<?xml version="1.0" encoding="UTF-8"?>
<rss version="2.0"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:wfw="http://wellformedweb.org/CommentAPI/"
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
	xmlns:sy="http://purl.org/rss/1.0/modules/syndication/"
	xmlns:slash="http://purl.org/rss/1.0/modules/slash/"
	xmlns:coop="http://www.google.com/coop/namespace"
	>

<channel>
	<title>Centro Studi La Runa &#187; Robert Steuckers</title>
	<atom:link href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/robert-steuckers/feed" rel="self" type="application/rss+xml" />
	<link>http://www.centrostudilaruna.it</link>
	<description>Archivio di storia, tradizione, letteratura, filosofia</description>
	<lastBuildDate>Tue, 07 Feb 2012 15:49:47 +0000</lastBuildDate>
	<language>en</language>
	<sy:updatePeriod>hourly</sy:updatePeriod>
	<sy:updateFrequency>1</sy:updateFrequency>
	<generator>http://wordpress.org/?v=3.3.1</generator>
		<item>
		<title>Petites réflexions éparses sur la découverte de l’Amérique par les Scandinaves</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/petites-reflexions-eparses-sur-la-decouverte-de-l%e2%80%99amerique-par-les-scandinaves.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/petites-reflexions-eparses-sur-la-decouverte-de-l%e2%80%99amerique-par-les-scandinaves.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 28 Oct 2011 16:14:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Medioevo]]></category>
		<category><![CDATA[Uomini del medioevo]]></category>
		<category><![CDATA[Amérique]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantique]]></category>
		<category><![CDATA[Bernard Levaux]]></category>
		<category><![CDATA[colonisation]]></category>
		<category><![CDATA[Islande]]></category>
		<category><![CDATA[sagas]]></category>
		<category><![CDATA[Scandinaves]]></category>
		<category><![CDATA[Thule]]></category>
		<category><![CDATA[vikings]]></category>
		<category><![CDATA[Vinland]]></category>
		<category><![CDATA[Yves Debay]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=8650</guid>
		<description><![CDATA[La première tentative de désenclavement par l’Ouest atlantique a été celui du quatuor Bjarni, Eirik, Leif et Thorsinn.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/petites-reflexions-eparses-sur-la-decouverte-de-l%e2%80%99amerique-par-les-scandinaves.html' addthis:title='Petites réflexions éparses sur la découverte de l’Amérique par les Scandinaves '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/carlomagno48x48.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Medioevo" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-8651" style="margin: 10px;" title="viking-voyages" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/viking-voyages-300x187.jpg" alt="" width="300" height="187" />En me demandant d’écrire un petit article sur la découverte de l’Amérique par les Scandinaves, Bernard Levaux, sans aucune intention maligne, ouvre, une fois de plus, ma secrète boîte de souvenirs d’adolescent. C’est une fois de plus parce que l’article qu’Yves Debay a écrit récemment dans les colonnes de ce bulletin, avait déjà ravivé quelques bons et solides souvenirs car ce sacré Yves Debay était un camarade d’école, forcément inoubliable vu sa personnalité, et un compagnon de voyage en Grèce en 1973. Enfin, parce que le thème que Bernard Levaux me demande d’aborder me ramène en fait à la même année: <a title="The Vinland Sagas" href="http://www.amazon.fr/gp/product/0140441549/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=0140441549" target="_blank"><em>The Vinland Saga – The Norse Discovery of America</em></a> est le tout premier livre sérieux, le tout premier classique, que j’ai acheté en anglais, sans vraiment connaître encore tous les secrets de la langue de <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/william-shakespeare" target="_blank">Shakespeare</a></span>. Généralement, en anglais, j’achetais en temps-là des livres ou des revues sur les maquettes d’avions ou de chars, comportant profils ou guides de peinture. A cette époque, j’avais la même habitude que le Professeur Piet Tommissen, dont on vient de déplorer la disparition à Bruxelles en août 2011, celle d’inscrire la date d’achat de chaque livre sur un coin de la première page. C’est donc avec émotion que j’ai repris entre mes mains de quinquagénaire ce premier bon livre anglais de ma bibliothèque et que j’ai retrouvé la mention “20 Jan. 1973”.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0140441549/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=0140441549" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignleft size-medium wp-image-8677" style="margin: 10px;" title="vinland-sagas" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/vinland-sagas-189x300.jpg" alt="" width="189" height="300" /></a>Ce petit livre de la collection “Penguin Classics”, à dos noir, voulait compléter l’exposé, fait un an auparavant, d’un camarade de classe, Eric Volant, passionné par la saga des Vikings. Si Debay a connu une brillante carrière de soldat puis de journaliste militaire à “Raids” ou à “Assaut”, Eric Volant, lui, a connu un destin tragique et n’a vécu que vingt ans: ce garçon, au sourire toujours doux et franc, les joues constellées de taches de rousseur, désirait ardemment devenir historien. Et se préparait à un tel avenir. Mais rapidement, le couperet est tombé: son paternel refusait de lui financer des études. A 18 ans, au boulot! Et hors de la maison! Eric est devenu sombre: son éternel sourire s’est effacé. Son ressort intérieur était brisé. Du jour au lendemain, il est devenu communiste! Nous ne pensions pas que le père allait mettre son projet à exécution et flanquer son aîné à la porte du foyer parental au lendemain même de la proclamation de fin de secondaires. Mais, hélas, il l’a bel et bien fait et Eric est venu sonner chez moi début juillet: il avait trouvé un cagibi absolument sordide, au fond d’une cours, où habiter. Il n’avait pas de meubles, juste un sac avec ses hardes et quelques livres: mon père, bouleversé, lui a aussitôt donné une table, une bibliothèque, deux chaises et quelques autres babioles, que nous avons amenées aussitôt dans la triste annexe qui devait lui servir de logis. On l’a ensuite vu errer dans les rues, de plus en plus sombre et rancuneux. Et, deux ou trois ans plus tard, nous avons appris sa mort tragique: il s’était porté volontaire pour servir de passeur à l’ETA basque, que les Républicains espagnols, fort nombreux dans son quartier et quasi les seuls militants communistes dans le Bruxelles du début des années 70, estimaient être la seule force politique capable de ramener une mouture modernisée du “Frente Popular” au pouvoir dans les premières années du post-franquisme. Eric a été descendu par des tireurs embusqués, au moment où il franchissait un ruisseau dans les Pyrénées. On a retrouvé son corps quelques jours plus tard. Il a été enterré à la sauvette, paraît-il, dans un petit village basque. Personne n’a voulu rapatrier le corps. Nous avions perdu un garçon qui avait été un très bon camarade. Il avait marché jusqu’au bout de la passion qu’avait généré son immense déception.</p>
<p style="text-align: justify;">Voilà, je viens de payer mes dettes à mon passé, à ceux qui ont disparu.</p>
<p style="text-align: justify;">Revenons au thème du modeste exposé scolaire d’Eric Volant, c’est-à-dire à la conquête de l’Atlantique Nord par les Scandinaves. Aujourd’hui, on devine qu’ils ne furent pas les premiers Européens à avoir abordé le continent de l’hémisphère occidentale. Déjà Louis Kervran, dans son <a title="Brandan, le grand navigateur" href="http://www.amazon.fr/gp/product/B004XM98RM/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B004XM98RM" target="_blank"><em>Brandan, le grand navigateur celte du VI° siècle</em></a> (Laffont, 1977), posait la thèse que les Scandinaves, lancés à l’aventure sur les flots glacés de l’Atlantique Nord et tous probablement proscrits ou en fuite, ont suivi des routes maritimes découvertes antérieurement par des ermites irlandais ou bretons, qui s’en allaient méditer aux Orcades, aux Féroé, en Islande et, pourquoi pas, plus loin, au Labrador, ou sur les terres que les Vikings nommeront “Helluland”, “Markland” ou “Vinland”. On retrouve leur nom sur une carte des “terres hyperboréennes”, dressée vers 1590 par un géographe, Sigurdur Stefansson. Louis Kervran rappelait fort opportunément que les peuples de la façade atlantique des Gaules et de la “Britannia” romaine possédaient une solide tradition maritime et que les multiples récits des voyages de Saint Brandan ont constitué une thématique littéraire très répandue et très appréciée tout au long du moyen âge européen. Kervran conclut que Brandan a très problablement suivi un itinéraire de Saint Malo ou de l’Irlande vers les Orcades et les Féroé, l’Islande, les côtes canadiennes pour aboutir probablement aux Antilles: certains textes de la matière “Brandan” décrivent des îles luxuriantes et des animaux exotiques. La légende rappelle, très précisément, que Brandan est parti avec douze compagnons pour entreprendre un voyage de neuf ans sur l’Atlantique. Par ailleurs les pêcheurs de morue poussaient très vraisemblablement jusqu’au large du Labrador, qu’ils aient été scandinaves, flamands, bretons, galiciens ou portugais. Colomb connaissait-il les secrets de ces pêcheurs ou de ces itinéraires scandinaves? La question demeure ouverte.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/3878471599/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=3878471599" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-8679" style="margin: 10px;" title="die-hochkultur-der-megalithzeit" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/die-hochkultur-der-megalithzeit.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Pour les deux spécialistes allemands de l’ère mégalithique, Gert Meier et Hermann Zschweigert, Ulysse, dont la légende remonterait à la proto-histoire mégalithique de la vieille Europe, aurait déjà testé les flots atlantiques: en cinglant de Gibraltar vers les Açores (l’île Ogygie) et, poussé par le Gulf Stream de celles-ci vers Heligoland, il aurait abouti en face des côtes aujourd’hui danoises qui recelaient l’ambre, matière très prisée par les peuples méditerranéens. L’histoire marine de l’Europe, pour nos deux savants allemands, est bien plus ancienne qu’on ne l’a cru jusqu’ici. Les embarcations faites de peaux pourraient bien remonter à 10.000 ans. En 1976, l’historien anglais Tim Severin traverse l’Atlantique sur une copie du bateau attribué à Brandan, démontrant que de telles embarcations étaient parfaitement capables de tenir l’océan, exactement comme le Norvégien Thor Heyerdahl avait traversé le Pacifique sur le Kon-Tiki en 1947, pour démontrer la véracité des récits traditionnels polynésiens et prouver que des peuples marins de l’aire pacifique avaient été capables de cingler jusqu’à l’île de Pâques. Les Maoris néo-zélandais construisaient des embarcations capables de transporter de 60 à 100 guerriers, couvrant parfois des distances de 4000 km en l’espace de plusieurs semaines. Ces embarcations étaient mues par rames et/ou par voiles. L’aventurier allemand Hannes Lindemann a réussi à traverser l’Atlantique au départ des Canaries en 65 puis en 72 jours, sur un petit bateau africain, en se guidant par les étoiles: la navigation en haute mer étant plus aisée de nuit que de jour, du moins à hauteur des tropiques et de l’Equateur (au nord, vu la nébulosité permanente, elle est plus “empirique” donc plus hasardeuse et plus aventureuse, plus risquée). Nos ancêtres avaient un atout complémentaire par rapport à nous, dégénérés par la civilisation et par ce que le sociologue Arnold Gehlen nommait les “expériences de seconde main”: celui de pouvoir correctement s’orienter en connaissant à fond la carte du ciel. Le lien de l’homme à la mer n’est pas récent mais quasi consubstantiel à toute forme de culture depuis la préhistoire. Mais ce lien à la mer n’est pas pensable sans connaissances astronomiques précises, fruit d’une observation minutieuse du ciel.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/3491960789/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=3491960789" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-8682" style="margin: 10px;" title="kelten-druiden" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/kelten-druiden.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Meier et Zschweigert évoquent aussi la voie “terrestre” vers l’Amérique, qu’il était possible d’emprunter, il y a environ 16.000 ans. La calotte glaciaire pesait à l’époque sur l’ensemble de la Scandinavie, sur une bonne partie des Iles Britanniques et sur tout le pourtour de la Baltique et sur l’Allemagne du Nord. L’actuel Canada et une bonne frange du territoire des Etats-Unis se trouvaient aussi sous une épaisse calotte. Mais la côte orientale de la Mer Blanche et l’Alaska étaient dégagés de l’emprise des glaces. Il y avait possibilité, en longeant la banquise arctique et en passant de la Sibérie occidentale à la péninsule de Kola, d’aller vers les Spitzbergen et, de là, au Groenland. Au nord de cette grande île atlanto-arctique se trouvait le “Pont Blanc” qui menait au Canada puis à la terre ferme et dégagée des glaces que constituait alors l’Alaska. On pouvait suivre ensuite la côte pacifique jusqu’en Californie et au Mexique actuels. De la Mer Blanche à l’Alaska, la distance est de 2500 km. Elle devait s’effectuer en 60 jours environ. Selon cette hypothèse, désormais dûment étayée, l’Amérique n’a pas seulement été peuplée par des ethnies sibériennes venues du nord de l’Asie par le Détroit de Bering mais aussi par des éléments venus d’Europe, encore difficilement identifiables au regard des critères de l’archéologie scientifique. Comment cette migration par le “Pont Blanc” s’est-elle opérée avant les nombreuses submersions qui eurent lieu vers 8500 avant notre ère et qui détruisirent notamment la barrière Tanger/Trafalgar et la bande territoriale qui liait l’Italie et la Sicile au continent africain, faisant du lac méditerranéen initial une mer salée? Ces voyages s’effectuaient par traineaux à traction canine, à la mode lapone, le chien étant l’animal domestique par excellence, la première conquête de l’homme; ou ne devrait-on pas plutôt parler d’une fusion “amicale” entre deux espèces morphologiquement très différentes pour que toutes deux puissent survivre en harmonie? Le chien est effectivement un allié dans la chasse, un chauffage central qui chauffe en hiver (les Aborigènes australiens parlent de “five-dogs-nights”, de nuits où il faut cinq chiens pour chauffer un homme; l’expression est passée dans l’anglais moderne), un pharmacien qui lèche les plaies et les guérit vu l’acidité de sa salive, un gardien et un compagnon, qui, en guise de récompense, reçoit les reliefs des repas.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2503509975/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2503509975" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-8683" style="margin: 10px;" title="livre-de-la-colonisation-de-lislande" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/livre-de-la-colonisation-de-lislande.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Magnus Magnusson et Hermann Pàlsson ont rédigé une brillante introduction pour mon petit livre de 1973, qui n’est autre que le texte même de la “Vinland Saga”, de la saga du voyage vers le Vinland américain. Cette introduction relate l’histoire de la colonisation scandinave de l’Islande et du Groenland et retrace l’épopée nord-atlantique des marins norvégiens et islandais. La colonisation de l’Islande s’est déroulée à la suite de l’émigration de proscrits norvégiens, chassés pour “avoir provoqué mort d’homme”, à la suite de méchantes manigances ou pour raisons d’honneur voire pour refus d’être christianisés. Celle du Groenland procède de la même logique: Eirik le Rouge est banni d’Islande au 10ème siècle. Il fonde les premières colonies scandinaves du Groenland. Un marin prudent, Bjarni Herjolfsson, dévié par les vents et les éléments déchaînés de sa route entre l’Islande et le Groenland, aperçoit les côtes de terres inconnues vers 985 ou 986. Leif Eirikson, dit Leif l’Heureux, achète le dernier bateau survivant de l’expédition incomplète et chamboulée de Bjarni et décide de partir à la découverte des terres aperçues au loin par son prédécesseur. C’est ainsi que fut découvert le “Vinland”, terre sur la rive méridionale du Saint-Laurent, où les explorateurs nordiques ne découvrent pas seulement une baie qui ressemble au raisin mais surtout la principale matière première dont ils ont besoin, le bois, ainsi que du gibier en abondance, du saumon à profusion et du blé sauvage prêt à être récolté. Leif ne restera pas en Amérique: c’est son beau-frère Thorfinn Karlsefni qui tentera d’installer une première colonie permanente sur le sol américain. Thorfinn fait le voyage accompagné de sa femme. Elle met un bébé au monde sur la terre américaine. Mais elle meurt peu après l’accouchement. Thorfinn passe l’hiver avec l’enfant qu’il parvient à sauver de la mort. Ce petit Snorri Thorfinnson a probablement été le premier Européen attesté et non mêlé d’Amérindien ou d’Esquimau à avoir vu le jour dans l’hémisphère occidental. Quant à Thorvald, fils d’Eirik, il est un des premiers Européens tombés au combat face aux natifs du continent américain: il a été frappé d’une flèche en défendant une implantation dans l’actuel Labrador canadien.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2905970499/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2905970499" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-8684" style="margin: 10px;" title="les-vikings" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/les-vikings.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>L’âge viking, l’ère en laquelle les Normands se répandirent en Europe, en Russie jusqu’au comptoir de Bolgar sur la Volga et dans l’espace nord-atlantique, est une époque où l’Europe ne connaît plus la gloire de l’Empire romain: en ce temps-là, nous explique le Prof. Roger Grand, le trop-plein démographique scandinave descendait calmement la Weser germanique, jusqu’à hauteur du premier grand affluent du Rhin, la Lippe, pour aller se présenter dans les <em>castra</em> des légions de l’Urbs et trouver une affectation militaire ou civile dans l’Empire. La chute de l’Empire romain interdit cette transhumance: la masse démographique germanique-continentale s’est déplacée à l’intérieur de l’Empire, dans les provinciae de Germania Inferior et Germania Superior et dans le nord de la Gallia Belgica, voire dans la vallée du Rhône pour les Burgondes, installés principalement dans la “Sapaudia” (la terre des sapins) jurassienne, entre Besançon et le lac de Neuchâtel selon l’axe Ouest-Est, et entre Belfort et Grenoble, selon l’axe nord-est/sud-ouest. L’Europe est trop pleine et, en plus, elle est désorganisée. Les Germains continentaux n’ont plus d’affectations à offrir à leurs cousins du Nord. L’Europe est dangereusement ouverte sur la steppe qui s’étend de la Puszta hongroise jusqu’à la Mandchourie. Entre le Danube à hauteur de Vienne et l’Atlantique, les populations romanisées et germanisées sont acculées, dos à l’Océan, d’où les Nordiques viennent pour remonter leur fleuves et piller leurs villes et abbayes. En Méditerranée, elles sont harcelées par le débordement démographique sarrazin, c’est-à-dire hamito-sémitique.</p>
<p style="text-align: justify;">La recherche d’échappatoires est donc une nécessité vitale: la Russie offre un tremplin vers la Mer Noire et l’espace byzantin et, via la Volga, vers la Caspienne et l’Empire perse. Mais, là aussi, l’élément scandinave, finalement trop ténu, ne pourra pas, comme avaient partiellement pu le faire avant eux les tribus gothiques, maîtriser le cours des grands fleuves russes et ukrainiens pour avancer les pions des populations européennes vers l’espace persan. La seule route pour trouver terres, matières premières et espaces apaisés est celle de l’Atlantique septentrional. Cette donnée stratégique est une constante de l’histoire européenne: elle sera reprise par Henri le Navigateur, roi du Portugal, désireux de contourner la masse continentale africaine pour éviter la Méditerranée contrôlée par les puissances musulmanes et atteindre l’Inde par voie maritime et non plus terrestre. Elle sera reprise par Ivan le Terrible quand il descendera la Volga pour l’arracher au joug tatar, sous les conseils d’un marchand anglais, qui n’avait pas oublié la route varègue (suédoise) vers le comptoir de Bolgar, vers la Caspienne et l’espace persan. Les recettes norroises et varègues ont donc servi de source d’inspiration aux tentatives européennes, en l’occurence portugaises et russes, de désenclaver l’Europe.</p>
<p style="text-align: justify;">La première tentative de désenclavement par l’Ouest atlantique a donc été celui du quatuor Bjarni, Eirik, Leif et Thorsinn. Elle est importante dans la mesure où les marins scandinaves, paysans sans terre à la recherche d’un patrimoine, cherchent non plus à fusionner avec d’autres sur une terre étrangère, comme le fut peut-être la Normandie, mais à créer des communautés scandinaves homogènes sur des sols nouveaux. Ce sera le cas en Islande, où les colonies se sont maintenues. Ce sera le cas au Groenland, du moins tant que durera l’optimum climatique médiéval. L’installation en Amérique, dans “l’Anse aux Meadows” sera, elle, éphémère: elle se heurtera à la résistance des indigènes d’Amérique du Nord, les “Skraelinger” des sagas, que les Scandinaves ne pourront vaincre, en dépit de la supériorité de leurs armes en fer. Les “Skraelinger” disposaient d’armes de jet, des arcs mais aussi une sorte de catapulte ou de balliste, qui leur permettaient de tenir tête à des guerriers dotés d’armes de fer mais qui ne disposaient plus, au Groenland, de forges et de mines capables d’en produire à bonne cadence. Tout devait être importé d’Europe. La logistique scandinave en Atlantique nord était trop rudimentaire pour permettre de se tailler une tête de pont, comme le firent plus tard les Espagnols ou les Anglais, pourvus d’armes à feu.</p>
<p style="text-align: justify;">Le trop-plein démographique scandinave, à la suite de mauvaises récoltes, ne s’est plus déversé en Europe, à partir d’un certain moment quand l’espace impérial carolingien s’organise et s’hermétise, mais dans les îles de l’Atlantique (Shetlands, Féroé, Orcades, Hébrides) et en Islande. Cet exode d’audacieux répond aussi à une nouvelle donne politique: le pouvoir royal, imité du pouvoir impérial carolingien et armé de la nouvelle idéologie chrétienne, marque des points dans les vieilles terres scandinaves et déplait car jugé trop autoritaire et irrespecteux tant de la liberté personnelle que de la liberté des communautés d’hommes libres. L’Islande sera ainsi le laboratoire d’une démocratie populaire et originale: le pouvoir sera d’emblée limité par des lois; le chef, élu temporairement, devra respecter un contrat avec les représentants du peuple siégeant au “Thing” (= Assemblée, parlement); le médiateur au sein de ces assemblées de paysans libres, les <em>bondi</em> ou les <em>godhar</em> (“les chefs”, désignés par leurs propres communautés) joue un rôle capital. L’île de Thulé, que mentionnent les sources de l’<a title="antiquité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/storia-antica/">antiquité</a> et du haut <a title="moyen âge" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo/">moyen âge</a> telles celles d’Orose, de Boèce (“à six jours de navigation” du continent) et de Bède le Vénérable, est indubitablement l’Islande.</p>
<p style="text-align: justify;">En 825, le moine irlandais Dicuil, actif à la Cour de Charlemagne, écrit un traité de géographie (<em>Liber de mensura orbis terrae</em>), où, pour la première fois, on peut lire une description détaillée de cette “Thulé” de l’Atlantique nord, grâce à des renseignements transmis par trois ermites irlandais qui l’avaient abordée en 795, au moment où les Vikings lançaient leurs premiers assauts contre l’Irlande et ses monastères. Quand les premiers colons norrois abordent l’Islande vers 860, l’île est déjà occupée par quelques moines irlandais, comme le mentionnent d’ailleurs les sources scandinaves et l’attestent des noms de lieux comme “Papey” (“L’île aux moines”) et “Papyli” (“Aux moines”). En 870, Ingolf Arnarson doit quitter la Norvège, car “il y a commis mort d’homme”, et fonde la première colonie permanente et non monacale en Islande, sur le site même de l’actuelle capitale Reykjavik. C’est au départ de l’installation d’Ingolf et des siens qu’un système politique démocratique original, alliant pouvoir temporel et religieux, s’implante dans le pays et que celui-ci devient la base de départ de nouvelles découvertes: non seulement le Groenland et le Vinland, mais des îles stratégiques à la jonction des eaux de l’Atlantique et de l’Arctique, telles les Spitzbergen (vers 1170) et l’île Jan Mayen en 1194.</p>
<p style="text-align: justify;">L’Islande médiévale fut donc à coup sûr la société la plus originale d’Europe, en marge du continent soumis aux assauts sarrazins et mongols ou disloqués par les querelles intestines. Elle développe un commerce intense, surtout avec la Norvège et l’Angleterre; elle exporte de la laine, du tweed, des peaux de mouton ou de phoque, du fromage, du suif (pour les chandelles), des faucons et du soufre en échange de bois (rare sous ces latitudes boréales), de goudron, de métaux, de farine, de malt, de miel, de vin, de bière et de lin. Mais, rappellent Magnusson et Pàlsson, l’exportation majeure, la plus étonnante et forcément la plus originale de cette Islande en apparence isolée et géographiquement marginale, ce sont les productions littéraires; en effet, les Islandais, lettrés et producteurs de sagas qui sont les premières manifestations d’une <a title="littérature" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/letteratura/">littérature</a> achevée en Europe, produisent une poésie courtisane, des chants et des éloges pour les rois et les princes, qu’affectionnaient tout particulièrement les “earls” des Orcades, les grands féodaux anglais et les riches habitants de Dublin (colonie norvégienne). Ces récits, poèmes ou chants se payaient au prix fort. Ensuite, les contextes géographiques dans lesquels se déroulaient les récits des sagas sont minutieusement décrits et échappent à toute exagération ou falsification d’ordre mythique ou légendaire. La saga du Vinland ou le “Landnàmabök” (le livre de la colonisation de l’Islande) confirment parfaitement cette objectivité narrative. La première <a title="littérature" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/letteratura/">littérature</a> “moderne” (pour autant que ce mot soit adéquat) en Europe a été islandaise. Né en Islande en 1067, Ari Thorgilsson peut être considéré comme le premier historien d’Europe en langue vernaculaire, alliant précision, érudition et volonté d’inscrire l’histoire islandaise dans un cadre général européen. C’est lui qui nous a transmis la plus grande partie du savoir dont nous disposons sur l’âge dit des sagas (930-1030). Il y a dix siècles, l’Islande fournissait à l’Europe un historien qui relatait des faits sans les embellir de légendes, de merveilleux ou de paraboles hagiographiques.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/vinland.jpg"><img class="alignright size-medium wp-image-8680" style="margin: 10px;" title="vinland" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/vinland-300x207.jpg" alt="" width="300" height="207" /></a>L’Islande a donc été le centre d’un monde thalassocentré, aux institutions politiques originales et uniques, que décrit remarquablement l’historien américain Jesse L. Byock, de l’université de Californie (UCLA). Quand les deux colonies du Groenland se sont mises à péricliter, l’Islande est redevenue marginale, une simple excroissance occidentale du monde scandinave. Mais elle n’a certainement pas exclu de sa mémoire l’épopée aventureuse, commerciale et colonisatrice vers le Groenland et les terres situées plus à l’Ouest. Une carte controversée, probablement une falsification car elle fait du Groenland une île à part entière (ce que l’on ne savait pas avant 1890), montre les trois terres (Helluland, Markland et Vinland) découvertes par Leif. Les falsificateurs dataient cette carte de 1440, cinquante-deux ans avant le voyage de Colomb. Falsification ou non, les terres extrême-occidentales devaient être toujours présentes dans la mémoire des Islandais, comme devaient au moins les deviner les pêcheurs normands, bretons, flamands, anglais, galiciens, portugais ou norvégiens qui cherchaient les bancs de morues. Vers 1020, les tentatives d’installation au Vinland ont dû définitivement cesser, du moins dans le sillage immédiat de Leif et de ses proches. L’évêque Eirik du Groenland a toutefois tenté une nouvelle expédition en 1121, pour “aller voir s’il y avait là-bas des chrétiens survivants”. Il aurait constaté le contraire. En 1347, des Annales mentionnent le retour d’une petite embarcation qui avait été au “Markland”, avec dix-huit hommes à son bord. On sait que les résidents des deux colonies groenlandaises ont évacué leurs installations, sans que l’on puisse dire avec toute la certitude voulue s’ils sont revenus en Islande ou en Norvège ou s’ils ont cinglé vers l’Ouest, pour disparaître sans laisser de traces.</p>
