Travailleur, où la manie de fabriquer des systèmes est réfutée au bénéfice de grandes affirmations idéales, dégagées des trop lourdes contingences de la société bourgeoise et de la misère prolétarienne. La démarche jüngerienne, dans cette optique, apparaît comme un dégagement de la cangue du concret, comme un retrait hautain conduisant in fine à une domination totale mais extérieure de cette concrétude. Mais le regard perçant, réclamé par la méthodologie physiognomique, n&#8217;est-il pas, au contraire, un instrument de pénétration de la concrétude, bien plus subtil que les simples prises en compte de la surface des phénomènes?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>* * *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Référence: Armin STEIL, <em>Die imaginäre Revolte. Untersuchungen zur faschistischen Ideologie und ihrer theoretischen Vorbereitung bei Georges Sorel, Carl Schmitt und Ernst Jünger</em>, Verlag Arbeiterbewegung und Gesellschaftswissenschaft, Marburg, 1984, ISBN 3-921630-39-8.</p>
<p style="text-align: justify;">Synergies Européennes, <em>Vouloir</em>, Juillet, 1995.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/steuckersjuenger.html' addthis:title='Annulation magique de la crise et &#8220;méthode physiognomique&#8221; chez Ernst Jünger ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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