<p style="text-align: justify;">L’universitaire britannique Gwyn Jones, dans une étude consacrée aux Vikings et à l’Amérique, relève deux hypothèses convergentes, non étayées mais plausibles, et qui mériteraient d’être vérifiées: celle de l’Islandais Jon Dùason et celle du Canadien Tryggve Oleson. L’une date des années 1941-1948, l’autre de 1963. Ces deux hypothèses postulent que, vu la détérioration du climat et les difficultés logistiques à vivre à l’européenne (ou du moins à la mode norvégienne) en terre groenlandaise, bon nombre de Scandinaves de ces deux colonies extrême-occidentales ont fini par adopter le mode de vie esquimau, non seulement au Groenland mais aussi au Canada, c’est-à-dire au moins au Helluland et au Markland. Réduit à la précarité, les colons islando-norvégiens auraient traversé la mer entre le Groenland et le Canada pour s’y fixer et finir par se mêler aux populations autochtones de la culture dite du Dorset et former ainsi une nouvelle population, voire une nouvelle ethnie, celle de la culture dite de Thulé, qui aurait repris pour son propre compte l’ensemble du territoire groenlandais, après le recul ou la disparition de la population scandinave homogène qui y avait résidé depuis l’arrivée d’Eirik. Duason et Oleson pensent dès lors qu’une fusion entre Scandinaves résiduaires et chasseurs-trappeurs de la culture dite de Dorset a eu lieu, ce qui a donné à terme la nouvelle culture dite de Thulé. Ensuite, les ressortissants métis de la culture de Thulé seraient entrés en conflit avec les derniers Islando-Norvégiens du Groenland qui auraient alors plié bagages et se seraient installés, très peu nombreux et fort affaiblis, dans l’île actuellement canadienne de Baffin, en se mêlant à la population locale et en disparaissant par l’effet de ce métissage en tant que communauté scandinave homogène. La seule source qui pourrait étayer cette thèse est importante et fiable, c’est un écrit tiré des annales de l’évêque Gisli Oddsson, écrite en latin en 1637, probablement inspirée par une source antérieure disparue et évoquant les événements en “Extrême-Occident” scandinave (ou atlanto-arctique) de 1342: “Les habitants du Groenland ont abandonné la vraie foi et la <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione/">religion</a> chrétienne de leur propre volonté, ayant déjà rejeté toutes les bonnes manières et les véritables vertus, et se sont tournés vers les peuples d’Amérique (“et ad Americae populos se converterunt”)”.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="size-medium wp-image-8681 alignleft" style="margin: 10px;" title="san-brendano" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/san-brendano-300x265.gif" alt="" width="300" height="265" />Si les ermites irlandais ou celtiques cherchaient des terres, c’était pour aller y pratiquer la méditation en solitaire et non pour la colonisation. Pour le celtisant anglais Geoffrey Ashe, comme d’ailleurs pour Louis Kervran, les moines irlandais cherchaient le “Paradis terrestre”, qui, à leurs yeux, n’était nullement un “au-delà” mais une contrée bien terrestre quoiqu’inconnue. Les sources de diverses “matières celtiques” évoquent tantôt la Terre d’Avalon (ou “Avallach” ou encore “Ablach”) tantôt la Terre de “Tir na nOg”, un pays de jouvence éternelle située loin à l’Ouest, au bout de l’Océan. <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione/">Religion</a> biblique, mythes celtiques et fonds factuel se mêlent de manière trop inextricable dans les récits de la matière de Brandan, qui ne recèlent par conséquent aucune fiabilité scientifique, sauf peut-être si on les lit avec l’acribie dont fit montre Kervran, dans son livre paru en 1977. La colonisation scandinave est rationnelle et les récits qu’elle suscite sont réalistes. Les Irlandais ont toutefois été les premiers à aborder l’Islande et probablement le continent américain. Mais rien n’atteste objectivement de leurs voyages, sauf en Islande, où Dicuil mentionne la présence d’ermites voyageurs. Cette volonté de fuite vers l’Ouest, au-delà de l’Océan Atlantique, indique pourtant que l’humanité de souche européenne a été, pendant quasi tout le <a title="moyen âge" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo/">moyen âge</a>, depuis la chute de l’Empire romain, un ensemble de populations assiégées et contenues dans l’espace étroit de la péninsule européenne, ce promontoire au Ponant de l’immense masse continentale eurasienne. Les assiégeants, comme l’indique d’ailleurs l’auteur anglais du 12ème siècle Guillaume de Malmesbury après l’invasion seldjoukide des “thermes” orientaux de l’Empire byzantin, sont les peuplades turques, mongoles, hunniques, berbères et arabes. Pour bon nombre d’Européens du haut <a title="moyen age" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo/">moyen âge</a>, et pour les Scandinaves qui ne trouvent plus d’affectations suffisantes dans l’espace euro-méditerranéen suite à l’effondrement de la civilisation romaine, l’Europe est une terre que l’on cherche à fuir: en effet, les Nordiques ne sont plus des barbares intégrables de la périphérie (Altheim, Toynbee, Grand) ni dans l’espace catholique-romain ni dans l’espace byzantin (en dépit de l’aventure de la “Garde varègue”); l’Europe leur est devenue un espace fermé tant à cause de la détresse provoquée par les siècles de gabegie mérovingienne et par les assauts sarrazins et hongrois qu’à cause de la fermeture qu’instaure le système carolingien pour procéder à une réorganisation interne du continent. La seule exception, c’est-à-dire la seule colonisation réussie dans l’espace jadis romanisé, est la Normandie et probablement l’aire réduite que constitue l’embouchure du Rhin et de la Meuse en Hollande actuelle, sans compter le Yorkshire anglais (le “Danelaw”). A l’Est, la Russie de Novgorod est une autre terre de colonisation possible pour les Varègues de l’actuelle Suède. Mais ces terres sont bien étroites et soumises à des institutions féodales qui déplaisent aux hommes libres du Nord. La tentative de contrôler l’espace scaldien (de l’Escaut), en établissant un vaste camp militaire dans l’actuelle ville de Louvain sur la petite rivière qu’est la Dyle, a été réduite à néant par les armées d’Arnold de Carinthie, un général pugnace du clan carolingien.</p>
<p style="text-align: justify;">La tragédie scandinave est une tragédie européenne: la volonté de conserver une autonomie politique aussi complète que possible, dans des espaces ethniquement homogènes, sans le moindre compromis sur ce chapitre, se heurte à la nécessité d’une organisation impériale, seul moyen de verrouiller en Méditerranée et sur la steppe les voies d’accès potentielles au coeur du continent. L’Europe a besoin de la liberté scandinave comme elle a besoin de l’organisation impériale: quand trouvera-t-on le juste milieu, le mode politique qui parviendra à réconcilier ces deux aspirations essentielles?</p>
<p><strong>* * *</strong></p>
<p>Fait à Forest-Flotzenberg, septembre 2011.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">- Geoffrey ASHE, <a title="Kelten, Druiden und Koenig Arthur" href="http://www.amazon.fr/gp/product/3491960789/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=3491960789" target="_blank"><em>Kelten, Druiden und König Arthur – Mythologie der Britischen Inseln</em></a>, Walter-Verlag, Olten, 1992.</p>
<p style="text-align: justify;">- Régis BOYER, <a title="Livre de la colonisation de l'Islande" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2503509975/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2503509975" target="_blank"><em>Le Livre de la colonisation de l’Islande (Landnàmabök)</em></a>, Mouton, Paris, 1973.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jesse BYOCK, <em>L’Islande des Vikings</em>, Aubier, Paris, 2007-2011.</p>
<p style="text-align: justify;">- James GRAHAM-CAMPBELL, <em>Das Leben der Wikinger – Krieger, Händler und Entdecker</em>, Kristall-Verlag, Hamburg, 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">- Gwyn JONES, “The Vikings and North America”, in R. T. FARRELL, <em>The Vikings</em>, Phillimore, London, 1982.</p>
<p style="text-align: justify;">- Louis KERVRAN, <em>Brandan, le grand navigateur celte du VI° siècle</em>, Laffont, Paris, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">- Jean MABIRE, <a title="Les Viking à travers le monde" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2905970499/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2905970499" target="_blank"><em>Les Vikings à travers le monde</em></a>, Ed. de l’Ancre de Marine, Saint-Malo, 1992.,</p>
<p style="text-align: justify;">- Magnus MAGNUSSON / Hermann PALSSON, “Introduction”, in <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/0140441549/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=0140441549" target="_blank"><em>The Vinland Saga – The Norse Discovery of America</em></a>, Penguin, Harmondsworth, 1965-1971.</p>
<p style="text-align: justify;">- Gert MEIER / Hermann ZSCHWEIGERT, <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/3878471599/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=3878471599" target="_blank"><em>Die Hochkultur der Megalithzeit – Verschwiegene Zeugnisse aus Europas grosser Vergangenheit</em></a>, Grabert, Tübingen, 1997.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/petites-reflexions-eparses-sur-la-decouverte-de-l%e2%80%99amerique-par-les-scandinaves.html' addthis:title='Petites réflexions éparses sur la découverte de l’Amérique par les Scandinaves ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/petites-reflexions-eparses-sur-la-decouverte-de-l%e2%80%99amerique-par-les-scandinaves.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>3</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Medioevo]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Uomini del medioevo]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Amérique]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Atlantique]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Bernard Levaux]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[colonisation]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Islande]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[sagas]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Scandinaves]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Thule]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[vikings]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Vinland]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Yves Debay]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>Merci, Giorgio Locchi</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/merci-giorgio-locchi.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/merci-giorgio-locchi.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 07 Sep 2011 14:49:08 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Centro Studi La Runa online]]></category>
		<category><![CDATA[Filosofia]]></category>
		<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Carnoy]]></category>
		<category><![CDATA[Giorgio Locchi]]></category>
		<category><![CDATA[Lucien Verbruggen]]></category>
		<category><![CDATA[Marc Eemans]]></category>
		<category><![CDATA[Nouvelle École]]></category>
		<category><![CDATA[Pierre Krebs]]></category>
		<category><![CDATA[Simon Hauwaert]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=8132</guid>
		<description><![CDATA["Giorgio Locchi me donnait l'impression d'une im­mense sérénité, d'une grande douceur, mais qui ca­chait une détermination inébranlable dans ses convictions, solidement étayées par un corpus phi­losophique classique de très haut niveau".]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/merci-giorgio-locchi.html' addthis:title='Merci, Giorgio Locchi '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/centrostudilaruna48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Centro Studi La Runa online" /><br/><div id="attachment_8133" class="wp-caption alignright" style="width: 296px"><img class="size-medium wp-image-8133" title="Giorgio Locchi au XIIIe colloque du GRECE à Paris en déc. 1978." src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/giorgio-locchi-286x300.jpg" alt="Giorgio Locchi au XIIIe colloque du GRECE à Paris en déc. 1978." width="286" height="300" /><p class="wp-caption-text">Giorgio Locchi au XIIIe colloque du GRECE à Paris en déc. 1978.</p></div>
<p style="text-align: justify;">Août 1973. Sous le soleil torride d&#8217;une rue d&#8217;Athè­nes. C&#8217;était un voyage scolaire, organisé par l&#8217;agen­ce Fratelzon. Nos guides sont notre professeur de latin, l&#8217;Abbé Simon Hauwaert, et notre professeur de philosophie, le Frère Lucien Verbruggen. L&#8217;Abbé Hauwaert était un fanatique de l&#8217;antiquité. Sa vi­sion du monde et son anthropologie héroïque, il la puisait dans l&#8217;<em>Illiade</em> et l&#8217;<em>Odyssée</em>, dans la <a title="littérature" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/letteratura/">littéra­ture</a> latine. Élève d&#8217;Albert Carnoy, l&#8217;indo-européanisant de l&#8217;Université de Louvain entre 1920 et 1940, il insistait pour que nous lisions les <em>Nibelun­gen</em> et les <em>Mabinogion</em>, les <em>Vedas</em> et l&#8217;<em>Avesta</em>. Impo­sant à ses élèves le <em>Vocabulaire raisonné latin-­français</em> de Cotton, il nous communiquait le goût des étymologies et de la comparaison linguistique. Il nous parlait d&#8217;un patrimoine commun aux <a title="peuples indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei/">peu­ples indo-européens</a>. C&#8217;est avec ces notions, encore vagues dans nos têtes, que nous déambulions dans les salles des musées d&#8217;Athènes, sur l&#8217;Acropole, dans les ruines d&#8217;Égine ou du Cap Sounion. Dans une rue d&#8217;Athènes donc, un ami, aujourd&#8217;hui méde­cin, me signala avoir aperçu une publicité pour une revue intellectuelle française, <em>Nouvelle École</em>, qui venait de publier un article sur cette question des <a title="indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei/">Indo-Européens</a>, en l&#8217;occurrence il s&#8217;agissait d&#8217;un travail de <a title="Giorgio Locchi" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/giorgio-locchi/">Giorgio Locchi</a> intitulé «Le mythe cosmogonique des Indo-Européens».</p>
<p style="text-align: justify;">Dès notre retour à Bruxelles, nous avons remué ciel et terre pour en trouver un exemplaire. C&#8217;est l&#8217;ami médecin qui a eu la chance d&#8217;acquérir l&#8217;uni­que numéro 19 de <em>Nouvelle École</em> encore disponi­ble à Bruxelles. J&#8217;ai dû me contenter d&#8217;une photo­copie de cet article de G. Locchi qui a décidé de mon destin. Sans la quête de cet article, jamais je n&#8217;aurais connu <em>Nouvelle École</em>, <em>a fortiori</em> je n&#8217;y aurais jamais collaboré et je n&#8217;aurais jamais eu l&#8217;i­dée de lancer plus tard <em>Orientations</em> et <em>Vouloir</em>. Je dois donc indirectement mon destin à G. Loc­chi. Nous nous sommes abonnés à la revue, nous en avons commandé des exemplaires en librairie, notamment celui sur Montherlant (n°20) et celui sur la biologie (n°18), qui a servi de base à un au­tre ami, aujourd&#8217;hui gynécologue, pour un “travail de maturité” en biologie. Si mes souvenirs sont bons, le numéro sur Montherlant a servi à un tiers, dont j&#8217;ai perdu la trace. En 1976, en 1977 et en 1978, je n&#8217;ai fait qu&#8217;entrevoir G. Locchi, lors de colloques du GRECE, mais je me suis contenté de le saluer, n&#8217;osant pas déranger le philosophe ou­tre mesure. C&#8217;est à cette époque aussi, qu&#8217;invité par Marc Eemans, j&#8217;ai commenté à la tribune du Centro Studi Evoliani de Bruxelles son maître­-article de <em>Nouvelle École</em> (n°20), intitulé «Le règne, l&#8217;empire et l&#8217;impérium». Dans la salle, enthou­siaste, un octogénaire brillant, qui avait gardé tou­te sa fougue oratoire, tout son à-propos philosophi­que: Pierre Hubermont, un grand Wallon de ce siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">En arrivant à Paris en mais 1981 pour prendre mes fonctions de secrétaire de rédaction de <em>Nou­velle École</em>, j&#8217;ai demandé immédiatement où était G. Locchi. On m’a répondu vaguement, «qu&#8217;il s&#8217;était retiré, qu&#8217;il n&#8217;avait plus envie de travailler, qu&#8217;il préférait désormais la télévision, qu&#8217;il était un peu paresseux!». J&#8217;ai appris très vite que ce dis­cours masquait une querelle dont j&#8217;ignorais les te­nants et les aboutissants et était bien sûr menson­ger, était l&#8217;expression d&#8217;une épouvantable mauvai­se foi. Quelle déception, pour moi qui imaginait pouvoir bénéficier de l&#8217;insigne honneur de travail­ler avec G. Locchi! Celui-ci venait en effet de rompre avec l&#8217;équipe de <em>Nouvelle École</em>, mais tra­vaillait ferme avec ses amis italiens, publicistes et éditeurs. Il n&#8217;était donc pas “hors course”. Au bout de 9 mois, j&#8217;ai quitté Paris sans avoir vu G. Locchi.</p>
<p style="text-align: justify;">Je ne l&#8217;ai revu que 7 ans plus tard, lors d&#8217;un pe­tit colloque, où nous étions 3 orateurs: G. Locchi, notre aîné, le philosophe chevronné, Pierre Krebs, l&#8217;éditeur d&#8217;<em>Elemente</em> à Kassel en Hesse, au­jourd&#8217;hui docteur en lettres de la Sorbonne grâce à une thèse admirable sur Paul Valéry, et moi-même. Le soir, au restaurant Le Dauphin, avec <a title="Jean Mabire" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/jean-mabire/">Jean Ma­bire</a>, Tahir de la Nive, André Casanova et bien d&#8217;autres, Pierre Krebs et moi, nous nous sommes retrouvés en face de Giorgio et d&#8217;Elfriede Locchi. Giorgio, que je rencontrais véritablement pour la première fois, me donnait l&#8217;impression d&#8217;une im­mense sérénité, d&#8217;une grande douceur, mais qui ca­chait une détermination inébranlable dans ses convictions, solidement étayées par un corpus phi­losophique classique de très haut niveau.</p>
<p style="text-align: justify;">G. Locchi avait le don de narrer des anecdo­tes, mais dès qu&#8217;il avait fini de les raconter, il les hissait aussitôt, avec une élégance surprenante, à un niveau philosophique, leur donnait une dimen­sion cosmique. Détail surprenant, nous avons par­lé, une fois n&#8217;est pas coutume, surtout à l&#8217;étranger où l&#8217;on se désintéresse totalement de ce genre de choses, du roi des Belges, Baudouin ler. G. Locchi l&#8217;avait rencontré à la fin des années 50, quand le roi était encore célibataire. Giorgio était l&#8217;envoyé du <em>Tempo</em>; il faisait une enquête sur les monarchies d&#8217;Europe. Et 2 ans plus tard, il “croquait” pour son quotidien romain le mariage d&#8217;Albert de Saxe-Cobourg et de Paola. Giorgio Locchi m&#8217;a dit qu&#8217;une sympathie immédiate s&#8217;est é­tablie entre lui et le roi. Qu&#8217;il a conversé longue­ment avec le souverain et croyait avoir décelé chez lui une grande tristesse, celle de ne pouvoir s&#8217;adon­ner à ses passions sportives (aviation, parachutis­me) ou à ses désirs de voyages ou d&#8217;exploration, hé­rités de son père, Léopold III.</p>
<p style="text-align: justify;">Après cette soirée, je n&#8217;ai plus revu G. Locchi. 1988 a été riche en événements divers. En 1990, la maladie a surpris Giorgio; il l&#8217;a vaincue mais est sorti affaibli de l&#8217;épreuve. Le 25 octobre 1992, les Nornes ont cessé de lui tisser un destin. G. Locchi est mort d&#8217;un arrêt cardiaque en travail­lant, en combattant.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour le déclic que vous avez provoqué en août 1973 sous le soleil d&#8217;Athènes, pour vos articles de <em>Nou­velle École</em>, Giorgio Locchi, merci!</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">(<a title="Vouloir" href="http://vouloir.hautetfort.com/archive/2007/12/04/vou-97-100.html" target="_blank"><em>Vouloir</em></a> n°97/100, 1993).</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/merci-giorgio-locchi.html' addthis:title='Merci, Giorgio Locchi ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/merci-giorgio-locchi.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Centro Studi La Runa online]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Filosofia]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Albert Carnoy]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Giorgio Locchi]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Lucien Verbruggen]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Marc Eemans]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Nouvelle École]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Pierre Krebs]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Simon Hauwaert]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>La décision dans l&#8217;œuvre de Carl Schmitt</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/la-decision-dans-loeuvre-de-carl-schmitt.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/la-decision-dans-loeuvre-de-carl-schmitt.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 30 May 2011 16:43:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Centro Studi La Runa online]]></category>
		<category><![CDATA[Filosofia]]></category>
		<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Carl Schmitt]]></category>
		<category><![CDATA[décision]]></category>
		<category><![CDATA[Deleuze]]></category>
		<category><![CDATA[droit]]></category>
		<category><![CDATA[Etat]]></category>
		<category><![CDATA[Guattari]]></category>
		<category><![CDATA[Herf]]></category>
		<category><![CDATA[Hobbes]]></category>
		<category><![CDATA[légalité]]></category>
		<category><![CDATA[Max Weber]]></category>
		<category><![CDATA[norme]]></category>
		<category><![CDATA[Schmitt]]></category>
		<category><![CDATA[Wendt]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=961</guid>
		<description><![CDATA[L'objet de cet exposé est de définir le concept de décision formulé par Carl Schmitt, de reconstituer la démarche qui a conduit Carl Schmitt à élaborer ce concept et de replacer cette démarche dans le contexte général de son époque.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/la-decision-dans-loeuvre-de-carl-schmitt.html' addthis:title='La décision dans l&#8217;œuvre de Carl Schmitt '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/centrostudilaruna48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Centro Studi La Runa online" /><br/><p style="text-align: justify;">Carl Schmitt est considéré comme le théoricien par excellence de la décision. L&#8217;objet de cet exposé est:</p>
<p style="text-align: justify;">- de définir ce concept de décision, tel qu&#8217;il a été formulé par Carl Schmitt;</p>
<p style="text-align: justify;">- de reconstituer la démarche qui a conduit Carl Schmitt à élaborer ce concept;</p>
<p style="text-align: justify;">- de replacer cette démarche dans le contexte général de son époque.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070713776/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2070713776" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-7605" style="margin: 10px;" title="théologie-politique" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/théologie-politique.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Sa théorie de la décision apparaît dans son ouvrage de 1922, <em>Politische Theologie</em>. Ce livre part du prin­cipe que toute idée poli­tique, toute théorie politique, dérive de concepts théologiques qui se sont laïcisés au cours de la période de sécularisation qui a suivi la Renaissance, la Réforme, la Contre-Réforme, les guerres de <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione/">reli­gion</a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>«Auctoritas non veritas facit legem»</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">A partir de Hobbes, auteur du <em>Leviathan </em>au 17ième siècle, on neu­tralise les concepts théologiques et/ou religieux parce qu&#8217;ils condui­sent à des guerres civiles, qui plongent les royaumes dans un “état de nature” (une loi de la jungle) caractérisée par la guerre de tous contre tous, où l&#8217;homme est un loup pour l&#8217;homme. Hobbes ap­pelle “Léviathan” l&#8217;Etat où l&#8217;autorité souveraine édicte des lois pour pro­téger le peuple contre le chaos de la guerre civile. Par consé­quent, la source des lois est une autorité, incarnée dans une per­sonne physique, exactement selon l&#8217;adage «<em>auctoritas non veritas facit le­gem</em>»  (c&#8217;est l&#8217;autorité et non la vérité qui fait la loi). Ce qui revient à dire qu&#8217;il n&#8217;y a pas un principe, une norme, qui précède la déci­sion émanant de l&#8217;autorité. Telle est la démarche de Hobbes et de la philosophie politique du 17ième siècle. Carl Schmitt, jeune, s&#8217;est enthousiasmé pour cette vision des choses.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans une telle perspective, en cas de normalité, l&#8217;autorité peut ne pas jouer, mais en cas d&#8217;exception, elle doit décider d&#8217;agir, de sévir ou de légiférer. L&#8217;exception appelle la décision, au nom du principe «<em>auctoritas non veritas facit legem</em>».  Schmitt écrit à ce sujet: «Dans l&#8217;exception, la puissance de la vie réelle perce la croûte d&#8217;une mé­canique figée dans la répétition». Schmitt vise dans cette phrase si­gnificative, enthou­siaste autant que pertinente, les normes, les mé­caniques, les rigidités, les procédures routinières, que le républica­nisme bourgeois (celui de la IIIième République que dénonçait Sorel et celui de la République de Weimar que dénonçaient les te­nants de la “<a title="révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice/">Révolution Conservatrice</a>”) ou le ronron wilhelminien de 1890 à 1914, avaient généralisées.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Restaurer la dimension personnelle du pouvoir</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;idéologie républicaine ou bourgeoise a voulu dépersonnaliser les mécanismes de la politique. La norme a avancé, au détriment de l&#8217;incarnation du pouvoir. Schmitt veut donc restaurer la dimension personnelle du pouvoir, car seule cette dimension personnelle est susceptible de faire face rapidement à l&#8217;exception (<em>Ausnahme</em>, <em>Ausnahmenzustand</em>, <em>Ernstfall</em>, <em>Grenzfall</em>). Pourquoi? Parce que la décision est toujours plus rapide que la lente mécanique des procé­dures. Schmitt s&#8217;affirme ainsi un «monarchiste catholique», dont le discours est marqué par le vitalisme, le personnalisme et la théolo­gie. Il n&#8217;est pas un fasciste car, pour lui, l&#8217;Etat ne reste qu&#8217;un moyen et n&#8217;est pas une fin (il finira d&#8217;ailleurs par ne plus croire à l&#8217;Etat et par dire que celui-ci n&#8217;est plus en tous les cas le véhicule du poli­tique). Il n&#8217;est pas un nationaliste non plus car le concept de nation, à ses yeux et à cette époque, est trop proche de la notion de volonté générale chez Rousseau.</p>
<p style="text-align: justify;">Si Schmitt critique les démocraties de son temps, c&#8217;est parce qu&#8217;elles:</p>
<p style="text-align: justify;">- 1) placent la norme avant la vie;</p>
<p style="text-align: justify;">- 2) imposent des procédures lentes;</p>
<p style="text-align: justify;">- 3) retardent la résolution des problèmes par la discussion (reproche essentiellement adressé au parlementarisme);</p>
<p style="text-align: justify;">- 4) tentent d&#8217;évacuer toute dimension personnelle du pouvoir, donc tout recours au concret, à la vie, etc. qui puisse tempérer et adapter la norme.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/286714082X/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=286714082X" target="_blank"><img class="size-full wp-image-7607 alignleft" style="margin: 10px;" title="du-politique" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/du-politique.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Mais la démocratie recourt parfois aux fortes personnalités: qu&#8217;on se souvienne de Clémenceau, applaudi par l&#8217;Action Française et la Chambre bleu-horizon en France, de Churchill en Angleterre, du pouvoir direc­torial dans le <em>New Deal </em>et du césarisme reproché à Roosevelt. Si Schmitt, plus tard, a envisagé le recours à la dictature, de forme ponctuelle (selon le modèle romain de Cincinnatus) ou de forme commissariale, c&#8217;est pour imaginer un dictateur qui suspend le droit (mais ne le supprime pas), parce qu&#8217;il veut incarner tempo­rairement le droit, tant que le droit est ébranlé par une catastrophe ou une guerre civile, pour assu­rer un retour aussi rapide que pos­sible de ce droit. Le dictateur ou le collège des commissaires se pla­cent momentanément  —le temps que dure la situation d&#8217;exception—  au-dessus du droit car l&#8217;existence du droit implique l&#8217;existence de l&#8217;Etat, qui garantit le fonctionnement du droit. La dictature selon Schmitt, comme la dictature selon les fas­cistes, est un scandale pour les libéraux parce que le décideur (en l&#8217;occurrence le dictateur) est indépendant vis-à-vis de la norme, de l&#8217;idéologie dominante, dont on ne pour­rait jamais s&#8217;écarter, disent-ils. Schmitt rétorque que le libéralisme-normativisme est néanmoins coercitif, voire plus coer­citif que la coercition exercée par une personne mortelle, car il ne tolère justement aucune forme d&#8217;indépendance personnalisée à l&#8217;égard de la norme, du discours conventionnel, de l&#8217;idéologie éta­blie, etc., qui seraient des principes immortels, impas­sables, appelés à régner en dépit des vicissitudes du réel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>La décision du juge</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour justifier son personnalisme, Schmitt raisonne au départ d&#8217;un exemple très concret dans la pratique juridique quotidienne: la dé­cision du juge. Le juge, avant de prononcer son verdict est face à une dualité, avec, d&#8217;une part, le droit (en tant que texte ou tradi­tion) et, d&#8217;autre part, la réalité vitale, existentielle, soit le contexte. Le juge est le pont entre la norme (idéelle) et le cas concret. Dans un petit livre, <em>Gesetz und Urteil </em>(= <em>La loi et le jugement</em>), Carl Schmitt dit que l&#8217;activité du juge, c&#8217;est, essentiellement, de rendre le droit, la norme, réel(le), de l&#8217;incarner dans les faits. La pratique quotidienne des palais de justice, pratique inévitable, incontour­nable, contredit l&#8217;idéal libéral-normativiste qui rêve que le droit, la norme, s&#8217;incarneront tous seuls, sans intermédiaire de chair et de sang. En imaginant, dans l&#8217;absolu, que l&#8217;on puisse faire l&#8217;économie de la personne du juge, on introduit une fiction dans le fonctionnement de la justice, fiction qui croit que sans la subjectivité inévitable du juge, on obtiendra un meilleur droit, plus juste, plus objectif, plus sûr. Mais c&#8217;est là une impossibilité pratique. Ce raisonnement, Carl Schmitt le transpose dans la sphère du politique, opérant par là, il faut l&#8217;avouer, un raccourci assez audacieux.</p>
<p style="text-align: justify;">La réalisation, la concrétisation, l&#8217;incarnation du droit n&#8217;est pas au­tomatique; elle passe par un <em>Vermittler </em>(un intermédiaire, un in­tercesseur) de chair et de sang, consciemment ou inconsciemment animé par des valeurs ou des sentiments. La légalité passe donc par un charisme inhérent à la fonction de juge. Le juge pose sa décision seul mais il faut qu&#8217;elle soit acceptable par ses collègues, ses pairs. Parce qu&#8217;il y a iné­vitablement une césure entre la norme et le cas concret, il faut l&#8217;intercession d&#8217;une personne qui soit une autorité. La loi/la norme ne peut pas s&#8217;incarner toute seule.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2271064929/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2271064929" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-7608" style="margin: 10px;" title="modernité-et-secularisation" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/modernité-et-secularisation.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Quis judicabit?</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Cette impossibilité constitue une difficulté dans le contexte de l&#8217;Etat libéral, de l&#8217;Etat de droit: ce type d&#8217;Etat veut garantir un droit sûr et objectif, abolir la domination de l&#8217;homme par l&#8217;homme (dans le sens où le juge domine le “jugé”). Le droit se révèle dans la loi qui, elle, se révèle, dans la personne du juge, dit Carl Schmitt pour contredire l&#8217;idéalisme pur et désincarné des libéraux. La question qu&#8217;adresse Carl Schmitt aux libéraux est alors la suivante, et elle est très simple: <em>Quis judicabit? </em>Qui juge? Qui décide? Réponse: une personne, une autorité. Cette question et cette réponse, très simples, consti­tuent le démenti le plus flagrant à cette indécrottable espoir libé­ralo-progressisto-normativiste de voir advenir un droit, une norme, une loi, une constitution, dans le réel, par la seule force de sa qua­lité juridique, philosophique, idéelle, etc. Carl Schmitt reconstitue la dimension personnelle du droit (puis de la politique) sur base de sa réflexion sur la décision du juge.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès lors, la raison qui advient et s&#8217;accomplit d&#8217;elle même et par la seule vertu de son excellence dans le monde imparfait de la chair et des faits n&#8217;est plus, dans la pensée juridique et politique de Carl Schmitt, le moteur de l&#8217;histoire. Ce moteur n&#8217;est plus une abstraction mais une personnalité de chair, de sang et de volonté.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>La légalité: une «cage d&#8217;acier»</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Contemporain de Carl Schmitt, <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/max-weber" target="_blank">Max Weber</a></span>, qui est un libéral scep­tique, ne croit plus en la bonne fin du mythe rationaliste. Le sys­tème rationaliste est devenu un système fermé, qu&#8217;il appelait une «cage d&#8217;acier». En 1922, Rudolf Kayser écrit un livre intitulé <em>Zeit ohne Mythos</em> (= <em>Une époque sans mythe</em>). Il n&#8217;y a plus de mythe, écrit-il, et l&#8217;<em>arcanum</em> de la modernité, c&#8217;est désormais la légalité. La légalité, sèche et froide, indifférente aux valeurs, remplace le mythe. Carl Schmitt, qui a lu et Weber et Kayser, opère un rappro­chement entre la «cage d&#8217;acier» et la «légalité» d&#8217;où, en vertu de ce rapprochement, la décision est morale aux yeux de Schmitt, puisqu&#8217;elle permet d&#8217;échapper à la «cage d&#8217;acier» de la «légalité».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les contextes successifs de la longue vie de Carl Schmitt (1888-1985), le décideur a pris trois vi­sages:</p>
<p style="text-align: justify;">1) L&#8217;accélarateur (<em>der Beschleuniger</em>);</p>
<p style="text-align: justify;">2) Le mainteneur (<em>der Aufhalter, der Katechon</em>);</p>
<p style="text-align: justify;">3) Le normalisateur (<em>der Normalisierer</em>).</p>
<p style="text-align: justify;">Le normalisateur, figure négative chez Carl Schmitt, est celui qui défend la normalité (que l&#8217;on peut mettre en parallèle avec la lé­galité des années 20), normalité qui prend la place de Dieu dans l&#8217;imaginaire de nos contemporains. En 1970, Carl Schmitt déclare dans un interview qui restera longtemps impublié: «Le monde en­tier semble devenir un artifice, que l&#8217;homme s&#8217;est fabriqué pour lui-même. Nous ne vivons plus à l&#8217;Age du fer, ni bien sûr à l&#8217;Age d&#8217;or ou d&#8217;argent, mais à l&#8217;Age du plastique, de la matière artifi­cielle».</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>1. La phase de l&#8217;accélérateur (Beschleuniger):</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">La tâche politique de l&#8217;accélérateur est d&#8217;accroître les potentialités techniques de l&#8217;Etat ou de la nation dans les domaines des arme­ments, des communications, de l&#8217;information, des <em>mass-media</em>, parce tout accroissement en ces domaines accroît la puissance de l&#8217;Etat ou du «grand espace» (<em>Großraum</em>), dominé par une puissance hégémonique. C&#8217;est précisément en réfléchissant à l&#8217;extension spa­tiale qu&#8217;exige l&#8217;accélération continue des dynamiques à l&#8217;œuvre dans la société allemande des premières décennies de ce siècle que Carl Schmitt a progressivement abandonné la pensée étatique, la pensée en termes d&#8217;Etat, pour accéder à une pensée en termes de grands espaces. L&#8217;Etat national, de type européen, dont la po­pula­tion oscille entre 3 et 80 millions d&#8217;habitants, lui est vite apparu in­suffisant pour faire face à des co­losses démographiques et spatiaux comme les Etats-Unis ou l&#8217;URSS. La dimension étatique, réduite, spatialement circonscrite, était condamnée à la domination des plus grands, des plus vastes, donc à perdre toute forme de souveraineté et à sortir de ce fait de la sphère du politique.</p>
<p style="text-align: justify;">Les motivations de l&#8217;accélérateur sont d&#8217;ordres économique et tech­nologique. Elles sont futuristes dans leur projectualité. L&#8217;ingénieur joue un rôle primordial dans cette vision, et nous retrouvons là les accents d&#8217;une certaine composante de la “<a title="Révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice/">révolution conservatrice</a>” de l&#8217;époque de la République de Weimar, bien mise en exergue par l&#8217;historien des idées Jeffrey Herf (nous avons consulté l&#8217;édition italienne de son livre, <em>Il mo­dernismo reazionario. Tecnologia, cultura e politica nella Germania di Weimar e del Terzo Reich</em>, Il Mulino, Bologne, 1988). Herf, observateur critique de cette “<a title="Révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice/">révolution conservatrice</a>” weimarienne, évoque un “modernisme réactionnaire”, fourre-tout conceptuel complexe, dans lequel on retrouve pêle-mêle, la vi­sion spenglerienne de l&#8217;histoire, le réalisme magique d&#8217;<a title="Ernst Junger" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/ernst-junger/">Ernst Jünger</a>, la sociologie de Werner Sombart et l&#8217;“idéologie des ingénieurs” qui nous intéresse tout particulièrement ici.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Ex cursus: l&#8217;idéalisme techniciste allemand</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Cette idéologie moderniste, techniciste, que l&#8217;on comparera sans doute utilement aux futurismes italien, russe et portugais, prend son élan, nous explique Herf, au départ des visions technocratiques de Walter Rathenau, de certains éléments de l&#8217;école du Bauhaus, dans les idées plus anciennes d&#8217;Ulrich Wendt, au­teur en 1906 de <em>Die Technik als Kulturmacht </em>(= <em>La technique comme puissance cultu­relle</em>). Pour Wendt, la technique n&#8217;est pas une manifestation de matérialisme comme le croient les marxistes, mais, au con­traire, une manifestation de spiritualité audacieuse qui diffusait l&#8217;Esprit (celui de la tradition idéaliste alle­mande) au sein du peuple. Max Eyth, en 1904, avait déclaré dans <em>Lebendige Kräfte</em> (= <em>Forces vi­vantes</em>) que la technique était avant toute chose une force culturelle qui asservissait la matière plutôt qu&#8217;elle ne la servait. Eduard Mayer, en 1906, dans <em>Technik und Kultur</em>,  voit dans la technique une expression de la personnalité de l&#8217;ingénieur ou de l&#8217;inventeur et non le résultat d&#8217;intérêts commerciaux. La technique est dès lors un «instinct de transformation», propre à l&#8217;essence de l&#8217;homme, une «impulsion créatrice» visant la maîtrise du chaos naturel. En 1912, Julius Schenk, professeur à la Technische Hochschule de Munich, opère une distinction entre l&#8217;«économie commerciale», orientée vers le profit, et l&#8217;«économie productive», orientée vers l&#8217;ingénierie et le travail créateur, indépendamment de toute logique du profit. Il re­valorise la «valeur culturelle de la construction». Ces écrits d&#8217;avant 1914 seront exploités, amplifiés et complétés par Manfred Schröter dans les années 30, qui sanctionne ainsi, par ses livres et ses essais, un futurisme allemand, plus discret que son homologue italien, mais plus étayé sur le plan philosophique. Ses col­lègues et disciples Friedrich Dessauer, Carl Weihe, Eberhard Zschimmer, Viktor Engelhardt, Heinrich Hardenstett, Marvin Holzer, poursuivront ses travaux ou l&#8217;inspireront. Ce futurisme des ingénieurs, poly­techni­ciens et philosophes de la technique est à rapprocher de la sociolo­gie moderniste et “révolutionnaire-conservatrice” de Hans Freyer, correspondant occasionnel de Carl Schmitt.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet ex-cursus bref et fort incomplet dans le “futurisme” allemand nous permet de comprendre l&#8217;option schmittienne en faveur de l&#8217;«accélérateur» dans le contexte de l&#8217;époque. L&#8217;«accélérateur» est donc ce technicien qui crée pour le plaisir de créer et non pour amasser de l&#8217;argent, qui accumule de la puissance pour le seul profit du politique et non d&#8217;intérêts privés. De Rathenau à Albert Speer, en passant par les in­génieurs de l&#8217;industrie aéronautique al­lemande et le centre de recherches de Peenemünde où œuvrait Werner von Braun, les «accélérateurs» allemands, qu&#8217;ils soient dé­mocrates, libéraux, socialistes ou na­tionaux-socialistes, ont visé une extension de leur puissance, considérée par leurs philosophes comme «idéaliste», à l&#8217;ensemble du continent européen. A leur yeux, comme la technique était une puissance gratuite, produit d&#8217;un génie naturel et spontané, appelé à se manifester sans entraves, les maîtres poli­tiques de la technique devaient dominer le monde contre les maîtres de l&#8217;argent ou les figures des anciens régimes pré-techniques. La technique était une émanation du peuple, au même titre que la poésie. Ce rêve techno-futuriste s&#8217;effondre bien entendu en 1945, quand le grand espace européen virtuel, rêvé en France par Drieu, croule en même temps que l&#8217;Allemagne hitlé­rienne. Comme tous ses compatriotes, Carl Schmitt tombe de haut. Le fait cruel de la défaite militaire le contraint à modifier son op­tique.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>2. La phase du Katechon</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Carl Schmitt après 1945 n&#8217;est plus fasciné par la dynamique indus­trielle-technique. Il se rend compte qu&#8217;elle conduit à une horreur qui est la «dé-localisation totale», le «déracinement planétaire». Le juriste Carl Schmitt se souvient alors des leçons de Savigny et de Bachofen, pour qui il n&#8217;y avait pas de droit sans ancrage dans un sol. L&#8217;horreur moderne, dans cette perspective généalogique du droit, c&#8217;est l&#8217;abolition de tous les loci, les lieux, les enracinements, les im-brications (<em>die Ortungen</em>). Ces dé-localisa­tions, ces <em>Ent-Ortungen</em>, sont dues aux accélarations favorisées par les régimes du 20ième siècle, quelle que soit par ailleurs l&#8217;idéologie dont ils se ré­clamaient. Au lendemain de la dernière guerre, Carl Schmitt estime donc qu&#8217;il est nécessaire d&#8217;opérer un retour aux «ordres élémen­taires de nos existences ter­restres». Après le <em>pathos </em>de l&#8217;accélération, partagé avec les futuristes italiens, Carl Schmitt déve­loppe, par réaction, un <em>pathos </em>du tellurique.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans un tel contexte, de retour au tellurique, la figure du décideur n&#8217;est plus l&#8217;accélérateur mais le <em>kate­chon</em>, le “mainteneur” qui «va contenir les accélérateurs volontaires ou involontaires qui sont en marche vers une fonctionalisation sans répit». Le <em>katechon </em>est le dernier pilier d&#8217;une société en perdition; il arrête le chaos, en maintient les vecteurs la tête sous l&#8217;eau. Mais cette figure du <em>katechon </em>n&#8217;est pourtant pas entièrement nouvelle chez Schmitt: on en perçoit les prémices dans sa valorisation du rôle du Reichspräsident  dans la Constitution de Weimar, Reichspräsident qui est le «gardien de la Constitution» (<em>Hüter der Verfassung</em>), ou même celle du Führer  Hitler qui, après avoir ordonné la «nuit des longs cou­teaux» pour éliminer l&#8217;aile révolutionnaire et effervescente de son mouvement, apparaît, aux yeux de Schmitt et de bon nombre de conservateurs allemands, comme le «protecteur du droit» contre les forces du chaos révolutionnaire (<em>der Führer schützt das Recht</em>). En effet, selon la logique de Hobbes, que Schmitt a très souvent faite sienne, Röhm et les SA veulent concrétiser par une «seconde révolution» un ab­solu idéologique, quasi religieux, qui conduira à la guerre civile, horreur absolue. Hitler, dans cette lo­gique, agit en “mainteneur”, en “protecteur du droit”, dans le sens où le droit cesse d&#8217;exister dans ce nou­vel état de nature qu&#8217;est la guerre civile.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Terre, droit et lieu &#8211; Tellus, ius et locus</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais par son retour au tellurique, au lendemain de la défaite du Reich hitlérien, Schmitt retourne au conser­vatisme implicite qu&#8217;il avait tiré de la philosophie de Hobbes; il abandonne l&#8217;idée de «mobilisation totale» qu&#8217;il avait un moment partagée avec <a title="Ernst Juenger" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/ernst-junger/">Ernst Jünger</a>. En 1947, il écrit dans son <em>Glossarium</em>, recueil de ses ré­flexions philosophiques et de ses fragments épars: «La totalité de la mobilisation consiste en ceci: le moteur immobile de la philosophie aristotélicienne est lui aussi entré en mouvement et s&#8217;est mobilisé. A ce moment-là, l&#8217;ancienne distinction entre la contemplation (immobile) et l&#8217;activité (mobile) cesse d&#8217;être perti­nente; l&#8217;observateur aussi se met à bouger [...]. Alors nous devenons tous des observateurs activistes et des activistes observants. [...] C&#8217;est alors que devient pertinente la maxime: celui qui n&#8217;est pas en route, n&#8217;apprend, n&#8217;expérimente rien».</p>
<p style="text-align: justify;">Cette frénésie, cette mobilité incessante, que les peintres futuristes avaient si bien su croquer sur leurs toiles exaltant la dynamique et la cinétique, nuit à la Terre et au Droit, dit le Carl Schmitt d&#8217;après-guerre, car le Droit est lié à la Terre (<em>Das Recht ist erdhaft und auf die Erde bezogen</em>). Le Droit n&#8217;existe que parce qu&#8217;il y a la Terre. Il n&#8217;y a pas de droit sans espace habitable. La Mer, elle, ne connaît pas cette unité de l&#8217;espace et du droit, d&#8217;ordre et de lieu (<em>Ordnung und Ortung</em>).  Elle échappe à toute tentative de codifica­tion. Elle est a-so­ciale ou, plus exactement, “<em>an-œkuménique</em>”, pour reprendre le lan­gage des géopolito­logues, notamment celui de Friedrich Ratzel.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Mer, flux et logbooks</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La logique de la Mer, constate Carl Schmitt, qui est une logique an­glo-saxonne, transforme tout en flux délocalisés: les flux d&#8217;argent, de marchandises ou de désirs (véhiculés par l&#8217;audio-visuel). Ces flux, dé­plore toujours Carl Schmitt, recouvrent les «machines impé­riales». Il n&#8217;y a plus de “Terre”: nous naviguons et nos livres, ceux que nous écrivons, ne sont plus que des “livres de bord” (<em>Logbooks, Logbücher</em>).  Le jeune philosophe allemand Friedrich Balke a eu l&#8217;heureuse idée de comparer les réflexions de Carl Schmitt à celles de Gilles Deleuze et Félix Guattari, consignées notamment dans leurs deux volumes fondateurs: <em>L&#8217;Anti-Oedipe</em> et <em>Mille Plateaux</em>.  Balke constate d&#8217;évidents parallèles entre les réflexions de l&#8217;un et des autres: Deleuze et Guattari, en évoquant ces flux modernes, surtout ceux d&#8217;après 1945 et de l&#8217;américanisation des mœurs, parlent d&#8217;une «effusion d&#8217;anti-production dans la production», c&#8217;est-à-dire de stabilité coagulante dans les flux multiples voire désordonnés qui agitent le monde. Pour notre Carl Schmitt d&#8217;après 1945, l&#8217;«anti-pro­duction», c&#8217;est-à-dire le principe de stabilité et d&#8217;ordre, c&#8217;est le «concept du politique».</p>
<p style="text-align: justify;">Mais, dans l&#8217;effervescence des flux de l&#8217;industrialisme ou de la «production» deleuzo-guattarienne, l&#8217;Etat a cédé le pas à la société; nous vivons sous une imbrication délétère de l&#8217;Etat et de l&#8217;économie et nous n&#8217;inscrivons plus de “télos” à l&#8217;horizon. Il est donc difficile, dans un tel contexte, de manier le «concept du politique», de l&#8217;incarner de façon durable dans le réel. Difficulté qui rend impos­sible un retour à l&#8217;Etat pur, au politique pur, du moins tel qu&#8217;on le concevait à l&#8217;ère étatique, ère qui s&#8217;est étendue de Hobbes à l&#8217;effondrement du III°Reich, voire à l&#8217;échec du gaullisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2081228734/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2081228734" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-7606" style="margin: 10px;" title="la-notion-de-politique-théorie-du-partisan" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/la-notion-de-politique-théorie-du-partisan.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a><strong><em>Dé-territorialisations et re-territorialisations</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Deleuze et Guattari constatent, eux aussi, que tout retour durable du politique, toute restauration impa­vide de l&#8217;Etat, à la manière du <em>Léviathan </em>de Hobbes ou de l&#8217;Etat autarcique fermé de <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/johann-gottlieb-fichte" target="_blank">Fichte</a></span>, est désormais impossible, quand tout est «mer», «flux» ou «production». Et si Schmitt dit que nous naviguons, que nous consi­gnons nos impressions dans des <em>Logbooks</em>, il pourrait s&#8217;abandonner au pessimisme du réaction­naire vaincu. Deleuze et Guattari accep­tent le principe de la navigation, mais l&#8217;interprètent sans pessi­misme ni optimisme, comme un éventail de jeux complexes de dé-territorialisations (<em>Ent-Ortungen</em>)  et de re-territorialisations (<em>Rück-Ortungen</em>).  Ce que le praticien de la politique traduira sans doute par le mot d&#8217;ordre suivant: «Il faut re-territorialiser partout où il est possible de re-territorialiser». Mot d&#8217;ordre que je serais person­nellement tenté de suivre&#8230; Mais, en dépit de la tristesse ressentie par Schmitt, l&#8217;Etat n&#8217;est plus la seule forme de re-territorialisation possible. Il y a mille et une possibilités de micro-re-territorialisa­tions, mille et une possibilités d&#8217;injecter de l&#8217;anti-production dans le flux ininterrompu et ininterrompable de la «production». Gianfranco Miglio, disciple et ami de Schmitt, éminence grise de la Lega Nord d&#8217;Umberto Bossi en Lombardie, parle d&#8217;espaces potentiels de territorialisation plus réduits, comme la région (ou la commu­nauté autonome des constitutionalistes espagnols), où une concen­tration localisée et circonscrite de politisation, peut tenir partiellement en échec des flux trop audacieux, ou guerroyer, à la mode du par­tisan, contre cette domination tyrannique de la «production». Pour étendre leur espace politique, les ré­gions (ou communautés autonomes) peuvent s&#8217;unir en confédérations plus ou moins lâches de régions (ou de communautés autonomes), comme dans les initia­tives Alpe-Adria, regroupant plusieurs subdivi­sions étatiques dans les régions alpines et adriatiques, au-delà des Etats résiduaires qui ne sont plus que des relais pour les «flux» et n&#8217;incarnent de ce fait plus le politique, au sens où l&#8217;entendait Schmitt.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L&#8217;illusion du «prêt-à-territorialiser»</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais les <em>Ersätze </em>de l&#8217;Etat, quels qu&#8217;ils soient, recèlent un danger, qu&#8217;ont clairement perçu Deleuze et Guattari: les sociétés modernes économi­sées, nous avertissent-ils, offrent à la consommation de leurs ci­toyens tous les types de territorialités résiduelles ou artificielles, imaginaires ou symboliques, ou elles les restaurent, afin de coder et d&#8217;oblitérer à nouveau les personnes détournées provisoirement des “quantités abs­traites”. Le système de la production aurait donc trouvé la parade en re-territorialisant sur mesure, et provisoire­ment, ceux dont la production, toujours provisoirement, n&#8217;aurait plus besoin. Il y a donc en per­manence le danger d&#8217;un «prêt-à-territorialiser» illusoire, dérivatif. Si cette éventualité apparaît nettement chez Deleuze-Guattari, si elle est explicitée avec un vocabulaire inhabituel et parfois surprenant, qui éveille toutefois tou­jours notre attention, elle était déjà consciente et présente chez Schmitt: celui-ci, en effet, avait perçu cette déviance potentielle, évidente dans un phénomène comme le <em>New Age </em>par exemple. Dans son livre <em>Politische Romantik </em>(1919), il écrivait: «Aucune époque ne peut vivre sans forme, même si elle semble complètement marquée par l&#8217;économie. Et si elle ne parvient pas à trouver sa propre forme, elle recourt à mille expédients issus des formes véritables nées en d&#8217;autres temps ou chez d&#8217;autres peuples, mais pour rejeter immé­diatement ces expédients comme inauthentiques». Bref, des re-territorialisations à la carte, à jeter après, comme des <em>kleenex</em>&#8230; Par facilité, Schmitt veux, personnelle­ment, la restauration de la “forme catholique”, en bon héritier et disciple du contre-révolutionnaire espa­gnol Donoso Cortés.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>3. La phase du normalisateur</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">La fluidité de la société industrielle actuelle, dont se plaignait Schmitt, est devenue une normalité, qui en­tend conserver ce jeu de dé-normalisation et de re-normalisation en dehors du principe po­litique et de toute dynamique de territorialisation. Le normalisa­teur, troisième figure du décideur chez Schmitt, est celui qui doit empêcher la crise qui conduirait à un retour du politique, à une re-territorialisation de trop longue durée ou définitive. Le normalisa­teur est donc celui qui prévoit et prévient la crise. Vision qui cor­respond peu ou prou à celle du sociologue Niklas Luhmann qui ex­plique qu&#8217;est souverain, aujourd&#8217;hui, celui qui est en mesure, non plus de décréter l&#8217;état d&#8217;exception, mais, au contraire, d&#8217;empêcher que ne survienne l&#8217;état d&#8217;exception! Le normalisateur gèle les pro­cessus politiques (d&#8217;«anti-production») pour laisser libre cours aux processus économiques (de «production»); il censure les discours qui pourraient conduire à une revalorisation du politique, à la res­tauration des «machines impériales». Une telle œuvre de rigidifica­tion et de censure est le propre de la <em>political correctness</em>, qui structure le «Nouvel Ordre Mondial» (NOM). Nous vivons au sein d&#8217;un tel ordre, où s&#8217;instaure une quantité d&#8217;inversions sémantiques: le NOM est statique, comme l&#8217;Etat de Hobbes avait voulu être sta­tique contre le déchaînement des pas­sions dans la guerre civile; mais le retour du politique, espéré par Schmitt, bouleverse des flux divers et multiples, dont la quantité est telle qu&#8217;elle ne permet aucune intervention globale ou, pire, absorbe toute intervention et la neutralise. Paradoxalement le partisan de l&#8217;Etat, ou de toute autre instance de re-territorialisation, donc d&#8217;une forme ou d&#8217;une autre de stabilisation, est au­jourd&#8217;hui un “ébranleur” de flux, un déstabilisa­teur malgré lui, un déstabilisateur insconscient, surveillé et neutralisé par le normalisateur. Un cercle vicieux à briser? Sommes-nous là pour ça?</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/la-decision-dans-loeuvre-de-carl-schmitt.html' addthis:title='La décision dans l&#8217;œuvre de Carl Schmitt ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/la-decision-dans-loeuvre-de-carl-schmitt.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Centro Studi La Runa online]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Filosofia]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Carl Schmitt]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[décision]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Deleuze]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[droit]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Etat]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Guattari]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Herf]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Hobbes]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[légalité]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Max Weber]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[norme]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Schmitt]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Wendt]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>Les thèmes de la géopolitique et de l&#8217;espace russe dans la vie culturelle berlinoise de 1918 à 1945</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/geopolitique-et-espace-russe.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/geopolitique-et-espace-russe.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 13 Apr 2011 16:12:25 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Centro Studi La Runa online]]></category>
		<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Orientamenti]]></category>
		<category><![CDATA[Teiwaz]]></category>
		<category><![CDATA[Varia]]></category>
		<category><![CDATA[Albert Leo Schlageter]]></category>
		<category><![CDATA[Alexander Radós]]></category>
		<category><![CDATA[géographie]]></category>
		<category><![CDATA[géopolitique]]></category>
		<category><![CDATA[Grand Jeu]]></category>
		<category><![CDATA[Haushofer]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Inde]]></category>
		<category><![CDATA[Japon]]></category>
		<category><![CDATA[Karl Haushofer]]></category>
		<category><![CDATA[occultisme]]></category>
		<category><![CDATA[Oskar von Niedermayer]]></category>
		<category><![CDATA[Otto Hoetzsch]]></category>
		<category><![CDATA[Pacifique]]></category>
		<category><![CDATA[Radek]]></category>
		<category><![CDATA[Radós]]></category>
		<category><![CDATA[Russie]]></category>
		<category><![CDATA[Youri Semionov]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=5948</guid>
		<description><![CDATA[La géopolitique théorisée par Karl Haushofer, Oskar von Niedermayer &#038; Otto Hoetzsch.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/geopolitique-et-espace-russe.html' addthis:title='Les thèmes de la géopolitique et de l&#8217;espace russe dans la vie culturelle berlinoise de 1918 à 1945 '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/centrostudilaruna48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Centro Studi La Runa online" /><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/teiwaz.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Teiwaz" /><br/><div id="attachment_7268" class="wp-caption alignleft" style="width: 310px"><img class="size-medium wp-image-7268" title="Karl Haushofer (Munich, 27 août 1869 - Pähl, 10 mars 1946)." src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/karl-haushofer-300x234.jpg" alt="Karl Haushofer (Munich, 27 août 1869 - Pähl, 10 mars 1946)." width="300" height="234" /><p class="wp-caption-text">Karl Haushofer (Munich, 27 août 1869 - Pähl, 10 mars 1946).</p></div>
<p style="text-align: justify;">En 1922, après l&#8217;effervescence spartakiste qui venait de secouer Berlin et Munich, un an avant l&#8217;occupation franco-belge de la Ruhr, le Général d&#8217;artillerie bavarois Karl Haushofer, devenu diplômé en géographie, est considéré, à l&#8217;unanimité et à juste titre, comme un spécialiste du Japon et de l&#8217;espace océanique du Pacifique. Son expérience d&#8217;attaché militaire dans l&#8217;Empire du Soleil Levant, avant 1914, et sa thèse universitaire, présentée après 1918, lui permettent de revendiquer cette qualité. Haushofer entre ainsi en contact avec deux personnalités soviétiques de premier plan: l&#8217;homme du Komintern à Berlin, Karl Radek, et le Commissaire aux affaires étrangères, Georgi Tchitchérine (qui signera les accords de Rapallo avec Rathenau). Dans quel contexte cette rencontre a-t-elle eu lieu? Le Japon et l&#8217;URSS cherchaient à aplanir leurs différends en entamant une série de négociations où les Allemands ont joué le rôle d&#8217;arbitres. Ces négociations portent essentiellement sur le contrôle de l&#8217;île de Sakhaline. Les Japonais réclament la présence de Haushofer, afin d&#8217;avoir, à leurs côtés &#8220;une personnalité objective et informée des faits&#8221;. Les Soviétiques acceptent que cet arbitre soit Karl Haushofer, car ses écrits sur l&#8217;espace pacifique —négligés en Allemagne depuis que celle-ci  a perdu la Micronésie à la suite du Traité de Versailles—  sont lus avec une attention soutenue par la jeune école diplomatique soviétique. Qui plus est, avec la manie hagiographique des révolutionnaires bolcheviques, Haushofer a connu les frères Oulianov (Lénine) à Munich avant la première guerre mondiale; il aimait en parler et relatera plus tard ce fait dans ses souvenirs. L&#8217;intérêt soviétique pour la personne du Général Haushofer durera jusqu&#8217;en 1938, où, changement brusque d&#8217;attitude lors des grandes procès de Moscou, le Procureur réclame la condamnation de Sergueï Bessonov, qu&#8217;il accuse d&#8217;être un espion allemand, en contact, prétend-il,  avec Haushofer, Hess et Niedermayer (cf. <em>infra</em>). Les mêmes accusations avaient été portées contre Radek, qui finira exécuté, lors des grandes purges staliniennes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces trois faits d&#8217;histoire —la présence de Haushofer lors des négociations entre Japonais et Soviétiques, le contact, sans doute fort bref et parfaitement anodin, entre Haushofer et Lénine, les condamnations et exécutions de Radek et de Bessonov—  indiquent qu&#8217;indépendamment des étiquettes idéologiques de &#8220;gauche&#8221; ou de &#8220;droite&#8221;, la géopolitique, telle qu&#8217;elle est théorisée par Haushofer à Munich et à Berlin dans les années 20, ne s&#8217;occupe que du rapport existant entre la géographie et l&#8217;histoire; elle est donc considérée comme une démarche scientifique, comme un savoir pratique et non pas comme une spéculation idéologique ou occultiste, véhiculant des fantasmes ou des intérêts. A l&#8217;époque, on peut parler d&#8217;une véritable &#8220;Internationale de la géopolitique&#8221;, transcendant largement les étiquettes idéologiques, tout comme aujourd&#8217;hui, un savoir d&#8217;ordre géopolitique, éparpillé dans une multitude d&#8217;instituts, commence à se profiler partout dans un monde où les grands enjeux géopolitiques sont revenus à l&#8217;ordre du jour: la question des Balkans, celle de l&#8217;Afghanistan, remettent à l&#8217;avant-plan de l&#8217;actualité toutes les grandes thématiques de la géopolitique, notamment celles qu&#8217;avaient soulignées Mackinder et Haushofer.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Une démarche factuelle et matérielle, sans dérive occultiste</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.de/gp/product/3886806006/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudi0e-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1638&amp;creative=19454&amp;creativeASIN=3886806006" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-7266" style="margin: 10px;" title="berlin-ostbahnhof-europas" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/berlin-ostbahnhof-europas.jpeg" alt="" width="300" height="300" /></a>A partir de 1924, Haushofer publie sa <em>Zeitschrift für Geopolitik </em>(ZfG; &#8220;Revue pour la géopolitique&#8221;), où il met surtout l&#8217;accent sur l&#8217;espace du Pacifique, comme l&#8217;attestent ses articles et sa chronique, rédigée notamment grâce à des rapports envoyés par des correspondants japonais. La teneur de cette revue est donc politique et géographique pour l&#8217;essentiel, contrairement aux bruits qui ont couru pendant des décennies après 1945, et qui commencent heureusement à s&#8217;atténuer; ces &#8220;bruits&#8221; évoquaient une fantasmagorique dimension &#8220;ésotérique&#8221; de la <em>Zeitschrift für Geopolitik </em>(ZfG);  on a raconté que Haushofer appartenait à toutes sortes de sectes ésotériques ou occultes (voire occultistes). Ces allégations sont bien sûr complètement fausses. De plus, l&#8217;intérêt porté à Haushofer et à ses thèses sur l&#8217;espace du Pacifique par la jeune diplomatie soviétique, par Radek et Tchitchérine, est un indice complémentaire  —et de taille!—  pour attester de la nature factuelle et matérielle de ses écrits; les sectes étant par définition irrationnelles, comment un homme, que l&#8217;on dit plongé dans cet univers en marge de toute rationalité scientifique, aurait pu susciter l&#8217;intérêt et la collaboration active de marxistes matérialistes et historicistes? De marxistes qui tentent d&#8217;expurger toute irrationalité de leurs démarches intellectuelles?  L&#8217;accusation d&#8217;occultisme portée à l&#8217;encontre de Haushofer est donc une contre-vérité propagandiste, répandue par les services et les puissances qui ont intérêt à ce que son œuvre demeure inconnue, ne soit plus consultée dans les chancelleries et les états-majors. Il va de soi qu&#8217;il s&#8217;agit des puissances qui ont intérêt à ce que le grand continent eurasien ne soit pas organisé ni aménagé territorialement jusqu&#8217;en ses régions les plus éloignées de la mer.</p>
<p style="text-align: justify;">Le principal ouvrage géopolitique et scientifique de Haushofer est donc sa <em>Geopolitik des Pazifischen Raumes</em> (&#8220;Géopolitique de l&#8217;espace pacifique&#8221;), livre de référence méticuleux qui se trouvait en permanence sur le bureau de Radek, à Berlin comme à Moscou. Karl Radek jouait le rôle du diplomate du PCUS (&#8220;Parti communiste d&#8217;Union Soviétique&#8221;). Il a cependant plaidé, au moment où les Français condamnent à mort et font fusiller l&#8217;activiste nationaliste allemand Albert Leo Schlageter, pour un front commun entre nationaux et communistes contre la puissance occidentale occupante. Plus tard, Radek sera nommé Recteur de l&#8217;Université Sun-Yat-Sen à Moscou, centre névralgique de la nouvelle culture politique internationale que les Soviets entendent généraliser sur toute la planète. Radek organisera, au départ de cette université d&#8217;un genre nouveau, un échange permanent entre universitaires, dont le savoir est en mesure de forger cette nouvelle culture diplomatique internationale.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Trois figures emblématiques</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le cadre de cette Université Sun-Yat-Sen , trois figures emblématiques méritent de capter aujourd&#8217;hui encore notre attention, tant leurs démarches peuvent encore avoir une réelle incidence sur toute réflexion actuelle quant au destin de la Russie, de l&#8217;Europe, de l&#8217;Asie centrale et quant aux théories générales de la géopolitique: Mylius Dostoïevski, Richard Sorge et Alexander Radós.</p>
<p style="text-align: justify;">Mylius Dostoïevski est le petit-fils du grand écrivain russe. Qui, rappelons-le, a jeté les bases d&#8217;une <a title="révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice/">révolution conservatrice</a> en Russie, au-delà des limites de la slavophilie du début du 19ième siècle, et a consolidé, par ricochet, la dimension russophile de la <a title="Révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice/">révolution conservatrice</a> allemande, par le biais de ses réflexions consignées dans son <em>Journal d&#8217;un écrivain</em>, ouvrage capital qui sera traduit en allemand par <a title="Arthur Moeller van den Bruck" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/arthur-moeller-van-den-bruck/">Arthur Moeller van den Bruck</a>. Mylius Dostoïevski s&#8217;était spécialisé en histoire et en géographie du Japon, de la Chine et de l&#8217;espace maritime du Pacifique. Il appartiendra à la jeune garde de la diplomatie soviétique et sera un lecteur attentif de la ZfG; pour rendre la politesse à ces jeunes géographes soviétiques, selon sa courtoisie habituelle, Karl Haushofer rendra toujours compte, avec précision, des évolutions diverses de la nouvelle géopolitique soviétique. Il estimait que les Allemands de son temps devaient en connaître les grandes lignes et la dynamique.</p>
<p style="text-align: justify;">Richard Sorge, autre lecteur de la ZfG, était un espion soviétique en Extrême-Orient. On connaît son rôle pendant la seconde guerre mondiale. En 1933, au moment où Hitler prend le pouvoir en Allemagne, Sorge était en contact avec l&#8217;école géopolitique de Haushofer. Il le restera, en dépit du changement de régime et en dépit des options anti-communistes officielles, preuve supplémentaire que la géopolitique se situe bien au-delà des clivages idéologiques et politiciens. Au cours des années qui suivirent la &#8220;Machtübernahme&#8221; de Hitler, il écrivit de nombreux articles substantiels dans la ZfG. Sa connaissance du monde extrême-oriental  —et elle seule—  justifiait cette collaboration.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Alexander Radós et &#8220;Pressgeo&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Indubitablement, le principal disciple soviétique de Karl Haushofer a été l&#8217;Israélite hongrois Alexander Radós, un géographe de formation, qui a servi d&#8217;espion au profit de la jeune URSS, notamment en Suisse, plaque tournante de nombreux contacts officieux. Radós est l&#8217;homme qui a forgé tous les nouveaux concepts de la géographie politique soviétique. Il est, entre autres, celui qui forgea la dénomination même d&#8217;«Union des Républiques Socialistes Soviétiques». Radós fut principalement un cartographe, qui a commencé sa carrière en établissant des cartes du trafic aérien, lesquelles constituaient évidemment une innovation à son époque. Il enseignait à l&#8217;«Ecole marxiste de formation des Travailleurs» (&#8220;Marxistische Arbeiterschulung&#8221;). Il fonde ensuite la toute première agence de presse cartographique du monde, qu&#8217;il baptise &#8220;Pressgeo&#8221;, où travaillera notamment une future célébrité comme Arthur Koestler. La fondation de cette agence correspond parfaitement aux aspirations de Haushofer, qui voulait vulgariser  —et diffuser au maximum au sein de la population—  un savoir pragmatique d&#8217;ordre géographique, historique et économique, assorti d&#8217;un esprit de défense. La carte, esquisse succincte, instrument didactique de premier ordre, sert l&#8217;objectif d&#8217;instruire rapidement les esprits décisionnaires des armées et de la diplomatie, ainsi que les enseignants en histoire et en science politique qui doivent communiquer vite un savoir essentiel et vital à leurs ouailles.</p>
<p style="text-align: justify;">Haushofer parlait aussi, en ce sens, de &#8220;Wehrgeographie&#8221;, de &#8220;géographie défensive&#8221;, soit de &#8220;géographie militaire&#8221;. L&#8217;objectif de cette science pragmatique était de synthétiser en un simple coup d&#8217;œil cartographique toute une problématique de nature stratégique, récurrente dans l&#8217;histoire. Pédagogie et cartographie formant les deux piliers majeurs de la formation politique des élites et des masses. Yves Lacoste, en France aujourd&#8217;hui, suit une même logique, en se référant à Elisée Reclus, géographe dynamique, réclamant une pédagogie de l&#8217;espace, dans une perspective qu&#8217;il voulait révolutionnaire et &#8220;anarchique&#8221;. Lacoste, comme Haushofer, a parfaitement conscience de la dimension militaire de la géographie (et, a fortiori, de la &#8220;Wehrgeographie&#8221;), quand il écrit, en faisant référence aux premiers cartographes militaires de la Chine antique: «La géographie, ça sert à faire la guerre!».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>De l&#8217;utilité pédagogique de la cartographie</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Michel Foucher, professeur à Lyon, dirige aujourd&#8217;hui un institut géographique et cartographique, dont les cartes, très didactiques, illustrent la majeure partie des organes de presse français, quand ceux-ci évoquent les points chauds de la planète. Dans ce même esprit pluridisciplinaire,  à volonté clairement pédagogique,  —qui, en France et en Allemagne, va de Haushofer à Lacoste et à Foucher—  Alexander Radós, leur précurseur soviétique, publie, en URSS et en Allemagne, en 1930, un <em>Atlas für Politik, Wirtschaft und Arbeiterbewegung </em>(&#8220;Atlas de la politique, de l&#8217;économie et du mouvement ouvrier&#8221;). Radós est ainsi le précurseur d&#8217;une manière innovante et intéressante de pratiquer la géographie politique, de mêler, en d&#8217;audacieuses synthèses, un éventail de savoirs économiques, géographiques, militaires, topographiques, géologiques, hydrographiques, historiques. Les synthèses, que sont les cartes, doivent servir à saisir d&#8217;un seul coup d&#8217;œil des problématiques hautement complexes, que le simple texte écrit, trop long à assimiler, ne permet pas de saisir aussi vite, d&#8217;exprimer sans détours inutiles. Ce fut là un grand pas en avant dans la pédagogie scientifique et politique, dans le sens inauguré, un siècle auparavant, par le géographe Carl Ritter.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette cartographie facilite le travail du militaire, du géographe et de l&#8217;homme politique; elle permet, comme le soulignait Karl August Wittfogel, de sortir d&#8217;une impasse de la vieille science géographique traditionnelle (et &#8220;réactionnaire&#8221; pour les marxistes), où, systématiquement, on avait négligé les macro-processus enclenchés par le travail de l&#8217;homme et, ainsi, le caractère &#8220;historique-plastique&#8221; de ce que l&#8217;on croyait être des &#8220;faits éternels de nature&#8221;. C&#8217;est dans cette position épistémologique fondamentale,  qu&#8217;au-delà des clivages idéologiques, fruits d&#8217;&#8221;éthiques de la conviction&#8221; aux répercussions calamiteuses, se rejoignent Elisée Reclus, Haushofer, Radós, Wittfogel, Lacoste et Foucher. Wittfogel , qui se pose comme révolutionnaire, reconnaît cette &#8220;plasticité historique&#8221; dans l&#8217;œuvre du &#8220;géopolitologue bourgeois&#8221; Karl Haushofer. Les deux écoles, l&#8217;haushoférienne et la marxiste, veulent inaugurer une géographie dynamique, où l&#8217;espace n&#8217;est plus posé comme un bloc inerte et immobile, mais s&#8217;appréhende comme un réseau dense de relations, de rapports, de mouvements, en perpétuelle effervescence (on songe tout naturellement au &#8220;rhizome&#8221; de Gilles Deleuze, qui inspire les &#8220;géophilosophes&#8221; italiens actuels). Au sein de ce réseau toujours agité, le temps peut apporter des époques de repos, de plus grande quiétude, comme il peut injecter du dynamisme, de la violence, des bouleversements, qui contraignent les personnalités politiques de valeur à œuvrer à des redistributions de cartes. Le travail de l&#8217;homme, qui domestique certains espaces en les aménageant et en créant des moyens de communication plus rapides, est un travail proprement &#8220;révolutionnaire&#8221;; les hommes politiques qui refusent d&#8217;aménager l&#8217;espace, dans un esprit de défense territoriale ou dans l&#8217;esprit d&#8217;assurer aux générations futures communications et ressources, sont des &#8220;réactionnaires&#8221;, des lâches qui préfèrent de lents pourrissements à la dynamique de transformation. Des capitulards qui font ainsi le jeu pervers des thalassocraties.</p>
<p style="text-align: justify;">Par conséquent, évoquer des hommes comme Mylius Dostoïevski, Richard Sorge, Alexander Radós ou Karl August Wittfogel,  nous apparaît très utile, intellectuellement et méthodologiquement, car cela prouve:</p>
<p style="text-align: justify;">◊ que l&#8217;intérêt général pour la géopolitique aujourd&#8217;hui ne peut plus être mis en équation avec un intérêt malsain pour le passé national-socialiste (contexte dans lequel Haushofer a dû œuvrer);</p>
<p style="text-align: justify;">◊ qu&#8217;aucune morbidité d&#8217;ordre ésotérique ou occultiste ne se repère dans l&#8217;œuvre de Haushofer et de ses disciples allemands ou soviétiques;</p>
<p style="text-align: justify;">◊ que ces écoles ont posé d&#8217;important jalons dans le développement de la science politique, de la géographie et de la cartographie;</p>
<p style="text-align: justify;">◊ qu&#8217;elles ont laissé en héritage un bagage scientifique de la plus haute importance;</p>
<p style="text-align: justify;">◊ que nous devrions davantage nous intéresser aux développements de la géopolitique soviétique des années 20 et 30 (et analyser l&#8217;œuvre de Radós, par exemple).</p>
<div id="attachment_7269" class="wp-caption alignright" style="width: 211px"><img class="size-medium wp-image-7269" title="niedermayer" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/niedermayer-201x300.jpg" alt="Oskar von Niedermayer, le &quot;Lawrence allemand&quot;" width="201" height="300" /><p class="wp-caption-text">Oskar von Niedermayer, le &quot;Lawrence allemand&quot;</p></div>
<p style="text-align: justify;">Outre Haushofer, une approche du savoir géopolitique, tel qu&#8217;il sera déployé à Berlin dans les années 20, 30 et 40, ne peut omettre d&#8217;étudier la figure du Chevalier Oskar von Niedermayer, celui que l&#8217;on avait surnommé, le &#8220;Lawrence d&#8217;Arabie&#8221; allemand. Né en 1885, Oskar von Niedermayer embrasse la carrière d&#8217;officier, mais ne se contente pas des simples servitudes militaires. Il étudie à l&#8217;université les sciences naturelles physiques, la géographie et les langues iraniennes (ce qui lui permettra d&#8217;avoir des contacts suivis avec la Communauté religieuse Ba&#8217;hai, qui, à l&#8217;époque, était quasiment la seule porte ouverte de l&#8217;Iran sur l&#8217;Occident). De 1912 à 1914, il effectue un long voyage en Perse et en Inde. Il sera ainsi le premier Européen à traverser de part en part le désert de sable du Lout (Dacht-i-Lout). En 1914, quand éclate la première guerre mondiale, Oskar von Niedermayer, accompagné par Werner Otto von Henting, sillonne les montagnes d&#8217;Afghanistan pour inciter les tribus afghanes à se soulever contre les Anglais et les Russes, afin de créer un &#8220;abcès de fixation&#8221;, obligeant les deux puissances ennemies de l&#8217;Allemagne à dégarnir partiellement  leurs fronts en Europe, dans le Caucase et en Mésopotamie. Cette mission sera un échec. En 1919, Niedermayer se retrouve dans les rangs du Corps Franc du Colonel Chevalier Franz von Epp qui écrase la République des Conseils de Munich. En dépit de son rôle dans l&#8217;aventure de ce Corps Franc anti-communiste, Niedermayer est nommé dans la foulée officier de liaison de la Reichswehr auprès de la nouvelle Armée Rouge à Moscou. Dans ce contexte, il est intéressant de noter qu&#8217;il était, avant toutes choses, un expert de l&#8217;Afghanistan, des idiomes persans et de toute cette zone-clef de la géostratégie mondiale qui va de la rive sud de la Caspienne à l&#8217;Indus. C&#8217;est donc Niedermayer  qui négociera avec Trotski et qui visitera, pour le compte de la Reichswehr, dans la perspective de la future coopération militaire entre les deux pays, les usines d&#8217;armement et les chantiers navals de Petrograd (devenue &#8220;Leningrad&#8221;). Oskar von Niedermayer a donc été l&#8217;une des chevilles ouvrières de la coopération militaire et militaro-industrielle germano-russe des années 20. En 1930, il devient professeur de &#8220;Wehrgeographie&#8221; à Berlin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le &#8220;marais&#8221; et ses éthiques de conviction</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La principale leçon qu&#8217;il tire de ses activités politiques et diplomatiques est une méfiance à l&#8217;endroit des politiciens du &#8220;centre&#8221;, du &#8220;marais&#8221;, incapables de comprendre les grands ressorts de la politique internationale, du &#8220;Grand Jeu&#8221;. Ses critiques s&#8217;adressaient surtout aux sociaux-démocrates et aux centristes de tous plumages idéologiques; avec de tels personnages, il est impossible, constate von Niedermayer dans un rapport où il ne cache pas son amertume, d&#8217;articuler sur le long terme une politique étrangère durable, rationnelle et constante. Il les accuse de tout critiquer publiquement, par voie de presse; de cette façon, aucune diplomatie secrète n&#8217;est encore possible. Pire, estime-t-il, par le comportement délétère de ces bateleurs sans épine dorsale politique solide, aucun ressort habituel de la diplomatie inter-étatique  ne fonctionne encore de manière optimale. Car les éthiques de conviction (terminologie de <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/max-weber" target="_blank">Max Weber</a></span>: <em>Gesinnungsethik</em>) qui animent toutes les vaines agitations politiciennes de ces gens-là, altèrent l&#8217;esprit de retenue, de sérieux et de service, qui est nécessaire pour faire fonctionner une telle diplomatie traditionnelle. La priorité accordée aux convictions revient à trahir les intérêts fondamentaux de l&#8217;Etat et de la nation. L&#8217;amertume de Niedermayer est née à la suite d&#8217;un incident au Reichstag, où le socialiste Scheidemann, animé par un pacifisme irréaliste et de mauvais aloi, avait dénoncé un accord militaire secret entre l&#8217;URSS et le Reich, sous prétexte que le commerce et l&#8217;échange d&#8217;armements ne sont pas &#8220;moraux&#8221;. Le lendemain, comme par hasard, la presse londonienne à l&#8217;unisson, reprend l&#8217;information et amorce une propagande contre les deux puissances continentales, qui avaient contourné les clauses de Versailles relatives aux embargos. Cet incident montre aussi que bon nombre de journalistes servent des intérêts étrangers à leur pays. En cela, rien n&#8217;a changé aujourd&#8217;hui: les Etats-Unis bénéficient de l&#8217;appui inconditionnel de la plupart des ténors de la presse parisienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Youri Semionov, spécialiste de la Sibérie</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans les années 30, Niedermayer rencontre Youri Semionov, Russe blanc en exil et spécialiste de l&#8217;économie, de la géographie, de la géologie et de l&#8217;hydrographie sibériennes. Semionov est l&#8217;auteur d&#8217;un ouvrage, toujours d&#8217;actualité, toujours compulsé en haut lieu, sur les trésors de la géologie sibérienne. Egalement spécialiste de l&#8217;empire colonial français, Semionov a compilé ses réflexions successives dans un volume dont la dernière édition allemande date de 1975 (cf. Juri Semjonow, <em>Erdöl aus dem Osten &#8211; Die Geschichte der Erdöl- und Erdgasindustrie in der UdSSR</em>, Econ Verlag, Wien/Düsseldorf, 1973 et <em>Sibirien &#8211; Schatzkammer des Ostens</em>, Econ Verlag, Wien/Düsseldorf, 1975). Né en 1894 à Vladikavkaz dans le Caucase, Youri Semionov a étudié à l&#8217;Université de Moscou, avant d&#8217;émigrer en 1922 à Berlin, où il enseignera l&#8217;histoire et la géographie de la Russie, et plus particulièrement celles des territoires sibériens. Après la chute du IIIe Reich, il émigre en 1947 en Suède, où il enseignera à Uppsala et finira ses jours. Dans <em>Sibirien &#8211; Schatzkammer des Ostens</em>, il retrace toutes les étapes de l&#8217;histoire de la conquête russe des territoires situés au-delà de l&#8217;ex-capitale des Tatars, Kazan. Il démontre que la conquête de tout le cours de la Volga, de Kazan à Astrakhan, permet à la Russie de spéculer sur une éventuelle conquête des Indes. Semionov replace tous ces faits d&#8217;histoire dans une perspective géopolitique, celle de l&#8217;organisation du Grand Continent, de la Mer Blanche au Pacifique. Les chapitres sur le 19ième siècle sont particulièrement intéressants, notamment quand il décrit la situation globale après la décision du Tsar Alexandre III de faire financer la construction d&#8217;un chemin de fer transsibérien.</p>
<p style="text-align: justify;">Cet extrait du livre de Semionov (pp. 356-357) résume parfaitement  cette situation:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">«Nous savons que toute la politique de &#8220;concentration des forces sur le continent&#8221;, telle celle que l&#8217;on avait envisagée en Russie, provoquait une inquiétude faite de jalousie en Angleterre. Tout mouvement de la Russie en Asie y était considéré comme une menace pesant sur l&#8217;Inde. L&#8217;Amiral Sterling a vu cette menace se concrétiser dès l&#8217;installation de la présence russe le long du fleuve Amour. L&#8217;écrivain anglais, oublié aujourd&#8217;hui, mais très connu à l&#8217;époque, Th. T. Meadows, évoquait en 1856, dans un de ses écrits, un &#8220;futur Alexandre le Grand&#8221; russe, qui s&#8217;en irait conquérir la Chine, puis, sans difficulté aucune, détruirait l&#8217;empire britannique et soumettrait le monde entier. Ce cri d&#8217;alarme pathétique, répercuté par la presse anglaise, est apparu soudain très réaliste, lorsque, dans les années 80 du 19ième siècle, les Russes avancent en Asie centrale et s&#8217;approchent de la frontière afghane. En 1884, se déroule le fameux &#8220;incident afghan&#8221;; un détachement russe s&#8217;empare d&#8217;un point contesté sur la frontière; ensuite, les Afghans, qui agissaient sur ordre des Anglais, attaquent ce poste, mais sont battus et dispersés par les Russes. Le premier ministre britannique Gladstone déclare, face au Parlement de Londres, que la guerre avec la Russie est désormais inévitable. Seul le refus de Bismarck, de soutenir les Anglais, empêcha, à l&#8217;époque, le déclenchement d&#8217;une guerre anglo-russe».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Toute l&#8217;actualité récente semble résumée dans ce bref extrait.</p>
<p style="text-align: justify;">Les chapitres consacrés à l&#8217;œuvre de Witte, père du Transsibérien, sont également lumineux. Semionov rappelle que Witte est un disciple de l&#8217;économiste Friedrich List, théoricien de l&#8217;aménagement des grands espaces. Il existait, avant la première guerre mondiale et avant la guerre russo-japonaise, une véritable idée grande continentale. Elle était partagée en France (Henri de Grossouvre nous a rappelé l&#8217;œuvre de Gabriel Hanotaux), en Allemagne (avec le souvenir de Bismarck) et en Chine, avec Li Hung-Tchang, qui négociera avec Witte. L&#8217;Angleterre réussira à briser cette unité, ce qui entraînera le cortège sanglant de toutes les guerres du 20ième siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Oskar von Niedermayer  rencontre également le Professeur Otto Hoetzsch, dont nous allons retracer l&#8217;itinéraire dans la suite de cette intervention. En dépit de leurs itinéraires bien différents et de leurs options idéologiques divergentes, Haushofer, Niedermayer, Semionov et Hoetzsch se complètent utilement et la lecture simultanée de leurs œuvres nous permet de saisir toute la problématique eurasienne, sans la mutiler, sans rien omettre de sa complexité.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Du professorat à la 162ième Division</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1937, Hitler ordonne la fondation d&#8217;un &#8220;Institut für allgemeine Wehrlehre&#8221; (= &#8220;Institut pour les doctrines générales de défense&#8221;). Niedermayer, bien que sceptique, servira loyalement cette nouvelle institution d&#8217;Etat, dont l&#8217;objectif, recentré sur l&#8217;ethnologie vu l&#8217;intérêt des nationaux-socialistes pour les questions raciales, est d&#8217;étudier les rapports mutuels entre peuple(s) et espace(s). Hostile à la &#8220;Gesinnungsethik&#8221; des nationaux socialistes, comme il avait été hostile à celles des sociaux démocrates ou des centristes, Niedermayer proteste contre les campagnes de diffamation orchestrées contre des professeurs que l&#8217;on décrit comme des &#8220;intellectuels  apolitiques&#8221;, comportement hitlérien qui trouve parfaitement son pendant dans les campagnes de diffamation orchestrées par un certain journalisme contemporain contre ceux qui demeurent sceptiques face aux projets d&#8217;éradiquer l&#8217;Irak, la Libye ou la Serbie et d&#8217;appuyer des bandes mafieuses comme celles de l&#8217;UÇK ou du complexe militaro-mafieux turc. Aujourd&#8217;hui, on ne traite pas ceux qui entendent raison garder d&#8217;&#8221;intellectuels apolitiques&#8221;, mais d&#8217;&#8221;anti-démocrates&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>De la prison de Torgau à la Loubianka</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Comme la plupart des experts ès-questions russes de son temps, Niedermayer déplore la guerre germano-soviétique, déclenchée en juin 1941. En 1942, sur la suggestion de Claus von Stauffenberg, futur auteur de l&#8217;attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler, Niedermayer est nommé chef de la 162ième Division d&#8217;Infanterie de la Wehrmacht, où servent des volontaires et des légionnaires de souche turque (issus des peuples turcophones d&#8217;Asie centrale). Cette unité connaît des fortunes diverses, mais l&#8217;échec de la politique nationale-socialiste à l&#8217;Est, accentue considérablement le scepticisme de Niedermayer. Stationné en Italie avec les restes de sa division, il critique ouvertement la politique menée par Hitler sur le territoire de l&#8217;Union Soviétique. Ce qui conduit à son arrestation; il est interné à Torgau sur l&#8217;Elbe. Quand les troupes américaines entrent dans la ville, il quitte la prison et est arrêté par des soldats soviétiques qui le font conduire immédiatement à Moscou, où il séjourne dans la fameuse prison de la Loubianka. Il y mourra de tuberculose en 1948.</p>
<p style="text-align: justify;">La mort de Niedermayer ne clôt pas son &#8220;dossier&#8221;, dans l&#8217;ex-URSS. En 1964, les autorités soviétiques utilisent les textes de ses dépositions à Moscou en 1945 pour réhabiliter le Maréchal Toukhatchevski. Il faudra attendra 1997 pour que Niedermayer soit lui-même totalement réhabilité. Donc lavé de toutes les accusations incongrues dont on l&#8217;avait chargé.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le pivot indien de l&#8217;histoire et la nécessité du &#8220;Kontinentalblock&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons énuméré bon nombre de faits biographiques de Niedermayer, pour faire mieux comprendre le noyau essentiel de sa démarche d&#8217;iranologue, d&#8217;explorateur du Dacht-i-Lout, d&#8217;agitateur allemand en Afghanistan et de commandeur de la Division turcophone de la Wehrmacht. Deux idées de base animaient l&#8217;action de Niedermayer: 1) l&#8217;idée que l&#8217;Inde était le pivot de l&#8217;histoire mondiale; 2) la conscience de la nécessité impérieuse de construire un bloc continental (eurasien), le fameux &#8220;Kontinentalblock&#8221; de Karl Haushofer (projet qu&#8217;il a très probablement repris des hommes d&#8217;Etats japonais du début du 20ième siècle, tels le Prince Ito, le Comte Goto et le Premier Ministre Katsura, avocats d&#8217;une alliance grande continentale germano-russo-japonaise). Si Niedermayer reprend sans doute cette idée de &#8220;bloc continental&#8221; directement de l&#8217;œuvre de Haushofer, sans remonter aux sources japonaises —qu&#8217;il devait sûrement ignorer—  l&#8217;idée de l&#8217;Inde comme &#8220;pivot de l&#8217;histoire&#8221; lui vient très probablement du Général Andreï Snessarev, officier tsariste passé aux ordres de Trotski, pour devenir le chef d&#8217;état-major de l&#8217;Armée Rouge. Ce général, hostile aux thalassocraties anglo-saxonnes, représentant d&#8217;un idéal géopolitique grand continental transcendant le clivage blancs/rouges, se plaisait à répéter: «Si nous voulons abattre la tyrannie capitaliste qui pèse sur le monde, alors nous devons chasser les Anglais d&#8217;Inde».</p>
<p style="text-align: justify;">Principes thalassocratiques, libéralisme à l&#8217;occidentale, permissivité politique et morale, capitalisme dont les ressorts annihilent systématiquement  les traditions historiques et culturelles (cf. Dostoïevski et Moeller van den Bruck), logique marchande, étaient synonymes d&#8217;abjection pour cet officier traditionnel: peu importe qu&#8217;on les combatte sous une étiquette blanche/traditionaliste ou sous une étiquette rouge/révolutionnaire. Les étiquettes sont des &#8220;convictions&#8221; sans substance: seule importe une action constante visant à réduire et à détruire les forces dissolvantes de la modernité marchande, car elles conduisent le monde au chaos et les peuples à une misère sans issue. Comme nous le constatons encore plus aujourd&#8217;hui qu&#8217;à l&#8217;époque, l&#8217;industriel, le négociant  et le banquier, avec leur logique d&#8217;accumulation monstrueuse, apparaissent comme des êtres aussi abjects qu&#8217;inférieurs, foncièrement malfaisants, pour cet officier supérieur russe et  soviétique qui ne respecte que les hommes de qualité: les historiens, les prêtres, les soldats et les révolutionnaires. Les impératifs de la géopolitique sont des constantes de l&#8217;histoire auquel l&#8217;homme de longue mémoire, seul homme valable, seul homme pourvu de qualités indépassables, se doit d&#8217;obéir. A la suite de ce Snessarev, qu&#8217;il a sans doute rencontré au temps où il servait d&#8217;officier de liaison auprès de l&#8217;Armée Rouge, Niedermayer, fort également de ses expériences d&#8217;iranologue, d&#8217;explorateur du Dacht-i-Lout et de spécialiste de l&#8217;Afghanistan, clef d&#8217;accès aux Indes depuis Alexandre le Grand, savait que le destin de l&#8217;Europe en général, de l&#8217;Allemagne, son cœur géographique, en particulier, se jouait en Inde (et, partant, en Perse et en Afghanistan). Une leçon que l&#8217;actualité a rendue plus vraie que jamais.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><strong>Exporter la révolution et absorber le &#8220;rimland&#8221;</strong></em></p>
<p style="text-align: justify;">Pour Niedermayer, officier allemand, ce rôle essentiel du territoire indien pose problème car son pays ne possède aucun point d&#8217;appui dans la région, ni dans son environnement immédiat. La Russie tsariste, oui, et, à sa suite, l&#8217;URSS, aussi. Par conséquent, les positions militaires soviétiques au Tadjikistan et le long de la frontière afghane, sont des atouts absolument nécessaires à l&#8217;Europe dans son ensemble, à toute la communauté des peuples de souche européenne. C&#8217;est la possession de cet atout stratégique en Asie centrale qui doit justifier, aux yeux de Niedermayer, l&#8217;indéfectible alliance germano-russe, seule garante de la survie de la culture européenne dans son ensemble. Pour les tenants du bolchevisme révolutionnaire autour de Trotski et Lénine, la solution, pour faire tomber le capitalisme, c&#8217;est-à-dire la puissance planétaire des thalassocraties libérales, réside dans la politique d&#8217;&#8221;exporter la révolution&#8221;, d&#8217;agiter les populations colonisées et assujetties par un bon dosage de nationalisme et de révolution sociale. Ainsi, les puissances continentales de la &#8220;Terre du Milieu&#8221; pourront porter leurs énergies en direction du &#8220;rimland&#8221; indien, persan et arabe, réalisant du même coup les craintes formulées par Mackinder dans son discours de 1904 sur le &#8220;pivot&#8221; sibérien et centre-asiatique de l&#8217;histoire. Propos qu&#8217;il réitèrera dans son livre <em>Democratic Ideals and Reality </em>de 1919. Cependant, pour pouvoir libérer l&#8217;Inde et y exporter la révolution, il faut déjà un bloc continental bien soudé par l&#8217;alliance germano-soviétique, prélude à la libération de toute la masse continentale eurasiatique.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Pour structurer l&#8217;Europe: un chemin de fer à voies larges</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour parfaire l&#8217;organisation de cette gigantesque masse continentale, il faut se rappeler et appliquer les recettes préconisées par le Ministre du Tsar, Sergueï Witte, père du Transsibérien. Dans le Berlin des années 20, un projet circule déjà et prendra corps pendant la seconde guerre mondiale: celui de réaliser un chemin de fer à voie large (&#8220;Breitspurbahn&#8221;), permettant de transporter un maximum de personnes et de marchandises, en un minimum de temps. Cette idée, venue de Witte, n&#8217;est pas entièrement morte, constitue toujours un impératif majeur pour qui veut véritablement travailler à la construction  européenne: le Plan Delors, esquissé dans les coulisses de l&#8217;UE, préconisait naguère des grands travaux publics d&#8217;aménagement territorial, y compris un système ferroviaire rapide, désormais inspiré par le TGV français. En 1942, Hitler, en évoquant le Transsibérien de Witte, donne l&#8217;ordre à Fritz Todt d&#8217;étudier les possibilités de construire une &#8220;Breitspurbahn&#8221;, avec des trains roulant entre 150 et 180 km/h pour le transport des marchandises et entre 200 et 250 km/h pour le transport des personnes. Le projet, confié à Todt, ne concerne pas seulement l&#8217;Europe, au sens restreint du terme, n&#8217;entend pas seulement relier entre elles les grandes métropoles européennes, mais aussi, via l&#8217;Ukraine et le Caucase, les villes d&#8217;Europe à celles de la Perse. Ces projets, qui apparaissaient à l&#8217;époque comme un peu fantasmagoriques, n&#8217;étaient nullement une manie du seul Hitler (et de son ingénieur Todt); en Union Soviétique aussi, via des romans populaires, comme ceux d&#8217;Ilf et de Petrov, on envisage la création de chemins de fer ultra-rapides, reliant la Russie à l&#8217;Extrême-Orient.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le destin tragique du Professeur Otto Hoetzsch</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-7272" style="margin: 10px;" title="Otto Hoetzsch" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/Otto-Hoetzsch-175x300.jpg" alt="" width="175" height="300" />Le volet purement scientifique de cet engouement pour le Grand Est sera incarné à Berlin, de 1913 à 1946 par un professeur génial, autant que modeste: Otto Hoetzsch. Il a connu un destin particulièrement tragique. Après avoir accumulé dans son institut personnel une masse de documents et de travaux sur la Russie, pendant des décennies, les bombardements sur Berlin en 1945, à la veille de l&#8217;entrée des troupes soviétiques dans la capitale allemande, ont réduit sa colossale bibliothèque à néant. Cette tragédie explique partiellement le sort misérable de tout le savoir sur la Russie et l&#8217;Union Soviétique à l&#8217;Ouest. La majeure partie des documents les plus intéressants avait été accumulée à Berlin. La misère de la soviétologie occidentale est partiellement  le résultat navrant de la destruction de la bibliothèque du Prof. Hoetzsch. En 1945 et en 1946, celui-ci, âgé de 70 ans, erre seul dans Berlin, privé de sa documentation; cet homme, brisé, trouve néanmoins le courage ultime de rédiger une conférence, la dernière qu&#8217;il donnera, où il nous lègue un véritable testament politique (titre de cette conférence: <em>Die Eingliederung des osteuropäischen Geschichte in die Gesamtgeschichte</em>; = L&#8217;inclusion de l&#8217;histoire est-européenne dans l&#8217;histoire générale).</p>
<p style="text-align: justify;">Slaviste et historien de la Russie, Otto Hoetzsch s&#8217;était aperçu très tôt que les Européens de l&#8217;Ouest, les Occidentaux en général, ne comprenaient rien de la dynamique de l&#8217;histoire et de l&#8217;espace russes; ce que les Russes repèrent tout de suite, ce qui les navrent et les fâchent. Cette ignorance, assortie d&#8217;une prétention mal placée et d&#8217;une irrépressible et agaçante propension à donner des leçons, vaut également pour l&#8217;espace balkanique (sauf en Autriche où les instituts spécialisés dans le Sud-Est européen ont réalisé des travaux remarquables, dont les chancelleries occidentales ne tiennent jamais compte). Hoetzsch constate, dès le début de sa brillante carrière, que la presse ne produit que des articles lamentables, quand il s&#8217;agit de commenter ou de décrire les situations existantes en Russie ou en Sibérie. Il va vouloir remédier à cette lacune. A partir de 1913, il se met à rassembler une documentation, à étudier et à lire les grands classiques de la pensée politique russe, à lire les historiens russes, ce qui le conduira à fonder en 1925, quelques mois après la sortie du premier numéro de la ZfG de Haushofer, une revue spécialisée dans les questions russes et centre-asiatiques, <em>Osteuropa</em>. Captivé par la figure du Tsar Alexandre II, sur lequel il rédigera un maître-ouvrage, dont le manuscrit sera sauvé in extremis de la destruction à Berlin en 1945; Hoetzsch le transportait dans sa valise en fuyant Berlin en flammes. Pourquoi Alexandre II? Ce Tsar est un réformateur social, il lance la Russie sur la voie de l&#8217;industrialisation et de la modernisation, ce que ne peuvent tolérer les thalassocraties. Il périra d&#8217;ailleurs assassiné. En dépit du ressac de la Russie sous Nicolas II, de sa lourde défaite subie en 1905 face au Japon, armé par l&#8217;Angleterre et les Etats-Unis, en dépit du terrible ressac que constitue la prise du pouvoir par les Bolcheviques, l&#8217;œuvre d&#8217;Alexandre II doit, aux yeux de Hoetzsch, demeurer le modèle pour tout homme d&#8217;Etat russe digne de ce nom.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Ami des Russes blancs et &#8220;Républicain de Raison&#8221;</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Hoetzsch est un libéral de gauche, proche de la sociale démocratie, mais il déteste les Bolcheviques, car, pour lui, ce sont des agents du capitalisme anglais, dans la mesure où ils détruisent l&#8217;œuvre des Tsars émancipateurs et modernistes; ils ont comploté contre ceux-ci et contre d&#8217;excellents hommes d&#8217;Etat comme Witte et Stolypine (qui sera également assassiné). Hoetzsch fréquente l&#8217;émigration blanche de Berlin, consolide son institut grâce aux collaborations des savants chassés par les Bolcheviques, mais reste ce que l&#8217;on appelait à l&#8217;époque, dans l&#8217;Allemagne de Weimar, un «Républicain de Raison» (&#8220;Vernunftrepublikaner&#8221;), ce qui le différencie évidemment d&#8217;un Oskar von Niedermayer. Son institut et sa revue connaissent un essor bien mérité au cours des années 20; ce sont des havres de savoir et d&#8217;intelligence, où coopèrent Russes et Allemands en toute fraternité. En 1933, avec l&#8217;avènement au pouvoir des nationaux socialistes, Hoetzsch cumule les malchances. Pour le nouveau pouvoir, les &#8220;Vernunftrepublikaner&#8221; sont des émanations du &#8220;marais centriste&#8221; ou, pire, des &#8220;traîtres de novembre&#8221; (&#8220;Novemberverräter&#8221;) ou des &#8220;bolchevistes de salon&#8221; (&#8220;Salonbolschewisten&#8221;). L&#8217;institut de Hoetzsch est dissous. Hoetzsch est &#8220;invité&#8221; à prendre sa retraite anticipée. La fermeture de cet institut est une tragédie de premier ordre. Le destin de Hoetzsch est pire que celui de l&#8217;activiste politique et éditeur de revues nationales révolutionnaires, Ernst Niekisch. Car on peut évidemment, avec le recul, reprocher à Niekisch d&#8217;avoir été un passionné et un polémiste outrancier. Ce n&#8217;était évidemment pas le cas de Hoetzsch, qui est resté un scientifique sourcilleux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Pour une approche grande-européenne de l&#8217;histoire</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans la conférence qu&#8217;il prépare dès août 1945, et qu&#8217;il prononcera peu avant de mourir en 1946, dans sa chère ville de Berlin en ruines, Otto Hoetzsch nous a laissé un message qui reste parfaitement d&#8217;actualité. L&#8217;objectif de cette conférence-testament est de faire comprendre la nécessité impérieuse, après deux guerres mondiales désastreuses, de développer une vision de l&#8217;histoire, valable pour l&#8217;Europe entière, celle de l&#8217;Ouest, celle de l&#8217;Est et la Russie (&#8220;gesamteuropäische Geschichte&#8221;). Personnellement, nous estimons que les prémisses pratiques d&#8217;une telle vision grande européenne de l&#8217;histoire se situent déjà toutes en germe dans l&#8217;œuvre politique et militaire du Prince Eugène de Savoie, qui parvient à mobiliser et unir les puissances européennes devant le danger ottoman et à faire reculer la Sublime Porte sur tous les fronts, au point qu&#8217;elle perdra le contrôle de 400.000 km2 de terres européennes et russes. Le Prince Eugène a définitivement éloigné le danger turc de l&#8217;Europe centrale et a préparé la reconquête de la Crimée par Catherine la Grande. Plus jamais, après les coups portés par Eugène de Savoie, les Ottomans n&#8217;ont été victorieux en Europe et leurs alliés français n&#8217;ont plus été vraiment en mesure de grignoter le territoire impérial des Pays-Bas espagnols puis autrichiens; les Ottomans n&#8217;ont même plus été capables de servir de supplétifs à cette autre puissance anti-impériale et anti-européenne qu&#8217;était la France avant Louis XVI.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Le testament de Hoetzsch nous interpelle!</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mais le propos de Hoetzsch, dans sa dernière conférence, n&#8217;était pas d&#8217;évoquer la figure du Prince Eugène, mais de jeter les bases d&#8217;une méthodologie historique et sociologique pour l&#8217;avenir; elle devait reposer sur les acquis théoriques de Karl Lamprecht, de Gustav Schmoller (inspirateur du gaullisme dans les années 60 du 20ième siècle) et d&#8217;Otto Hintze. Il faut, disait Hoetzsch, développer une histoire intégrante et comparative pour les décennies à venir. En affirmant cela, il n&#8217;avait aucune chance de se voir exaucer en 1946, encore moins en 1948 quand, après le Coup de Prague, le Rideau de Fer s&#8217;abat sur l&#8217;Europe pour quatre décennies. En 1989, immédiatement après l&#8217;élimination du Mur de Berlin et l&#8217;ouverture des frontières austro-hongroises et inter-allemandes, l&#8217;Europe et la Russie auraient eu intérêt à remettre les propositions de Hoetzsch sur le tapis. Au niveau scientifique, des études remarquables ont été réalisées effectivement, mais rien ne semble transparaître dans la presse, faute de journalistes professionnels capables d&#8217;appliquer les leçons pédagogiques de Haushofer et de Radós. Les journalistes ne sont plus des hommes et des femmes en quête de sujets intéressants, innovateurs, mais bel et bien ceux que Serge Halimi nomme avec grande pertinence les &#8220;chiens de garde&#8221; du système. Les journaux et les revues constituaient la voie de pénétration vers le grand public dont disposaient jadis les instituts de sciences humaines et les universités; pour tout ce qui est véritablement innovateur, pour tout ce qui va à l&#8217;encontre des poncifs répétés <em>ad nauseam</em>, cette voie est désormais bien verrouillée, dans la mesure où les journalistes ne sont plus des hommes libres, animés par la volonté de consolider le Bien public, mais d&#8217;ignobles et méprisables mercenaires à la solde du système et des puissances dominantes.  Toutefois, le défi que nous a lancé Brzezinski en 1996, en publiant son fameux livre, <em>The Grand Chessboard</em>, où sont étalées sans vergogne toutes les recettes thalassocratiques pour neutraliser l&#8217;Europe et la Russie, avec l&#8217;aide de cet instrument qu&#8217;est le complexe militaro-mafieux turc,  —potentiellement étendu à toute la turcophonie d&#8217;Asie centrale—  montre une nouvelle fois qu&#8217;une riposte européenne et russe doit nécessairement passer par une vision claire de l&#8217;histoire, vulgarisable pour les masses. Le destin tragique de Hoetzsch, son courage opiniâtre qui force l&#8217;admiration, sa modestie de grand savant, nous interpellent directement: notre amicale paneuropéenne a pour devoir de travailler, modestement, dans son créneau, à l&#8217;avènement de cette historiographie grande européenne que Hoetzsch a voulu. Au travail!</p>
<p style="text-align: justify;">(Forest-Flotzenberg, Vlotho im Weserbergland, août 2002).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>* * *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Intervention de <a title="Robert Steuckers" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/robert-steuckers/">Robert Steuckers </a>à la 10ième Université d&#8217;été de «Synergies Européennes», Basse-Saxe, août 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">Analyse: Karl SCHLÖGEL, <a href="http://www.amazon.de/gp/product/3886806006/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudi0e-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1638&amp;creative=19454&amp;creativeASIN=3886806006"><em>Berlin Ostbahnhof Europas &#8211; Russen und  Deutsche in ihrem Jahrhundert</em></a>, Siedler, Berlin, 368 S., DM 68, 1998,  ISBN 3-88680-600-6. Archives de SYNERGIES EUROPEENNES &#8211; 2002.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/geopolitique-et-espace-russe.html' addthis:title='Les thèmes de la géopolitique et de l&#8217;espace russe dans la vie culturelle berlinoise de 1918 à 1945 ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/geopolitique-et-espace-russe.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Centro Studi La Runa online]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Orientamenti]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Teiwaz]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Varia]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Albert Leo Schlageter]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Alexander Radós]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[géographie]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[géopolitique]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Grand Jeu]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Haushofer]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[histoire]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Inde]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Japon]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Karl Haushofer]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[occultisme]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Oskar von Niedermayer]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Otto Hoetzsch]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Pacifique]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Radek]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Radós]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Russie]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Youri Semionov]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>L&#8217;œuvre de Herman Wirth (1885-1981)</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/oeuvre-de-herman-wirth.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/oeuvre-de-herman-wirth.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 24 Jan 2011 17:16:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articoli sul tema indoeuropeo in generale]]></category>
		<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Indoeuropei]]></category>
		<category><![CDATA[Religione]]></category>
		<category><![CDATA[Studiosi di religioni]]></category>
		<category><![CDATA[archéologie]]></category>
		<category><![CDATA[Bachofen]]></category>
		<category><![CDATA[Externsteine]]></category>
		<category><![CDATA[Herman Wirth]]></category>
		<category><![CDATA[histoire]]></category>
		<category><![CDATA[populations]]></category>
		<category><![CDATA[Wirth]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=1591</guid>
		<description><![CDATA[Par Wirth les Nordiques ont pénétré en Europe par l'Ouest, en longeant les voies fluviales, en quittant leurs terres progressivement inondées par la fonte des glaces arctiques. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/oeuvre-de-herman-wirth.html' addthis:title='L&#8217;œuvre de Herman Wirth (1885-1981) '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/labrys.png" width="48" height="48" alt="" title="Indoeuropei" /><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/buddha.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Religione" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright" style="margin: 10px;" title="Herman Wirth" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/hermanwirth.jpg" alt="" width="151" height="184" />Né le 6 mai 1885 à Utrecht aux Pays-Bas, <a title="Herman Wirth" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hermann-wirth/">Herman Wirth</a> étudie la philologie néerlandaise, la philologie germanique, l&#8217;ethnologie, l&#8217;histoire et la musicologie aux universités d&#8217;Utrecht, de Leipzig et de Bâle. Son premier poste universitaire est une chaire de philologie néerlandaise à Berlin qu&#8217;il occupe de 1909 à 1919. Il enseigne à Bruxelles en 1917/18 et y appuie l&#8217;activisme flamand germanophile. Séduit par le mouvement de jeunesse contestataire et anarchisant d&#8217;avant 1914, le célèbre Wandervogel,   il tente de lancer l&#8217;idée aux Pays-Bas à partir de 1920, sous l&#8217;appelation de Dietse Trekvogel  (Oiseaux migrateurs thiois). En 1921, il entame ses études sur les <a title="symboles" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symboles</a> et l&#8217;art populaire en traitant des uleborden, les poutres à décoration animalière des pignons des vieilles fermes frisonnes.</p>
<p style="text-align: justify;">Convaincu de la profonde signification symbolique des motifs décoratifs traditionnels ornant les pignons, façades, objets usuels, pains et pâtisseries, Wirth mène une enquête serrée, interrogeant les vieux paysans encore dépositaires des traditions orales. Il tire la conclusion que les <a title="symboles" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symboles</a> géométriques simples remontent à la préhistoire et constituent le premier langage graphique de l&#8217;homme, objet d&#8217;une science qu&#8217;il appelle à approfondir: la paléo-épigraphie. Le <a title="symbole" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symbole</a> est une trace plus sûre que le mythe car il demeure constant à travers les siècles et les millénaires, tandis que le mythe subit au fil des temps quantités de distorsions. En posant cette affirmation, Wirth énonce une thèse sur la naissance des alphabets. Les signes alphabétiques dérivent, selon Wirth, de <a title="symboles" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symboles</a> désignant les mouvements des astres. Vu leur configuration, ils seraient apparus en Europe du Nord, à une époque où le pôle se situait au Sud du Groenland, soit pendant l&#8217;ère glacière où le niveau de la mer était inférieur de 200 m, ce qui laisse supposer que l&#8217;étendue océanique actuelle, recouvrant l&#8217;espace sis entre la Galice et l&#8217;Irlande, aurait été une zone de toundras, idéale pour l&#8217;élevage du renne. La montée des eaux, due au réchauffement du climat et au basculement du pôle vers sa position actuelle, aurait provoqué un reflux des chasseurs-éleveurs de rennes vers le sud de la Gaule et les Asturies d&#8217;abord, vers le reste de l&#8217;Europe, en particulier la Scandinavie à peine libérée des glaces, ensuite. Une autre branche aurait rejoint les plaines d&#8217;Amérique du Nord, pour y rencontrer une population asiatique et créer, par mixage avec elle, une race nouvelle. De cette hypothèse sur l&#8217;origine des populations europides et amérindiennes, Wirth déduit la théorie d&#8217;un diffusionnisme racial/racisant, accompagné d&#8217;une thèse audacieuse sur le matriarchat originel, prenant le relais de celle de Bachofen.</p>
<p style="text-align: justify;">Wirth croyait qu&#8217;un manuscrit frison du <a title="Moyen Age" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo">Moyen-Age</a>, l&#8217;<em>Oera-Linda bok</em>, recopié à chaque génération depuis environ le Xième siècle jusqu&#8217;au XVIIIième, contenait in nuce  le récit de l&#8217;inondation des toundras atlantiques et de la zone du Dogger Bank. Cette affirmation de Wirth n&#8217;a guère été prise au sérieux et l&#8217;a mis au ban de la communauté scientifique. Toutefois, le débat sur l&#8217;<em>Oera-Linda bok</em> n&#8217;est pas encore clos aux Pays-Bas aujourd&#8217;hui.</p>
<p style="text-align: justify;">Très en vogue parmi les ethnologues, les folkloristes et les «symbolologues» en Allemagne, en Flandre, aux Pays-Bas et en Scandinavie avant-guerre, Wirth a été oublié, en même temps que les théoriciens allemands et néerlandais de la race, compromis avec le IIIième Reich. Or Wirth ne peut être classé dans la même catégorie qu&#8217;eux: d&#8217;abord parce qu&#8217;il estimait que la recherche des racines de la germanité, objectif positif, était primordiale, et que l&#8217;antisémitisme, attitude négative, était «une perte de temps»; ensuite, en butte à l&#8217;hostilité de Rosenberg, il est interdit de publication. Il reçoit temporairement l&#8217;appui de Himmler mais rompt avec lui en 1938, jugeant que les prétoriens du IIIième Reich, les SS,  sont une incarnation moderne des <em>Männerbünde</em> (des associations masculines) qui ont éradiqué, par le truchement du wotanisme puis du christianisme, les cultes des mères, propres à la culture matricielle atlanto-arctique et à son matriarchat apaisant, remontant à la fin du pliocène. Arrêté par les Américains en 1945, il est rapidement relaché, les enquêteurs ayant conclu qu&#8217;il avait été un «naïf abusé». Infatigable, il poursuit après guerre ses travaux, notamment dans le site mégalithique des Externsteine dans le centre de l&#8217;Allemagne et organise pendant deux ans, de 1974 à 1976, une exposition sur les communautés préhistoriques d&#8217;Europe. Il meurt à Kusel dans le Palatinat le 16 février 1981. Sans corroborer toutes les thèses de Wirth, les recherches des Britanniques Renfrew et Hawkins et du Français Jean Deruelle ont permis de revaloriser les civilisations mégalithiques ouest-européennes et de démontrer, notamment grâce au carbone 14, leur antériorité par rapport aux civilisations égyptienne, crétoise et mésopotamienne.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>L&#8217;ascension de l&#8217;humanité (Der Aufgang der Menschheit), 1928</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft size-medium wp-image-6596" style="margin: 10px;" title="aufgang" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/aufgang-245x300.jpg" alt="" width="245" height="300" />Ouvrage majeur de Wirth, <em>Der Aufgang der Menschheit </em>se déploie à partir d&#8217;une volonté de reconnaître le divin dans le monde et de dépasser l&#8217;autorité de type augustinien, reposant sur la révélation d&#8217;un Dieu extérieur aux hommes. Wirth entend poursuivre le travail amorcé par la Réforme, pour qui l&#8217;homme a le droit de connaître les vérités éternelles car Dieu l&#8217;a voulu ainsi. Wirth procède à une typologie racisée/localisée des religiosités: celles qui acceptent la révélation sont méridionales et orientales; celles qui favorisent le déploiement à l&#8217;infini de la connaissance sont «nordiques». La tâche à parfaire, selon Wirth, c&#8217;est de dépasser l&#8217;irreligion contemporaine, produit de la mécanisation et de l&#8217;économisme, en se plongeant dans l&#8217;exploration de notre passé. Seule une connaissance du passé le plus lointain permet de susciter une vie intérieure fondée, de renouer avec une <a title="religiosité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosité</a> spécifique, sans abandonner la démarche scientifique de recherche et sans sombrer dans les religiosités superficielles de substitution (pour Wirth: le néo-catholicisme, la théosophie ou l&#8217;anthroposophie de Steiner). Les travaux archéologiques ont permis aux Européens de replonger dans leur passé et de reculer très loin dans le temps les débuts hypothétiques de l&#8217;histoire. Parmi les découvertes de l&#8217;archéologie: les signes symboliques abstraits des sites «préhistoriques» de Gourdan, La Madeleine, Rochebertier et Traz-os-Montes (Portugal), dans le Sud-Ouest européen atlantique. Pour la science universitaire officielle, l&#8217;alphabet phénicien était considéré comme le premier système d&#8217;écriture alphabétique d&#8217;où découlaient tous les autres. Les signes des sites atlantiques ibériques et aquitains n&#8217;étaient, dans l&#8217;optique des archéologues classiques, que des «griffonnages ludiques». L&#8217;œuvre de Wirth s&#8217;insurge contre cette position qui refuse de reconnaître le caractère d&#8217;abord symbolique du signe qui ne deviendra phonétique que bien ultérieurement. L&#8217;origine de l&#8217;écriture remonte donc au Magdalénien: l&#8217;alphabet servait alors de calendrier et indiquait, à l&#8217;aide de <a title="symboles" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symboles</a> graphiques abstraits, la position des astres. Vu la présence de cette écriture linéaire, indice de civilisation, la distinction entre «histoire» et «préhistoire» n&#8217;a plus aucun sens: notre chronologie doit être reculée de 10.000 années au moins, conclut Wirth. L&#8217;écriture linéaire des populations du Magdalénien atlantique d&#8217;Ibérie, d&#8217;Aquitaine et de l&#8217;Atlas constituerait de ce fait l&#8217;écriture primordiale et les systèmes égyptiens et sumériens en seraient des dégénérescences imagées, moins abstraites. Théorie qui inverse toutes les interprétations conventionnelles de l&#8217;histoire et de la «pré-histoire» (terme que conteste Wirth).</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Der Aufgang der Menschheit </em>commence par une «histoire de l&#8217;origine des races humaines» (<em>Zur Urgeschichte der Rassen</em>).  Celle-ci débute à la fin de l&#8217;ère tertiaire, quand le rameau humain se sépare des autres rameaux des primates et qu&#8217;apparaissent les différents groupes sanguins (pour Wirth, le groupe I, de la race originelle —<em>Urrasse</em>—  arctique-nordique, précédant la race nordique proprement dite, et le groupe III de la race originelle sud-asiatique). Ce processus de différenciation raciale s&#8217;opère pendant l&#8217;éocène, l&#8217;oligocène, le miocène et le pliocène. A la fin de ces ères tertiaires, s&#8217;opère un basculement du pôle arctique qui inaugure une ère glaciaire en Amérique du Nord (glaciation de Kansan). Au début du quaternaire, cette glaciation se poursuit (en Amérique: glaciations de Günz, de l&#8217;Illinois et de l&#8217;Iowa; en Europe, glaciation de Mindel). Ces glaciations sont contemporaines des premiers balbutiements du paléolithique (culture des éolithes) et, pour Wirth, des premières migrations de la race originelle arctique-nordique vers l&#8217;Amérique du Nord, l&#8217;Atlantique Nord et l&#8217;Asie septentrionale, ce qui donne en Europe les cultures «pré-historiques» du Strépyen et du Pré-Chelléen. Le réchauffement du climat, à l&#8217;ère chelléenne, permet aux éléphants, rhinocéros et hippopotames de vivre en Europe. L&#8217;Acheuléen inaugure un rafraîchissement du climat, qui fait disparaître cette faune; ensuite, à l&#8217;ère moustérienne, s&#8217;enclenche une nouvelle glaciation (dite de Riß ou de Würm; en Amérique, première glaciation du Wisconsin). Sur le plan racial, l&#8217;Europe est peuplée par la race de Néanderthal et les hommes du Moustier, de Spy, de la Chapelle-aux-Saints, de La Ferrasie, de La Quina et de Krapina. Lors d&#8217;un léger réchauffement du climat, apparaît la race d&#8217;Aurignac, influencée par des éléments de la race arctique-nordique-atlantique, porteuse des premiers signes graphiques symboliques. C&#8217;est l&#8217;époque des cultures préhistoriques de l&#8217;Europe du Sud-Ouest, de la zone franco-cantabrique (squelette de Cro-Magnon, type humain mélangé, où se croise le sang arctique nordique et celui des populations non nordiques de l&#8217;Europe), à l&#8217;ère dite du Magdalénien (I &amp; II). Epoque-charnière dans l&#8217;optique de Wirth, puisqu&#8217;apparaissent, sur les parois des cavernes, notamment celles de La Madeleine, de Gourdan et du Font de Gaume en France, d&#8217;Altamira en Espagne, les dessins rupestres et les premières signes symboliques. Vers 12.000 avant notre ère, le climat se réchauffe et le processus de mixage entre populations arctiques-atlantiques-nordiques et Pré-Finnois de l&#8217;aire baltique (culture de Maglemose au Danemark) ou éléments alpinoïdes continentaux se poursuit, formant les différentes sous-races européennes. La Mer du Nord n&#8217;existe pas encore et l&#8217;espace du Dogger Bank (pour Wirth, le Polsete-Land) est occupé par le peuple Tuatha, de souche arctique-nordique, qui conquiert, à l&#8217;Est, le Nord-Ouest de l&#8217;Europe et, à l&#8217;Ouest, l&#8217;Irlande, qu&#8217;il arrache aux tribus «sud-atlantiques», les Fomoriens. La Mer du Nord disparaît sous les flots et, selon la thèse très contestée de Wirth, les populations arctiques-nordiques émigrent par vagues successives pendant plusieurs millénaires dans toute l&#8217;Europe, le bassin méditerranéen et le Moyen-Orient, transmettant et amplifiant leur culture originelle, celle des mégalithes. En Europe orientale, elles fondent les cultures dites de Tripolje, Vinça et Tordos, détruisent les palais crétois vers 1400 avant notre ère, importent l&#8217;écriture linéaire dans l&#8217;espace sumérien et élamite, atteignent les frontières occidentales de la Chine, s&#8217;installent en Palestine (les Amourou du Pays de Canaan vers -3000 puis les Polasata et les Thakara vers -1300/-1200), donnent naissance à la culture phénicienne qui rationalise et fonctionnalise leurs signes symboliques en un alphabet utilitaire, introduisent les dolmens en Afrique du Nord et la première écriture linéaire pré-dynastique en Egypte (-3300), etc.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-6597" style="margin: 10px;" title="was-heisst-deutsch" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/was-heisst-deutsch-224x300.jpg" alt="" width="224" height="300" />Pour prouver l&#8217;existence d&#8217;une patrie originelle arctique, Wirth a recours aux théories de la dérive des continents de W. Köppen et A. Wegener (<em>Die Entstehung der Kontinente und Ozeane</em>, 1922) et aux résultats de l&#8217;exploration des fonds maritimes arctiques et des restes de flore qu&#8217;O. Heer y a découverts (<em>Flora fossilis artica</em>,  Zürich, 1868-1883). A la fin du tertiaire et aux débuts du quaternaire, les continents européen et américain étaient encore soudés l&#8217;un à l&#8217;autre. La dérive de l&#8217;Amérique vers l&#8217;ouest et vers le sud aurait commencé lors de la grande glaciation du pléistocène. Le Groenland, les Iles Spitzbergen, l&#8217;Islande et la Terre de Grinell, avec le plateau continental qui les entoure, seraient donc la terre originelle de la race arctique-nordique, selon Wirth. Le plateau continental, aujourd&#8217;hui submergé, s&#8217;étendant de l&#8217;Ecosse et l&#8217;Irlande aux côtes galiciennes et asturiennes serait, toujours selon Wirth, la seconde patrie d&#8217;origine de ces populations. Comme preuve supplémentaire de l&#8217;origine «circumpolaire» des populations arctiques-nordiques ultérieurement émigrées jusqu&#8217;aux confins de la Chine et aux Indes, Wirth cite l&#8217;<em>Avesta</em>, texte sacré de l&#8217;Iran ancien, qui parle de dix mois d&#8217;hiver et de deux mois d&#8217;été, d&#8217;un hiver si rigoureux qu&#8217;il ne permettait plus aux hommes et au bétail de survivre, d&#8217;inondations post-hivernales, etc. La tradition indienne, explorée par Bal Gangâdhar Tilak (<em>The Arctic Home in the Vedas</em>, 1903), parle, elle, d&#8217;une année qui compte un seul jour et une seule nuit, ce qui est le cas au niveau du pôle. Aucun squelette de type arctique-nordique n&#8217;a été retrouvé, ni en Ecosse ou en Irlande, zones arctiques non inondées, ni le long des routes des premières migrations (Dordogne/Aquitaine, Espagne, Atlas, etc. jusqu&#8217;en Indonésie), parce que les morts étaient d&#8217;abord enfouis six mois dans le giron de la Terre-mère pour être ensuite exhumés et exposés sur une dalle plate, un pré-dolmen, pour être offerts à la lumière, pour renaître et retourner à la lumière, comme l&#8217;atteste le <em>Vendidad </em>iranien, la tradition des Parses et les coutumes funéraires des Indiens d&#8217;Amérique du Nord.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;organisation sociale des premiers groupes de migrants arctiques-nordiques est purement matriarcale: les femmes y détiennent les rôles dominants et sont dépositaires de la sagesse.</p>
<p style="text-align: justify;">En posant cette série d&#8217;affirmations, difficiles à étayer par l&#8217;archéologie, Wirth lance un défi aux théories des indo-européanisants qui affirment l&#8217;origine européenne/continentale des «<a title="indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-Européens</a>» nordiques (appelation que Wirth conteste parce qu&#8217;il juge qu&#8217;elle jette la confusion). La race nordique et, partant, les «<a title="indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-Européens</a>» ne trouvent pas, pour Wirth, leur origine sur le continent européen ou asiatique. Il n&#8217;y aurait jamais eu, selon lui, d&#8217;<em>Urvolk </em><a title="indo-européen" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">indo-européen</a> en Europe car les nordiques apparaissent toujours mélangés sur cette terre; les populations originelles de l&#8217;Europe sont finno-asiatiques. Les Nordiques ont pénétré en Europe par l&#8217;Ouest, en longeant les voies fluviales, en quittant leurs terres progressivement inondées par la fonte des glaces arctiques. Cette migration a rencontré la vague des Cro-Magnons sud-atlantiques (légèrement métissés d&#8217;arcto-nordiques depuis l&#8217;époque des Aurignaciens) progressant vers l&#8217;Est. La culture centre-européenne du néolithique est donc le produit d&#8217;un vaste métissage de Sud-Atlantiques, de Nordiques et de Finno-asiatiques, que prouvent les études sérologiques et la présence des <a title="symboles" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symboles</a>. Les <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a> procèdent de ce mélange et ont constitué une civilisation qui a progressé en inversant les routes migratoires et en revenant en Irlande et dans la zone franco-cantabrique, emmenant dans leur sillage des éléments raciaux finno-asiatiques. En longeant le Rhin, ils ont traversé la Mer du Nord et soumis en Irlande le peuple nordique des Tuatha, venu de la zone inondée du Dogger Bank (Polsete-Land) et évoqué dans les traditions mythologiques celto-irlandaises. L&#8217;irruption des <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a> met fin à la culture matriarcale et monothéiste des Tuatha de l&#8217;ère mégalithique pour la remplacer par le patriarcat polythéiste d&#8217;origine asiatique, organisé par une caste de chamans, les druides. Wirth se réfère à Ammien Marcellin (1. XV, c.9, §4) pour étayer sa thèse: celui-ci parle des trois races de l&#8217;Irlande: l&#8217;autochtone, celle venue des «îles lointaines» et celle venue du Rhin, soit la sud-atlantique fomorienne, les Tuatha arcto-nordiques et les <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Le <a title="symbolisme" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symbolisme</a> graphique abstrait, que nous ont laissé ces peuples arcto-nordiques, temoigne d&#8217;une <a title="religiosité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosité</a> cosmique, d&#8217;un regard jeté sur le divin cosmique, d&#8217;une <a title="religiosité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosité</a> basée sur l&#8217;expérience du «mystère sacré» de la lumière boréale, de la renaissance solaire au solstice d&#8217;hiver. Dans cette <a title="religiosité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosité</a>, les hommes sont imbriqués entièrement dans la grande loi qui préside aux mutations cosmiques, marquée par l&#8217;éternel retour. La mort est alors un re-devenir (<em>ein Wieder-Werden</em>). Le divin est père, <em>Weltgeist</em>, depuis toujours présent et duquel procèdent toutes choses. Il envoie son fils, porteur de la «lumière des terres», pour se révéler aux hommes. Les hiéroglyphes qui expriment la présence de ce dieu impersonnel, qui se révèle par le soleil, se réfèrent au cycle annuel, aux rotations de l&#8217;univers, aux mutations incessantes qui l&#8217;animent, au cosmos, au ciel et à la terre. L&#8217;étymologie de <em>tu-ath</em> (vieil-irl.), ou de ses équivalents lituanien (<em>ta-uta</em>), osque (<em>to-uto</em>), vieux-saxon (<em>thi-od</em>),  dérive des racines *<em>ti</em>, *<em>to</em>, *<em>tu </em>(dieu) et *<em>ot</em>, *<em>ut</em>, *<em>at </em>(vie, souffle, âme).</p>
<p style="text-align: justify;">Ce peuple, connaisseur du «souffle divin», soit du mouvement des astres, a élaboré un système de signes correspondant à la position des planètes et des étoiles. Les modifications de ces systèmes de signes astronomiques étaient entraînées par les mouvements des corps célestes. Toute la civilisation mégalithique, explique Wirth, avant Renfrew, Hawkins et Deruelle, procède d&#8217;une <a title="religiosité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosité</a> astronomique. Elle est née en Europe occidentale et septentrionale et a essaimé dans le monde entier: en Amérique du Nord, au Maghreb (les mégalithes de l&#8217;Atlas), en Egypte, en Mésopotamie et, vraisemblablement, jusqu&#8217;en Indonésie et peut-être en Nouvelle-Zélande (les Maoris).</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Bibliographie</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Pour une bibliographie très complète, se référer au travail d&#8217;Eberhard Baumann, <em>Verzeichnis der Schriften von Herman Felix WIRTH Roeper Bosch von 1911 bis 1980 sowie die Schriften für, gegen, zu und über die Person und das Werk von Herman Wirth</em>, Gesellschaft für Europäische Urgemeinschaftskunde e.V., Kolbenmoor, 1988. Notre liste ci-dessous ne reprend que les ouvrages principaux: <em>Der Untergang des niederländischen Volksliedes</em>, La Haye, 1911; <em>Um die wissenschaftliche Erkenntnis und den nordischen Gedanken</em>, Berlin, 1929 (?); <em>Der Aufgang der Menschheit</em>,  Iéna, 1928 (2ième éd., 1934); <em>Die Heilige Urschrift der Menschheit</em>,  Leipzig, 1931-36; <em>Was heißt deutsch? Ein urgeistgeschichtlicher Rückblick zur Selbstbestimmung und Selbstbesinnung</em>,  Iéna, 1931 (2ième éd., 1934); <em>Führer durch die Erste urreligionsgeschichtliche Ausstellung &#8220;Der Heilbringer&#8221;. Von Thule bis Galiläa und von Galiläa bis Thule</em>, Berlin/Leipzig, 1933; <em>Die Ura-Linda-Chronik</em>,  Leipzig, 1933; <em>Die Ura-Linda-Chronik. Textausgabe </em>(texte de la Chronique d&#8217;Oera-Linda traduit par H.W.), Leipzig, 1933; <em>Um den Ursinn des Menschseins</em>,  Vienne, 1960; <em>Der neue Externsteine-Führer</em>, Marbourg, 1969; <em>Allmutter. Die Entdeckung der &#8220;altitalischen&#8221; Inschriften in der Pfalz und ihre Deutung</em>,  Marbourg, 1974; <em>Führer durch das Ur-Europa-Museum mit Einführung in die Ursymbolik und Urreligion</em>,  Marbourg, 1975; <em>Europäische Urreligion und die Externsteine</em>,  Vienne, 1980.</p>
<p style="text-align: justify;">- Sur Wirth: consulter la bibliographie complète de Eberhard Baumann (op. cit.); cf. également: Eberhard Baumann, <em>Der Aufgang und Untergang der frühen Hochkulturen in Nord- und Mitteleuropa als Ausdruck umfassender oder geringer Selbstverwirklung (oder Bewußtseinsentfaltung) dargestellt am Beispiel des Erforschers der Symbolgeschichte Professor Dr. Herman Felix Wirth</em>, Herborn-Schönbach, 1990 (disponible chez l&#8217;auteur: Dr. E. Baumann, Linzer Str. 12, D-8390 Passau). Cf. également: Walter Drees, <em>Herman Wirth bewies: die arktisch-atlantische Kulturgrundlage schuf die Frau</em>, Vlotho-Valdorf, chez l&#8217;auteur (Kleeweg 6, D-4973 Vlotho-Valdorf); Dr. A. Lambardt, <em>Ursymbole der Megalithkultur. Zeugnisse der Geistesurgeschichte</em>, Heitz u. Höffkes, Essen, s.d.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/oeuvre-de-herman-wirth.html' addthis:title='L&#8217;œuvre de Herman Wirth (1885-1981) ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/oeuvre-de-herman-wirth.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Articoli sul tema indoeuropeo in generale]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Indoeuropei]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Religione]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Studiosi di religioni]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[archéologie]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Bachofen]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Externsteine]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Herman Wirth]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[histoire]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[populations]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Wirth]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>Evola and Spengler</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/evola-and-spengler.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/evola-and-spengler.html#comments</comments>
		<pubDate>Thu, 14 Oct 2010 16:18:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articoli su Julius Evola]]></category>
		<category><![CDATA[Inglese]]></category>
		<category><![CDATA[Julius Evola]]></category>
		<category><![CDATA[Rivoluzione conservatrice]]></category>
		<category><![CDATA[Attilio Cucchi]]></category>
		<category><![CDATA[civilisation]]></category>
		<category><![CDATA[Evola]]></category>
		<category><![CDATA[Kultur]]></category>
		<category><![CDATA[Ludwig Klages]]></category>
		<category><![CDATA[Oswald Spengler]]></category>
		<category><![CDATA[Spengler]]></category>
		<category><![CDATA[Zivilisation]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=5939</guid>
		<description><![CDATA[Evola admired the negative description that Spengler gives of Zivilisation but is critical of the absence of a coherent definition of Kultur, because, he says, the German philosopher remained the prisoner of certain intellectual schemes proper to modernity]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/evola-and-spengler.html' addthis:title='Evola and Spengler '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/evola48x48.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Julius Evola" /><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/rivoluzione-conservatrice.PNG" width="48" height="48" alt="" title="Rivoluzione conservatrice" /><br/><p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/evola-julius/path-of-cinnabaril-hardcover--onalism-in-sing-al-e-eses-ry-ti-s-ousecoopers-hen-edica/9781907166020.html?shop=2317" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-5941" style="margin: 10px;" title="path-of-cinnabar" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/path-of-cinnabar.jpg" alt="" width="194" height="300" /></a>“I translated from German, at the request of the publisher Longanesi&#8230; Oswald Spengler’s vast and celebrated work <a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>The Decline of the West</em></a>. That gave the opportunity to me to specify, in an introduction, the meaning and the limits of this work which, in its time, had been world-famous”. These words begin a series of critical paragraphs on Spengler in <a href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Julius Evola</a>’s <a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/evola-julius/path-of-cinnabaril-hardcover--onalism-in-sing-al-e-eses-ry-ti-s-ousecoopers-hen-edica/9781907166020.html?shop=2317" target="_blank"><em>The Path of Cinnabar</em></a> (p. 177).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a> pays homage to the German philosopher for casting aside “progressivist and historicist fancies” by showing that the stage reached by our civilization shortly after the First World War was not an apex, but, on the contrary, a “twilight.” From this Evola recognized that Spengler, especially thanks to the success of his book, made it possible to go beyond the linear and evolutionary conception of history. Spengler describes the opposition between <em>Kultur</em> and <em>Zivilisation</em>, “the former term indicating, for him, the forms or phases of a civilization that is qualitative, organic, differentiated, and vital, the latter indicating the forms of a civilization that is rationalist, urban, mechanical, shapeless, soulless” (p. 178).</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317" target="_blank"><img class="alignleft" style="margin: 10px;" title="the-decline-of-the-west" src="../wp-content/uploads/the-decline-of-the-west.jpg" alt="" width="160" height="246" /></a>Evola admired the negative description that Spengler gives of <em>Zivilisation</em> but is critical of the absence of a coherent definition of <em>Kultur</em>, because, he says, the German philosopher remained the prisoner of certain intellectual schemes proper to modernity. “A sense of the metaphysical dimension or of transcendence, which represents the essence of all true <em>Kultur</em>, was completely lacking in him” (p. 179).</p>
<p style="text-align: justify;">Evola also reproaches Spengler’s pluralism; for the author of <a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>The Decline of the West</em></a>, civilizations are many, distinct, and discontinuous compared to one another, each one constituting a closed unit. For Evola, this conception is valid only for the exterior and episodic aspects of various civilizations. On the contrary, he continues, it is necessary to recognize, beyond the plurality of the forms of civilization, civilizations (or phases of civilization) of the “modern” type, as opposed to civilizations (or phases of civilization) of the “Traditional” type. There is plurality only on the surface; at bottom, there is a fundamental opposition between modernity and Tradition.</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p><a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/man-and-technics-a-ists-an-ace-cts-of-power-cal--f-hange----tal-ando-ons-plicums/9780898759839.html?shop=2317" target="_blank"><img class="alignright" style="margin: 10px;" title="man-and-thecnics" src="../wp-content/uploads/man-and-thecnics.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Then Evola reproaches Spengler for being influenced by German post-romantic vitalist and “irrationalist” strains of thought, which received their most comprehensive and radical expression in the work of Ludwig Klages. The valorization of life is vain, explains Evola, if life is not illuminated by an authentic comprehension of the world of origins. Thus the plunge into existentiality, into Life, required by Klages, Bäumler, or Krieck, can appear dangerous and initiate a regressive process (one will note that the Evolian critique distinguishes itself from German interpretations, according exactly to the same criteria that we put forward while speaking about the reception of the work of Bachofen).</p>
<p style="text-align: justify;">Evola thinks this vitalism leads Spengler to say “things that make one blush” about Buddhism, Taoism, Stoicism, and Greco-Roman civilization (which, for Spengler, is merely a civilization of “corporeity”). Lastly, Evola does not accept Spengler’s valorization of “Faustian man,” a figure born in the Age of Discovery, the Renaissance and humanism; by this temporal determination, Faustian man is carried towards horizontality rather than towards verticality. Regarding Caesarism, a political phenomenon of the era of the masses, Evola shares the same negative judgment as Spengler.</p>
<p><strong><em> </em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">The pages devoted to Spengler in <a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/evola-julius/path-of-cinnabaril-hardcover--onalism-in-sing-al-e-eses-ry-ti-s-ousecoopers-hen-edica/9781907166020.html?shop=2317" target="_blank"><em>The Path of Cinnabar</em></a> are thus quite critical; Evola even concludes that the influence of Spengler on his thought was null. Such is not the opinion of an analyst of Spengler and Evola, Attilio Cucchi (in “Evola, Tradizione e Spengler,” <em>Orion </em>no. 89, 1992). For Cucchi, Spengler influenced Evola, particularly in his criticism of the concept of the “West”: by affirming that Western civilization is not the civilization, the only civilization there is, Spengler relativizes it, as <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/rene-guenon/">Guénon</a></span> charges. Evola, an attentive reader of Spengler and <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/rene-guenon/">Guénon</a></span>, would combine elements of the the Spenglerian and Guénonian critiques. Spengler affirms that Faustian Western culture, which began in the tenth century, has declined and fallen into <em>Zivilisation</em>, which has frozen, drained, and killed its inner energy. America is already at this final stage of de-ruralized and technological <em>Zivilisation</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">It is on the basis of the Spenglerian critique of <em>Zivilisation </em>that Evola later developed his critique of Bolshevism and Americanism: If <em>Zivilisation </em>is twilight for Spengler, America is the extreme-West for <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/rene-guenon/">Guénon</a></span>, i.e., irreligion pushed to its ultimate consequences. In Evola, undoubtedly, Spenglerian and Guénonian arguments combine, even if, at the end of the day, the Guénonian elements dominate, especially in 1957, when the edition of <em><a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317">The Decline of the West</a> </em>was published by Longanesi with a Foreword by Evola. On the other hand, the Spenglerian criticism of political Caesarism is found, sometimes word for word, in Evola’s books <em>Fascism Seen from the Right </em>and the <em>Men Among the Ruins</em>.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/evola-julius/men-among-the/9780892819058.html?shop=2317" target="_blank"><img class="alignleft" style="margin: 10px;" title="men-among-the-ruins" src="../wp-content/uploads/men-among-the-ruins.jpeg" alt="" width="200" height="300" /></a>Dr. H. T. Hansen, the author of the Introduction to the German edition of <em>Men Among the Ruins </em>(<em>Menschen inmitten von Ruinen</em> [Tübingen: Hohenrain, 1991]), confirms the sights of Cucchi: several Spenglerian ideas are found in outline in <em>Men Among the Ruins</em>, notably the idea that the state is the inner form, the “being-in-form” of the nation; the idea that decline is measured to the extent that Faustian man has become a slave of his creations; the machine forces him down a path from which he can never turn back, and which will never allow him any rest. Feverishness and flight into the future are characteristics of the modern world (“Faustian” for Spengler) which <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/rene-guenon/">Guénon</a></span> and Evola condemn with equal strength.</p>
<p style="text-align: justify;">In <em>The Hour of Decision </em>(1933), Spengler criticizes the Caesarism (in truth, Hitlerian National Socialism) as a product of democratic titanism. Evola wrote the Preface of the Italian translation of this work, after a very attentive reading. Finally, the “Prussian style” exalted by Spengler corresponds, according to Hansen, with the Evolian idea of the “aristocratic order of life, arranged hierarchically according to service.” As for the necessary preeminence of Grand Politics over economics, the idea is found in both authors. Thus the influence of Spengler on Evola was not null, despite what Evola says in <a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/evola-julius/path-of-cinnabaril-hardcover--onalism-in-sing-al-e-eses-ry-ti-s-ousecoopers-hen-edica/9781907166020.html?shop=2317" target="_blank"><em>The Path of Cinnabar</em></a>.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>* * *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Source: <em>Nouvelles de Synergies européennes </em>no. 21, 1996. Translated by Greg Johnson.</p>
<p style="text-align: justify;">Note: Evola’s <a rel="nofollow" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/evola-julius/path-of-cinnabaril-hardcover--onalism-in-sing-al-e-eses-ry-ti-s-ousecoopers-hen-edica/9781907166020.html?shop=2317" target="_blank"><em>The Path of Cinnabar</em></a> is now available in English translation from Arktos Media.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/evola-and-spengler.html' addthis:title='Evola and Spengler ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/evola-and-spengler.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Articoli su Julius Evola]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Inglese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Julius Evola]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Rivoluzione conservatrice]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Attilio Cucchi]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[civilisation]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Evola]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Kultur]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Ludwig Klages]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Oswald Spengler]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Spengler]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Zivilisation]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>Atlantis, Kush, and Turan: Prehistoric Matrices of Ancient Civilizations in the Posthumous Work of Spengler</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/atlantis-kush-turan.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/atlantis-kush-turan.html#comments</comments>
		<pubDate>Wed, 29 Sep 2010 15:15:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Inglese]]></category>
		<category><![CDATA[Rivoluzione conservatrice]]></category>
		<category><![CDATA[Atlantis]]></category>
		<category><![CDATA[civilization]]></category>
		<category><![CDATA[conte]]></category>
		<category><![CDATA[Domenico Conte]]></category>
		<category><![CDATA[Evolution]]></category>
		<category><![CDATA[Kush]]></category>
		<category><![CDATA[Oswald Spengler]]></category>
		<category><![CDATA[Spengler]]></category>
		<category><![CDATA[turan]]></category>
		<category><![CDATA[war chariot]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=5826</guid>
		<description><![CDATA[Spengler’s positions changed after the publication of Decline. So claims the Italian Germanist Domenico Conte in his work Catene di civiltà: Studi su Spengler]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/atlantis-kush-turan.html' addthis:title='Atlantis, Kush, and Turan: Prehistoric Matrices of Ancient Civilizations in the Posthumous Work of Spengler '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/rivoluzione-conservatrice.PNG" width="48" height="48" alt="" title="Rivoluzione conservatrice" /><br/><p style="text-align: justify;"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/catene-di-civiltà.gif" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-5829" style="margin: 10px;" title="catene-di-civiltà" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/catene-di-civiltà.gif" alt="" width="184" height="300" /></a>Oswald Spengler’s morphologies of cultures and civilizations in his most famous work, <a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>The Decline of the West</em></a>, are widely known. However, Spengler’s positions changed after the publication of <a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>Decline</em></a>. So claims the Italian Germanist Domenico Conte in his recent work on Spengler, <em>Catene di civiltà: Studi su Spengler </em>(Napoli: Ed. Scientifiche Italiane, 1994), which is a thorough study of the posthumous texts published by Anton Mirko Koktanek, especially <em>Frühzeit der Weltgeschichte </em>[<em>The Early Period of World History</em>], which gathers the fragments of a projected but never completed work <em>The Epic of Man</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">In his reflections immediately following the publication of <a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>The Decline of the West</em></a>, Spengler distinguished four stages of human history which he designates simply as A, B, C, and D. Stage “A” lasted a hundred thousand years, from the first phases of hominization up to the lower Paleolithic. It is during this stage that the importance of the “hand” for man appears. It is, for Spengler, the age of Granite.</p>
<p style="text-align: justify;">Stage “B” lasted ten thousand years and lay in the lower Paleolithic, between 20,000 and 7,000–6,000 BCE. During this age the concept of interior life was born: “then appeared the true soul, as unknown to men of stage ‘A’ as it is to a newborn baby.” In this stage in our history man was first “able to produce traces/memories” and to understand the phenomenon of death. For Spengler, it is the age of the Crystal. Stages “A” and “B” are inorganic.</p>
<p style="text-align: justify;">Stage “C” lasted 3,500 years: it starts with the Neolithic era, running from the sixth millennium BCE to the third. It is the stage when thought started to be articulated in language and the most complex technological achievements became possible. In this stage are born “cultures” whose structures are “amoebic.”</p>
<p style="text-align: justify;">Stage “D” is that of “world history” in the conventional sense of the term. It is the stage of “great civilizations,” each of which lasts approximately 1,000 years. These civilizations have structures of the “vegetable” type. Stages “C” and “D” are organic.</p>
<p style="text-align: justify;">Spengler preferred this psychological-morphological classification to the classifications imposed by the directors of museums who subdivided the prehistoric and historical eras according to materials used for the manufacture of tools (stone, bronze, iron). In keeping with this psychological-morphological classification, Spengler also rejected the idea of the “slow, phlegmatic transformation” or continuous development, rooted in the progressivist ideas of the 18th century.</p>
<p style="text-align: justify;">Evolution, for Spengler, is a matter of catastrophic blows, sudden irruptions, unexpected changes. “The history of the world proceeds from catastrophe to catastrophe, without any concern with whether we are able to understand them. Today, following H. de Vries, we call them ‘mutations’. It is an internal transformation, which affects without warning all the members of a species, without ‘cause’, naturally, like everything else in reality. Such is the mysterious rhythm of the world” (<a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/man-and-technics-a-ists-an-ace-cts-of-power-cal--f-hange----tal-ando-ons-plicums/9780898759839.html?shop=2317"><em>Man and Technics</em></a>). There is thus no slow evolution but abrupt “epochal” transformations. <em>Natura facit saltus </em>[<em>Nature makes leaps</em>—Ed.].</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Three Culture-Amoebas</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">In stage “C,” where the matrices of human civilization actually emerge, Spengler distinguishes three “culture-amoebas”: Atlantis, Kush, and Turan. This terminology appears only in his posthumous writings and letters. The civilizational matrices are “amoebas” and not “plants” because amoebas are mobile, not anchored to a particular place. The amoeba is an organism that continuously pulsates along an ever-shifting periphery. Then the amoeba subdivides itself as amoebas do, producing new individualities that move away from the amoeba-mother. This analogy implies that one cannot delimit with precision the territory of a civilization of stage “C,” because its amoebic emanations can be widely dispersed in space, extremely far away from the amoeba-mother.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-5827" style="margin: 10px;" title="the-decline-of-the-west" src="../wp-content/uploads/the-decline-of-the-west.jpg" alt="" width="160" height="246" /></a>“Atlantis” is the “West” and extends from Ireland to Egypt. “Kush” is the “South-east,” an area ranging between India and the Red Sea. “Turan” is the “North,” extending from Central Europe to China. Spengler, explains Conte, chose this terminology recalling “old mythological names” in order not to confuse them with later historical regions of the “vegetable” type, which are geographically rooted and circumscribed, whereas they are dispersed and not precisely localized.</p>
<p style="text-align: justify;">Spengler does not believe in the Platonic myth of Atlantis, the sunken continent, but notes that an ensemble of civilizational remnants are locatable in the West, from Ireland to Egypt. “Kush” is a name that one finds in the Old Testament to indicate the territory of the ancient Nubians, the area inhabited by the Kushites. But Spengler places the culture-amoeba “Kush” more to the East, in an area between Turkestan, Persia, and India, undoubtedly inspired by the anthropologist Frobenius. As for “Turan,” it is “North,” the Turanic high-plateau, which he thought was the cradle of the <a title="indo-european" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-European</a> and Ural-Altaic languages. It is from there that the migrations of “Nordic” peoples departed (Spengler is not without racial connotations) to descend on Europe, India, and China.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Atlantis: Hot and Mobile; Kush: Tropical and Content</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Atlantis, Kush, and Turan are cultures bearing morphological principles emerging mainly in the spheres of <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religion</a> and the arts. The <a title="religiosity" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosity</a> of Atlantis “hot and mobile,” is centered on the worship of the dead and the preeminence of the ultra-telluric sphere. The forms of burials, notes Conte, testify to the intense relationship with the world of the dead: the tombs always have a high profile, or are monumental; the dead are embalmed and mummified; food is left or brought for them. This obsessional relationship with the chain of ancestors leads Spengler to theorize the presence of a “genealogical” principle. The artistic expressions of Atlantis, adds Conte, are centered on stone constructions, as gigantic as possible, made for eternity, signs of a feeling of life which is not turned towards a heroic surpassing of limits, but towards a kind of “inert complacency.”</p>
<p style="text-align: justify;">Kush developed a “tropical” and “content” <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religion</a>. The problem of ultra-telluric life is regarded with far less anxiety than in Atlantis, because in the culture-amoeba of Kush a mathematics of the cosmos dominates (of which Babylon will be the most imposing expression), where things are “rigidly given in advance”. Life after death is a matter of indifference. If Atlantis is a “culture of the tombs,” in Kush tombs have no significance. One lives and procreates but forgets the dead. The central <a title="symbol" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symbol</a> of Kush is the temple, from which priests scrutinize celestial mathematics. If in Atlantis, the genealogical principle dominates, if the gods and goddesses of Atlantis are father, mother, son, daughter, in Kush, the divinities are stars. A cosmological principle dominates.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Turan: The Civilization of Heroes</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Turan is the civilization of heroes, animated by a “cold” <a title="religiosity" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosity</a>, centered on the mysterious meaning of existence. Nature is filled with impersonal powers. For the culture-amoeba of Turan, life is a battlefield: “for the man of the North (Achilles, Siegfried)”, Spengler writes, “only life before death, the fight against destiny, counts”. The divine-human relationship is no longer one of dependence: “prostration ceases, the head remains high; there is ‘I’ (man) and you (gods)”.</p>
<p style="text-align: justify;">Sons guard the memory of their fathers but do not leave food for their corpses. There is no embalming or mummification in this culture, but cremation. The bodies disappear, are hidden in underground burials without monuments, or are dispersed to the four winds. All that remains of the dead is their blood in the veins of their descendants. Turan is thus a culture without architecture, where temples and burials have no importance and where only the terrestrial meaning of existence matters. Man lived alone, confronted with himself, in his house of wood or in his nomad’s tent.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>The War Chariot</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/man-and-technics-a-ists-an-ace-cts-of-power-cal--f-hange----tal-ando-ons-plicums/9780898759839.html?shop=2317"><img class="alignright size-full wp-image-5828" title="man-and-thecnics" src="../wp-content/uploads/man-and-thecnics.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Spengler reserved his sympathy for the culture-amoeba of Turan, whose bearers were characterized by the love of adventure, implacable will power, a taste for violence, and freedom from vain sentimentality. They are “men of facts.” The various peoples of Turan were not bound by blood ties or a common language. Spengler does not utilize archaeological and linguistic research aiming to find the original fatherland of the <a title="Indo-europeans" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-Europeans</a> or at reconstituting the source language of all the current <a title="indo-european" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-European</a> idioms: the bond which links the people of Turan is technical; it is the use of the war chariot.</p>
<p style="text-align: justify;">In a lecture given in Munich on February 6th, 1934 entitled <em>Der Streitwagen und the Seine Bedeutung für den Gang der Weltgeschichte</em> (“<em>The War Chariot and its Significance for the Course of World History</em>”), Spengler explains why this weapon constitutes the key to understanding the history of the second millennium BCE It is, he says, the first complex weapon: One needs a war chariot (with 2 wheels and not a less mobile carriage with 4 wheels), a domesticated and harnessed animal, a meticulously trained warrior who will henceforth strike his enemies from above. With the war chariot is born a type of new man. The chariot is a revolutionary invention on the military plane, but also the formative principle of a new humanity. The warriors became professional because the techniques they had to handle were complex, and they came together as a caste of those who love risk and adventure; they made war the meaning of their life.</p>
<p style="text-align: justify;">The arrival of these castes of impetuous “charioteers” upset very ancient orders: the Achaeans invaded Greece and settled in Mycenae; the Hyksos burst into Egypt. To the East, the Kassites descended on Babylon. In India, the Aryans bore down on the subcontinent, “destroyed the cities”, and settled on the ruins of the civilization of Mohenjo Daro and Harappa. In China, the Zhou arrived from the north, mounted on their chariots, like the Hyksos and their Greek counterparts.</p>
<p style="text-align: justify;">From 1,200 BCE, warlike princes reigned in China, in India, and in the ancient world of the Mediterranean. The Hyksos and Kassites conquered two older civilizations of the South. Then three new civilizations carried by “dominating charioteers” emerged: the Greco-Roman, the Aryan civilization of India, and the Chinese civilization resulting from Zhou. These new civilizations, whose princes came from North, Turan, are “more virile and energetic that those born on banks of the Nile and Euphrates.” According to Spengler, however, these warlike charioteers sadly succumbed to the seductions of the softening South.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>A Common Heroic Substrate</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">The theory of the rough simultaneity of the invasions of Greece, Egypt, India, and China was shared by Spengler and the sinologist Gustav Haloun. Both held that there is a common substrate, warlike and chariot-borne, of Mediterranean, Indian, and Chinese civilizations. It is a “heroic” civilization, as shown by the weapons of Turan. They are different from those of Atlantis. In addition to the chariot, they are the sword and the axe, which imply duels between combatants, whereas in Atlantis, the weapons are the bow and arrow, that Spengler judges “vile” because they make it possible to avoid direct physical confrontation with the adversary, “to look him right in the eyes”.</p>
<p style="text-align: justify;">In Greek mythology, Spengler claims, the bow and arrows are remnants of earlier, pre-Hellenic influences: Apollo the archer originated in Asia Minor; Artemis is Libyan, as is Hercules. The javelin is also <em>telamon</em> [= Atlantid] while the jousting lance is “Turanic.” To understand these distant times, the study of the weapons is more instructive than that of kitchen utensils or jewels, Spengler concludes.</p>
<p style="text-align: justify;">The Turanic soul also derives from a particular climate and a hostile landscape. Man must fight unceasingly against the elements, thus becomes harder, colder, more wintry. Man is not only the product of a “genealogical chain,” but equally of a “landscape.” Climatic rigor develops “moral strength.” The tropics soften the character, bringing us closer to a nature perceived as more matriarchal, supporting female values.</p>
<p style="text-align: justify;">Spengler’s  late writings and correspondence thus show that his views changed after the publication of <a title="The Decline of the West" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>The Decline of the West</em></a>, where he valorized Faustian civilization to the detriment primarily of ancient civilization. His focus on the “chariot” gives a new dimension to his vision of history: the Greeks, the Romans, the Indo-Aryans, and the Chinese found favor in his eyes.</p>
<p style="text-align: justify;">In <em><a title="The Decline of the West" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317">The Decline of the West</a> </em>the mummification of the Pharaohs was considered as the Egyptian expression of a will to duration, which he opposed to the oblivion implied by Indian cremation. Later, he disdained “telamon” mummification as an obsession with the beyond, indicating an incapacity to face terrestrial life. “Turanic” cremation, on the other hand, indicates a will to focus one’s powers on real life.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>A Change of Optics Dictated by Circumstances?</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Spengler’s polycentric, relativistic, non-Eurocentric, non-evolutionist conception of history in <a title="The Decline of the West" href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>The Decline of the West</em></a> fascinated researchers and anthropologists outside the circles of the German right, particularly Alfred Kroeber and Ruth Benedict. His emphasis on the major historical role of castes of charioteers gives his late work a more warlike, violent, mobile dimension than revealed in <a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/decline-of-the-westngman-er--h-jac--n-one-dish---h-ebook-k-ross-ei-v3-t-ico-medica/9781400097005.html&amp;shop=2317"><em>Decline</em></a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Can one attribute this change of perspective to the situation of a vanquished Germany, which sought to ally itself with the young USSR (from a Eurasian-Turanian perspective?), with India in revolt against Great Britain (that he formerly included in “Faustian civilization,” to which he then gave much less importance), with China of the “great warlords,” sometimes armed and aided by German officers?</p>
<p style="text-align: justify;">Did Spengler, by the means of his lecture on the charioteers, seek to give a common mythology to German, Russian, Chinese, Mongolian, and Indian officers or revolutionaries in order to forge a forthcoming brotherhood of arms, just as the Russian “Eurasianists” tried to give the newborn Soviet Russia a similar mythology, implying the reconciliation of Turco-Turanians and Slavs? Is the radical valorization of the “Turanic” chariot charge an echo of the worship of “the assault” found in “soldatic nationalism,” especially of the <a title="Junger" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/ernst-junger">Jünger</a> brothers and Schauwecker?</p>
<p style="text-align: justify;">Lastly, why didn’t Spengler write anything on the Scythians, a people of intrepid warriors, masters of equestrian techniques, who fascinated the Russians and undoubtedly, among them, the theorists of the Eurasiansm? Finally, is the de-emphasis on racial factors in late Spengler due to a rancorous feeling toward the English cousins who had betrayed Germanic solidarity? Was it to promote a new mythology, in which the equestrian people of the continent, which include all ethnic groups (Mongolian Turco-Turanians, descendants of the Scythians, Cossacks and Germanic Uhlans), were to combine their efforts against the corrupt civilizations of the West and the South and against the Anglo-Saxon thalassocracies?</p>
<p style="text-align: justify;">Don’t the obvious parallels between the emphasis on the war chariot and certain theses in <em><a href="http://www.ibs.it/libro+inglese/spengler-oswald/man-and-technics-a-ists-an-ace-cts-of-power-cal--f-hange----tal-ando-ons-plicums/9780898759839.html?shop=2317">Man and Technics</a> </em>amount to a concession to the reigning futuristic ideology, insofar as Spengler gives a technical rather than a religious explanation of the Turanian culture-amoeba? These are topics that the history of ideas will have to clarify in-depth.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>* * *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Source: <em>Nouvelles de Synergies européennes</em>, no. 21, 1996. Translation by Greg Johnson.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/atlantis-kush-turan.html' addthis:title='Atlantis, Kush, and Turan: Prehistoric Matrices of Ancient Civilizations in the Posthumous Work of Spengler ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/atlantis-kush-turan.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>1</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Inglese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Rivoluzione conservatrice]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Atlantis]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[civilization]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[conte]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Domenico Conte]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Evolution]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Kush]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Oswald Spengler]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Spengler]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[turan]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[war chariot]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>La lecture évolienne des thèses de H.F.K. Günther</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/la-lecture-evolienne-des-theses-de-gunther.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/la-lecture-evolienne-des-theses-de-gunther.html#comments</comments>
		<pubDate>Mon, 08 Feb 2010 16:41:47 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articoli su Julius Evola]]></category>
		<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Julius Evola]]></category>
		<category><![CDATA[bouddhisme]]></category>
		<category><![CDATA[Evola]]></category>
		<category><![CDATA[Günther]]></category>
		<category><![CDATA[matriarcat]]></category>
		<category><![CDATA[nordique]]></category>
		<category><![CDATA[patriarcat]]></category>
		<category><![CDATA[race]]></category>
		<category><![CDATA[saga]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=3851</guid>
		<description><![CDATA[Pour Evola Günther développe, d'une certaine façon, une conception non raciste de la race. La dimension psychique, puis éthique, finit par être déterminante]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/la-lecture-evolienne-des-theses-de-gunther.html' addthis:title='La lecture évolienne des thèses de H.F.K. Günther '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/evola48x48.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Julius Evola" /><br/><div id="attachment_2253" class="wp-caption alignleft" style="width: 210px"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/"><img class="size-full wp-image-2253" title="hans-guenther" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/hans-guenther.jpg" alt="" width="200" height="282" /></a><p class="wp-caption-text">Hans Friedrich Karl Günther (Friburgo, 16 febbraio 1891 – Friburgo, 25 settembre 1968)</p></div>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Hans Friedrich Karl Günther</a> (1891-1968), célèbre pour avoir publié, à partir de juillet 1922 et jusqu&#8217;en 1942, une <em>Rassenkunde des deutschen Volkes </em>(<em>Raciologie du peuple allemand</em>), qui atteindra, toutes éditions confondues, 124.000 exemplaires. Une édition abrégée, intitulée <em>Kleine Rassenkunde des deutschen Volkes</em> (<em>Petite raciologie du peuple allemand</em>), atteindra 295.000 exemplaires. Ces deux ouvrages vulgarisaient les théories raciales de l&#8217;époque, notamment les classifications des phénotypes raciaux que l&#8217;on trouvait  — et que l&#8217;on trouve toujours —   en Europe centrale.</p>
<p style="text-align: justify;">Plus tard, <a title="Hans Gunther" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> s&#8217;intéressera à la <a title="religiosité" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religiosité</a> des <a title="indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-Européens</a>, qu&#8217;il qualifiera de «pantragique» et de «réservée», qu&#8217;il définira comme dépourvue d&#8217;enthousiasme extatique (cf. <a title="H.F.K. Gunther" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">H.F.K. Günther</a>, <a title="religiosité indo-européenne" href="http://www.centrostudilaruna.it/religiosite-indo-europeenne.html"><em>Religiosité indo-européenne</em></a>,  Pardès, 1987; trad. franç. et préface de <a title="Robert Steuckers" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/robert-steuckers/">R. Steuckers</a>; présentation de <a title="Julius Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Julius Evola</a>). <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a>, comme nous l&#8217;avons mentionné ci-dessous, publiera un livre sur le déclin des sociétés hellénique et romaine, de même qu&#8217;une étude sur les impacts <a title="indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">indo-européens</a>/nordiques (les deux termes sont souvent synonymes chez <a title="Gunther" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a>) en Asie centrale, en Iran, en Afghanistan et en Inde, incluant notamment des références aux dimensions pantragiques du bouddhisme des origines. Intérêt qui le rapproche d&#8217;<a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a>, auteur d&#8217;un ouvrage de référence capital sur le bouddhisme, <em>La Doctrine de l&#8217;Eveil</em> (cf. <a title="H.F.K. Gunther" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">H.F.K. Günther</a>, <em>Die Nordische Rasse bei den Indogermanen Asiens</em>, Hohe Warte, Pähl Obb., 1982; préface de Jürgen Spanuth).</p>
<p style="text-align: justify;">Pour <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a>, les <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a> d&#8217;Irlande véhiculent des idéaux matriarcaux, contraires à l&#8217;« esprit nordique » ; en évoquant ces idéaux, il fait preuve d&#8217;une sévérité semblable à celle d&#8217;<a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a>. Mais, pour <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a>, cette dominante matriarcale chez les <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a>, notamment en Irlande et en Gaule, vient de la disparition progressive de la caste dominante de souche nordique, porteuse de l&#8217;esprit patriarcal. Dans sa <em>Rassenkunde des deutschen Volkes </em>(pp. 310-313), Günther formule sa critique du matriarcat celtique:</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">«Les mutations d&#8217;ordre racial à l&#8217;intérieur des <a title="peuples celtiques" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">peuples celtiques</a> s&#8217;aperçoivent très distinctement dans l&#8217;Irlande du début du <a title="moyen age" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo">Moyen Age</a>. Dans la saga irlandaise, dans le style ornemental de l&#8217;écriture et des images, nous observons un équilibre entre les veines nordiques et occidentales (<em>westisch</em>); dans certains domaines, cet équilibre rappelle l&#8217;équilibre westique/nordique de l&#8217;ère mycénienne. Il faut donc tenir pour acquis qu&#8217;en Irlande et dans le Sud-Ouest de l&#8217;Angleterre, la caste dominante nordique/celtique n&#8217;a pas été numériquement forte et a rapidement disparu. Le type d&#8217;esprit que reflète le peuple irlandais  — et qui s&#8217;aperçoit dans les sagas irlandaises —  est très nettement déterminé par le subsrat racial westique. Heusler a suggéré une comparaison entre la saga germanique d&#8217;Islande (produite par des éléments de race nordique) et la saga d&#8217;Irlande, influencée par le substrat racial westique.</p>
<p style="text-align: justify;">Face à la saga islandaise, que Heusler décrit comme étant &#8220;fidèle à la vie et à l&#8217;histoire du temps, très réaliste et austère&#8221;, caractérisée par un style narratif viril et sûr de soi, la saga irlandaise apparaît, dans son &#8220;âme&#8221; (<em>Seele</em>), comme &#8220;démesurée et hyperbolique&#8221;; la saga irlandaise &#8220;conduit le discours dans le pathétique ou l&#8217;hymnique&#8221;; plus loin, Heusler remarque que &#8220;l&#8217;apparence extérieure de la personne est habituellement décrite par une abondance de mots qui suggère une certaine volupté&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Heusler poursuit: &#8220;La saga irlandaise aime évoquer des faits relatifs au corps (notamment en cas de blessure), en basculant souvent dans la crudité, le médical, de façon telle que cela apparaît peu ragoûtant quand on s&#8217;en tient aux critères du goût germanique&#8221; (&#8230;). La saga chez les Irlandais nous dévoile, par opposition à l&#8217;objectivité factuelle et à la retenue de la saga islandaise, une puissance imaginative débridée, un goût pour les idées folles et des descriptions exagérées, qui, souvent, sonnent &#8220;oriental&#8221;; on croit reconnaître, dans les textes de ces sagas, un type de spiritualité dont la coloration, si l&#8217;on peut dire, vire au jaune et au rouge et non plus au vert et au bleu nordiques; ce type de spiritualité présente un degré de chaleur bien supérieur à celui dont fait montre la race nordique. Nous devons donc admettre que la race westique, auparavant dominée et soumise, est revenue au pouvoir, après la disparition des éléments raciaux nordiques momentanément dominants (&#8230;).</p>
<p style="text-align: justify;">A la dénordicisation (<em>Entnordung</em>), dont la conséquence a été une re-westicisation (<em>Verwestung</em>) de l&#8217;ancienne celticité (nordique), correspond le retour de mœurs radicalement non nordiques dans le texte des sagas irlandaises. Ce retour montre, notamment, que la race westique, à l&#8217;origine, devait être régie par le matriarcat, système qui lui est spécifique. Les mœurs matriarcales impliquent que les enfants appartiennent seulement à leur mère et que le père, en coutume et en droit, n&#8217;a aucune place comparable à celle qu&#8217;il occupe dans les sociétés régies par l&#8217;esprit nordique. La femme peut se lier à l&#8217;homme qu&#8217;elle choisit puis se séparer de lui; dans le matriarcat, il n&#8217;existait pas et n&#8217;existe pas de mariage du type que connaissent les Européens d&#8217;aujourd&#8217;hui. Seul existe un sentiment d&#8217;appartenance entre les enfants nés d&#8217;une même mère.</p>
<p style="text-align: justify;">La race nordique est patriarcale, la race westique est matriarcale. La saga irlandaise nous montre que les <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a> d&#8217;Irlande, aux débuts de l&#8217;<a title="ère médiévale" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo">ère médiévale</a>, n&#8217;étaient plus que des locuteurs de langues celtiques (Zimmer), puisque dans les régions celtophones des Iles Britanniques, le matriarcat avait repoussé le patriarcat, propre des véritables <a title="Celtes" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/celti">Celtes</a> de race nordique, disparus au fil des temps. Nous devons en conséquence admettre que, dans son ensemble, la race westique avait pour spécificité le matriarcat (&#8230;). Le matriarcat ne connaît pas la notion de père. La famille, si toutefois l&#8217;on peut appeler telle cette forme de socialité, est constituée par la mère et ses enfants, quel que soit le père dont ils sont issus. Ces enfants n&#8217;héritent pas d&#8217;un père, mais de leur mère ou du frère de leur mère ou d&#8217;un oncle maternel. La femme s&#8217;unit à un homme, dont elle a un ou plusieurs enfants; cette union dure plus ou moins longtemps, mais ne prend jamais des formes que connaît le mariage européen actuel, qui, lui, est un ordre, où l&#8217;homme, de droit, possède la puissance matrimoniale et paternelle. &#8220;Ces états de choses sont radicalement différents de ce que nous trouvons chez les <a title="indo-européens" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/indoeuropei">Indo-Européens</a>, qui, tout au début de leur histoire, ont connu la famille patrilinéaire, comme le prouve leur vocabulaire ayant trait à la parenté&#8230;&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Le patriarcat postule une position de puissance claire pour l&#8217;homme en tant qu&#8217;époux et que père; ce patriarcat est présent chez tous les peuples de race nordique. Le matriarcat correspond très souvent à un grand débridement des mœurs sexuelles, du moins selon le sentiment nordique. La saga irlandaise décrit le débridement et l&#8217;impudeur surtout du sexe féminin. (&#8230;) Zimmer avance toute une série d&#8217;exemples, tendant à prouver qu&#8217;au sein des populations celtophones de souche westique dans les Iles Britanniques, on rencontrait une conception des mœurs sexuelles qui devait horrifier les ressortissants de la race nordique. La race westique a déjà d&#8217;emblée une sexualité plus accentuée, moins réservée; les structures matriarcales ont vraisemblablement contribué à  dévoiler cette sexualité et à lui ôter tous freins. La confrontation entre mœurs nordiques et westiques a eu lieu récemment en Irlande, au moment de la pénétration des tribus anglo-saxonnes de race nordique; les mœurs irlandaises ont dû apparaître à ces ressortissants de la race nordique comme une abominable lubricité, comme une horreur qui méritait l&#8217;éradication. Chaque race a ses mœurs spécifiques; le patriarcat caractérise la race nordique. Il faut donc réfuter le point de vue qui veut que toutes les variantes des mœurs européennes ont connu un développement partant d&#8217;un stade originel matriarcal pour aboutir à un stade patriarcal ultérieur».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Comme <a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a>, mais contrairement à Klages, Schuler ou Wirth, <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> a un préjugé dévaforable à l&#8217;endroit du matriarcat. Pour <a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a> et <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a>, le patriarcat est facteur d&#8217;ordre, de stabilité. Les deux auteurs réfutent également l&#8217;idée d&#8217;une évolution du matriarcat originel au patriarcat. Patriarcat et matriarcat représentent deux psychologies immuables, présentes depuis l&#8217;aube des temps, et en conflit permanent l&#8217;une avec l&#8217;autre.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans <em>Il mito del sangue</em>, <a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a> résume la classification des races européennes selon <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> et évoque tant leurs caractéristiques physiques que psychiques. En conclusion de son panorama, <a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a> écrit (pp. 130-131) :</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;">«Du point de vue de la théorie de la race en général, <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> assume totalement l&#8217;idée de la persistence et de l&#8217;autonomie des caractères raciaux, idée plus ou moins dérivée du mendelisme. Les &#8220;races mélangées&#8221; n&#8217;existent pas pour lui. Il exclut en conséquence que du croisement de deux ou de plusieurs races naisse une race effectivement nouvelle. Le produit du croisement sera simplement un composite, dans lequel se sera conservée l&#8217;hérédité des races qui l&#8217;auront composé, à l&#8217;état plus ou moins dominant ou dominé, mais jamais porté au-delà des limites de variabilité inhérentes aux types d&#8217;origine. &#8220;Quand les races se sont entrecroisées de nombreuses fois, au point de ne plus laisser subsister aucun type pur ni de l&#8217;une race ni de l&#8217;autre, nous n&#8217;obtenons pas, même après un long laps de temps, une race mêlée. Dans un tel cas, nous avons un peuple qui présente une compénétration confuse de toutes les caractéristiques: dans un même homme, nous retrouvons la stature propre à une race particulière, unie à une forme crânienne propre à une autre race, avec la couleur de la peau d&#8217;une troisième race et la couleur des yeux d&#8217;une quatrième&#8221;, et ainsi de suite, la même règle s&#8217;étendant aussi aux caractéristiques psychiques.</p>
<p style="text-align: justify;">Le croisement peut donc créer de nouvelles combinaisons, sans que l&#8217;ancienne hérédité ne disparaisse. Tout au plus, il peut se produire une sélection et une élimination: des circonstances spéciales pourraient — au sein même de la race composite — faciliter la présence et la prédominance d&#8217;un certain groupe de caractéristiques et en étouffer d&#8217;autres, tant et si bien que, finalement, de telles circonstances perdurent; il se maintient alors une combinaison spéciale relativement stable, laquelle peut faire naître l&#8217;impression d&#8217;un type nouveau. Sinon, si ces circonstances s&#8217;estompent, les autres caractéristiques, celles qui ont été étouffées, réémergent; le type apparemment nouveau se décompose et, alors, se manifestent les caractères de toutes les races qui ont donné lieu au mélange. En tous cas, toute race possède en propre un idéal bien déterminé de beauté, qui finit par être altéré par le mélange, comme sont altérés les principes éthiques qui correspondent à chaque sang. C&#8217;est sur de telles bases que Günther considère comme absurde l&#8217;idée que, par le truchement d&#8217;un mélange généralisé, on pourrait réussir, en Europe, à créer une seule et unique race européenne. A rebours de cette idée, Günther estime qu&#8217;il est impossible d&#8217;arriver à unifier racialement le peuple allemand. &#8220;La majeure partie des Allemands&#8221;, dit-il, &#8220;sont non seulement issus de géniteurs de races diverses mais pures, mais sont aussi les résultats du mélange d&#8217;éléments déjà mélangés&#8221;. D&#8217;un tel mélange, rien de créatif ne peut surgir».</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est ce qui permet à <a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a> de dire que <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> développe, d&#8217;une certaine façon, une conception non raciste de la race. La dimension psychique, puis éthique, finit par être déterminante. Est de «bonne race», l&#8217;homme qui incarne de manière toute naturelle les principes de domination de soi. Après avoir été sévère à l&#8217;égard du bouddhisme dans <em>Die Nordische Rasse bei den Indogermanen Asiens</em> (op. cit., pp. 52-59), parce qu&#8217;il voyait en lui une négation de la vie, survenu à un moment où l&#8217;âme nordique des conquérants aryas établis dans le nord du sub-continent indien accusait une certaine fatigue, <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> fait l&#8217;éloge du self-control   bouddhique, dans <em><a title="religiosité indo-européenne" href="http://www.centrostudilaruna.it/religiosite-indo-europeenne.html">Religiosité indo-europénne</a> </em>(op. cit.). <a href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a> en parle dans <em>Il mito del sangue</em> (p. 176-177): «Intéressante et typique est l&#8217;interprétation que donne <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> du bouddhisme. Le terme <em>yoga</em>, qui, en sanskrit, désigne la discipline spirituelle, est &#8220;lié au latin <em>jugum </em>et a, chez les Anglo-Saxons, la valeur de <em>self-control</em>; il est apparu chez les Hellènes comme <em>enkrateia </em>et <em>sophrosyne </em>et, dans le stoïcisme, comme <em>apatheia</em>; chez les Romains, comme la vertu purement romaine de <em>temperantia </em>et de <em>disciplina</em>, qui se reconnaît encore dans la maxime tardive du stoïcisme romain: <em>nihil admirari</em>. La même valeur réapparaît ultérieurement dans la chevalerie médiévale comme mesura et en langue allemande comme diu mâsze; des héros légendaires de l&#8217;Espagne, décrits comme types nordiques, du blond Cid Campeador, on dit qu&#8217;il apparaissait comme &#8220;mesuré&#8221; (tan mesurado). Le trait nordique de l&#8217;auto-discipline, de la retenue et de la froide modération se transforme, se falsifie, à des époques plus récentes, chez les peuples indo-germaniques déjà dénordicisés, ce qui donne lieu à la pratique de la mortification des sens et de l&#8217;ascèse&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;Indo-Germain antique affirme la vie. Au concept de <em>yoga</em>, propre de l&#8217;Inde ancienne, dérivé de ce style tout de retenue et d&#8217;auto-discipline, propre de la race nordique, s&#8217;associe le concept d&#8217;ascèse, sous l&#8217;influence de formes pré-aryennes. Cette ascèse repose sur l&#8217;idée que par le biais d&#8217;exercices et de pratiques variées, notamment corporelles, on peut se libérer du monde et potentialiser sa volonté de manière surnaturelle. La transformation la plus notable, dans ce sens, s&#8217;est précisément opérée dans le bouddhisme, où l&#8217;impétuosité vitale nordique originelle est placée dans un milieu inadéquat, lequel, par conséquent, est ressenti comme un milieu de &#8220;douleur&#8221;; cette impétuosité, pour ainsi dire, s&#8217;introvertit, se fait instrument d&#8217;évasion et de libération de la vie, de la douleur. &#8220;A partir de la diffusion du bouddhisme, l&#8217;Etat des descendants des Arî n&#8217;a plus cessé de perdre son pouvoir. A partir de la dynastie Nanda et Mauria, c&#8217;est-à-dire au IVe siècle av. JC, apparaissent des dominateurs issus des castes inférieures; la vie éthique est alors altérée;  l&#8217;élément sensualiste se développe. Pour l&#8217;Inde aryenne ou nordique, on peut donc calculer un millénaire de vie, allant plus ou moins de 1400 à 400 av. JC ». <a title="Evola" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola"> Evola</a> reproche à <a href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/hans-f.-k.-guenther/">Günther</a> de ne pas comprendre la valeur de l&#8217;ascèse bouddhique. Son interprétation du bouddhisme, comme affadissement d&#8217;un tonus nordique originel, a, dit <a href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/julius-evola">Evola</a>, des connotations naturalistes.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/la-lecture-evolienne-des-theses-de-gunther.html' addthis:title='La lecture évolienne des thèses de H.F.K. Günther ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/la-lecture-evolienne-des-theses-de-gunther.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Articoli su Julius Evola]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Julius Evola]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[bouddhisme]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Evola]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Günther]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[matriarcat]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[nordique]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[patriarcat]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[race]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[saga]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>L&#8217;itinéraire d&#8217;Edgar Julius Jung</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/litineraire-dedgar-julius-jung.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/litineraire-dedgar-julius-jung.html#comments</comments>
		<pubDate>Sat, 06 Feb 2010 15:06:16 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Rivoluzione conservatrice]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[Berdiaev]]></category>
		<category><![CDATA[Edgar Julius Jung]]></category>
		<category><![CDATA[Heinrich von Gleichen]]></category>
		<category><![CDATA[Hitler]]></category>
		<category><![CDATA[Jung]]></category>
		<category><![CDATA[Leopold Ziegler]]></category>
		<category><![CDATA[Othmar Spann]]></category>
		<category><![CDATA[von Papen]]></category>
		<category><![CDATA[Weimar]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=3837</guid>
		<description><![CDATA[Le destin de Jung montre l'impossiblité de mener à bien une révolution conservatrice/traditionaliste à l'âge des masses]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/litineraire-dedgar-julius-jung.html' addthis:title='L&#8217;itinéraire d&#8217;Edgar Julius Jung '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/rivoluzione-conservatrice.PNG" width="48" height="48" alt="" title="Rivoluzione conservatrice" /><br/><div id="attachment_3838" class="wp-caption alignright" style="width: 238px"><a href="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/edgar-julius-jung.jpg"><img class="size-medium wp-image-3838" title="edgar-julius-jung" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/edgar-julius-jung-228x300.jpg" alt="" width="228" height="300" /></a><p class="wp-caption-text">Edgar Julius Jung (6.3.1894-1.7.1934)</p></div>
<p style="text-align: justify;">Né le 6 mars 1894 à Ludwigshafen, fils d&#8217;un professeur de Gymnasium, Edgar Julius Jung entame, à la veille de la première guerre mondiale, des études de droit à Lausanne, où il suit les cours de Vilfredo Pareto. Quand la guerre éclate, Jung se porte volontaire dans les armées impériales et acquiert le grade de lieutenant. A sa démobilisation, il reprend ses études de droit à Heidelberg et à Würzburg mais participe néanmoins aux combats de la guerre civile allemande de 1918-19.</p>
<p style="text-align: justify;">Engagé dans le corps franc du Colonel Chevalier von Epp, il participe à la reconquête de Munich, gouvernée par les «conseils» rouges. Jung organise ensuite la résistance allemande contre la présence française dans le Palatinat. En 1923, il doit quitter précipitamment les zones occidentales occupées pour avoir trempé dans le complot qui a abouti à l&#8217;assassinat du leader séparatiste francophile Heinz Orbis.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est de cette époque que date son aversion pour la personne de Hitler: ce dernier, sollicité par Jung envoyé par Brüning, avait refusé de rejoindre le front commun des nationaux et des conservateurs contre l&#8217;occupation française, estimant que le «danger juif» primait le «danger français». Pour Jung, ce refus donnait la preuve de l&#8217;immaturité politique de celui qui allait devenir le chef du IIIième Reich.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1925, Jung ouvre un cabinet d&#8217;avocat à Munich. Il renonce à l&#8217;activisme politique et rejoint la DVP nationale-libérale, un parti toléré par les Français dans le Palatinat et qui rassemblait, là-bas, tous les adversaires du détachement de cette province allemande. Quand Stresemann opte pour une politique de réconciliation avec la France, dans la foulée du Pacte de Locarno (1925), Jung se distancie de ce parti, mais en reste formellement membre jusqu&#8217;en 1930. Il consacre ses énergies à toutes sortes d&#8217;entreprises «métapolitiques» et d&#8217;activités «clubistes». En effet, entre 1925 et 1933, la République de Weimar voit se constituer un véritable réseau de clubs conservateurs qui organisent des conférences, publient des revues intellectuelles, cherchent des contacts avec des personnalités importantes du monde de l&#8217;économie ou de la politique. Après avoir eu quelques contacts avec le <em>Juniklub </em>et le <em>Herren-Klub </em>de Heinrich von Gleichen et Max Hildebert Boehm (dont il retiendra la définition du <em>Volk</em>), Jung adhère et participe successivement aux activités du <em>Volksdeutsches Klub </em>(de Karl Christian von Loesch), de la <em>Nationalpolitische Vereinigung </em>(à Dortmund) et du <em>Jungakademisches Klub </em>de Munich, dont il est le fondateur. L&#8217;objectif de cette stratégie métapolitique est de créer une nouvelle conscience politique chez les étudiants, de manier l&#8217;arme de la science contre les libéraux et les gauches et de fonder une éthique pour les temps nouveaux.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1927, paraît la première édition de son livre <em>Die Herrschaft der Minderwertigen </em>(<em>= La domination des hommes de moindre valeur</em>), véritable <em>vademecum </em>de la <a title="revolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice">révolution conservatrice</a> d&#8217;inspiration traditionaliste ou <em>jungkonservative </em>(que nous distinguons de ses inspirations nihiliste, nationale-révolutionnaire, soldatique comme chez les frères <a title="Jünger" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/ernst-junger">Jünger</a>, nationale-bolchévique, <em>völkische</em>, etc.). Entre 1929 et 1932, paraissent plusieurs éditions d&#8217;une nouvelle version, comptant deux fois plus de pages, et approfondissant considérablement l&#8217;idéologie <em>jungkonservative</em>.  Petit à petit, pense Jung, une idéologie conservatrice et traditionaliste, puisant dans les racines religieuses de l&#8217;Europe, remplacera la «domination des hommes de moindre valeur», établie depuis 1789. Mais, secouée par la crise, l&#8217;Allemagne n&#8217;emprunte pas cette voie conservatrice: le parlementarisme libéral s&#8217;effondre, plus tôt que Jung ne l&#8217;avait prévu, mais pour laisser le chemin libre aux communistes ou aux nationaux-socialistes. Jung constate avec amertume que le noyau conservateur qu&#8217;il avait formé dans ses clubs ne fait pas le poids devant les masses enrégimentées.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour gagner du temps et barrer la route au mouvement hitlérien, Jung estime qu&#8217;il faut soutenir le gouvernement de Brüning. Ce gouvernement prolongerait la vie de la démocratie libérale pendant le temps nécessaire pour former une élite conservatrice, capable de passer aux affaires et de construire l&#8217;«Etat organique et corporatif» dont rêvaient les droites catholiques. Pour Jung, l&#8217;avènement du national-socialisme totalitaire serait la conséquence logique de 1789 et non son éradication définitive par une «éthique de plus haute valeur». En 1930-31, il rejoint les rangs de la <em>Volkskonservative Vereinigung</em>,  qui soutient Brüning, et cherche à la rebaptiser <em>Revolutionär-konservative Vereinigung </em>pour séduire une partie de l&#8217;électorat national-socialiste. En mai 1932, Brüning tombe. Jung décide de soutenir son successeur Papen, qu&#8217;il juge aussi falot que lui. Jung devient toutefois son conseiller.</p>
<p style="text-align: justify;">Quand Hitler accède au pouvoir en janvier 1933, Jung prépare aussitôt les élections de mars 1933 en organisant la campagne électorale du <em>Kampffront Schwarz-Weiß-Rot</em>, visant à soutenir l&#8217;aile conservatrice du nouveau gouvernement et à transformer la révolution nationale de Hitler, marquée par une démagogie tapageuse, en une <a title="révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice">révolution conservatrice</a>, chrétienne, tranquille, sérieuse, décidée. Cette ultime tentative connaît l&#8217;échec. Jung continue cependant à écrire les discours de von Papen. Le 17 juin 1934, ce dernier, lors d&#8217;un rassemblement universitaire à Marbourg, prononce un discours écrit par Jung, où celui-ci dénonce le «byzantinisme du national-socialisme», ses prétentions totalitaires contre-nature, ses polémiques contre l&#8217;esprit et la raison et réclame le retour d&#8217;une «humanité véritable» qui inaugurera l&#8217;«apogée de la culture antique et chrétienne». Le régime réagit en interdisant la radiodiffusion du discours et la circulation de sa version imprimée. Papen démissionne mais cède ensuite aux pressions de la police. Jung est arrêté le 25 juin et, cinq jours plus tard, on retrouve son cadavre criblé de balles dans un petit bois près d&#8217;Oranienburg. Le destin de Jung montre l&#8217;impossiblité de mener à bien une <a title="révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice">révolution conservatrice</a>/traditionaliste à l&#8217;âge des masses.</p>
<p style="text-align: center;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La domination des hommes de moindre valeur. Son effondrement et sa dissolution par un Règne nouveau</em> (<em>Die Herrschaft der Minderwertigen. Ihr Zerfall und ihre Ablösung durch ein neues Reich</em>), 1929</p>
<p style="text-align: justify;">Jung a voulu faire de cet ouvrage une sorte de «bible» de la «<a title="révolution conservatrice" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/rivoluzioneconservatrice">révolution conservatrice</a>», une révolution qu&#8217;il voulait culturelle et annonciatrice d&#8217;un grand bouleversement politique. S&#8217;adressant aux jeunes et aux étudiants, Jung veut donner à son conservatisme  —son <em>Jungkonservativismus</em>—  une dimension «révolutionnaire». Il explique que l&#8217;idéologie progressiste a eu son sens et son utilité historique; il fallait qu&#8217;elle brise l&#8217;hégémonie de formes mortes. Mais depuis que celles-ci ont disparu de la scène politique, l&#8217;attitude progressiste n&#8217;a plus raison d&#8217;être. L&#8217;idéologie du progrès n&#8217;est plus qu&#8217;une machine qui tourne à vide. Pire, quand elle reste sur sa lancée, elle peut s&#8217;avérer suicidaire. A la suite de la parenthèse progressiste, doit s&#8217;ouvrir une ère de «maintien», de conservation. Le <em>Jungkonservativismus </em>ne cherche donc pas à perpétuer des formes politiques dépassées. Quant aux formes sociales et politiques actuelles, pense Jung, elles ne sont plus des formes au sens propre du mot, mais des résidus évidés, balottés dans le chaos de l&#8217;histoire. Jung définit ensuite son conservatisme comme «évolutionnaire»: il vise le dépassement d&#8217;un monde vermoulu, l&#8217;inversion radicale et positive de ses fausses valeurs. Ce travail d&#8217;inversion/restauration est, aux yeux de Jung, proprement révolutionnaire.</p>
<p style="text-align: justify;">La période qui suit la Grande Guerre est caractérisée par la crise épocale des valeurs individualistes et bourgeoises en pleine décadence. Pour les relayer, le <em>Jungkonservativismus </em>jungien propose un recours à Dilthey et à Bergson, à Spengler, Tönnies, Roberto Michels, Vilfredo Pareto et Nicolas Berdiaev. La crise s&#8217;explique, en langage spenglérien, par le passage au stade de «civilisation» qui est le couronnement de l&#8217;esprit libéral. Les liens sociaux sont détruits et les peuples tombent sous la coupe d&#8217;une démocratie inorganique, gérée par les «hommes de moindre valeur». Tel est le diagnostic. Pour sortir de cette impasse, il faut restaurer les vertus religieuses. Abandonnant ses positions initiales, lesquelles reposaient sur une philosophie des valeurs tirée du néo-kantisme, Jung veut désormais ancrer son «axiome de l&#8217;immuabilité de la pulsion métaphysique» dans un discours théologisé.</p>
<p style="text-align: justify;">Deux philosophes de la <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religion</a> contribuent à le faire passer du néo-kantisme au néo-théologisme: Nicolas Berdiaev et Leopold Ziegler (qui deviendra son ami personnel). Jung embraye sur l&#8217;idée de Berdiaev qui évoque le fin imminente de l&#8217;époque moderne qui a vu le triomphe de l&#8217;irreligion. Pour Jung comme pour Berdiaev ou Ziegler, l&#8217;époque qui succèdera au libéralisme moderne sera un «nouveau <a title="Moyen Age" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo">Moyen Age</a>» pétri de <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religion</a>, réchristianisé. Eliminant les catastrophes de l&#8217;individualisme, ce nouveau «<a title="Moyen Age" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo">Moyen Age</a>» restaure une holicité (<em>Ganzheit</em>),  un universalisme dans le sens où l&#8217;entendait Othmar Spann, un «organicisme» historique et non biologique.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette dernière position distingue Jung des nationalistes de toutes catégories. En effet, il rejette le concept de «nation» comme «occidental», c&#8217;est-à-dire «français» et révolutionnaire, libéral et atomiste. Dans ce concept de «nation», domine le rationalisme raisonneur de l&#8217;idéologie des Lumières. Les «nations», dans ce sens, sont les peuples malades ou morts. Les peuples qui n&#8217;ont pas subi l&#8217;emprise de l&#8217;idéologie nationale, qui est d&#8217;essence révolutionnaire et est donc perverse, sont vivants, conservent au fond d&#8217;eux-mêmes des énergies intactes et demeurent les «porteurs de l&#8217;histoire». Jung relativise ainsi au maximum la valeur attribuée à l&#8217;Etat national, fermé sur lui-même. Les concepts-clé sont pour lui ceux de peuple (<em>Volk</em>)  et de <em>Reich</em>. Cette dernière instance, supra-nationale et incarnation politique du divin sur la Terre, est une idée d&#8217;ordre fédérative, tout à fait adaptée à l&#8217;espace centre-européen. De là, elle devra être étendue à l&#8217;ensemble du continent européen, de façon à instaurer un <em>europäischer Staatenbund </em>(une fédération des Etats européens). Sur le plan spirituel, l&#8217;idée de Reich est le seul barrage possible contre le processus de morcellement rationaliste et nationaliste. Les Etats-Nations reposent sur un fait figé rendu immuable par coercition, tandis que le Reich  est un mouvement perpétuel dynamique qui travaille sans interruption les matières «peuples». Pour Jung, né protestant mais devenu catholique de fait, l&#8217;idée nationale est une tradition protestante en Allemagne, tandis que l&#8217;idée dynamique de Reich  est une idée catholique. Sur le plan intérieur, ce Reich  fédératif est organisé corporativement. A la place du Parlement et du suffrage universel, Jung suggère l&#8217;introduction d&#8217;une représentation populaire corporative et d&#8217;un droit de vote échelonné et différencié. L&#8217;organisation intérieure de son Reich  idéal, Jung la calque sur les idées du sociologue et philosophe autrichien Othmar Spann. C&#8217;est le talon d&#8217;Achille de son idéologie: cette organisation corporative ne peut s&#8217;appliquer dans un Etat moderne et industriel. Son appel à l&#8217;ascèse et au sacrifice ne pouvait nullement mobiliser les Allemands de son époque, durement frappés par l&#8217;inflation, la crise de 29, la famine du blocus et les dettes de Versailles.</p>
<p>* * *</p>
<p><strong>Bibliographie</strong></p>
<p><em>Die geistige Krise des jungen Deutschland</em>, 1926 (discours, 20 p.); <em>Die Herrschaft der Minderwertigen. Ihr Zerfall und ihre Ablösung</em>, 1927 (XIV + 341 pages); <em>Die Herrschaft der Minderwertigen. Ihr Zerfall und ihre Ablösung durch ein neues Reich</em>, 1929 (2ième éd.), 1930 (3ième éd.) (692 pages); <em>Föderalismus aus Weltanschauung</em>, 1931; <em>Sinndeutung der deutschen Revolution</em>, 1933; une copie du mémoire rédigé par E.J. Jung à l&#8217;adresse de Papen en avril 1934 se trouve à l&#8217;Institut für Zeitgeschichte  de Munich, archives photocopiées 98, 2375/59 et chez Edmund Forschbach, ami et biographe d&#8217;E.J. Jung (cf. infra); d&#8217;après Karlheinz Weißmann (cf. infra), Jung serait l&#8217;auteur de la plupart des textes contenus dans le recueil de discours de Franz von Papen intitulé <em>Apell an das deutsche Gewissen. Reden zur nationalen Revolution. Schriften an die Nation</em>,  Bd. 32/33, Oldenburg i.O., 1933.</p>
<p style="text-align: justify;">Principaux articles de philosophie politique: 1) Dans la revue <em>Deutsche Rundschau</em>: «Reichsreform» (nov. 1928); «Der Volksrechtsgedanke und die Rechtsvorstellungen von Versailles» (oct. 1929); «Volkserhaltung» (mars 1930); «Aufstand der Rechten» (1931, pp.81-88); «Neubelebung von Weimar?» (juin 1932); «Revolutionäre Staatsführung» (oct. 1932); «Deutsche Unzulänglichkeit» (nov. 1932); «Verlustbilanz der Rechten» (1/1933); «Die christiliche Revolution» (sept. 1933, pp. 142-147);  «Einsatz der Nation» (1933, pp. 155-160); 2) Dans les <em>Schweizer Monatshefte</em>: 1930/31: Heft 1, p. 37, Heft 7, p. 321; 1932/33: Heft 5/6, p. 275; 3) Dans la <em>Rheinisch- Westfälische Zeitung</em>,  où Jung utilisait le pseudonyme de Tyll, voir les dates suivantes: 1/1/1930; 5/3/1930; 5/4/1930; 24/4/1930; 2/5/1930; 31/5/1930; 12/10/1930; 8/11/1930; 30/12/1930; 28/1/1931; 7/2/1931; 4/3/1931; 1/4/1931; 10/4/1931; 1/8/1931; été 1931; 15/3/1932; 4) Dans les Münchner Neueste Nachrichten,  voir les dates suivantes: 20/3/1925; 28/1/1930; 23/11/1930; 3/1/1931; 25/7/1931; 4/7/1931; 5) Dans les <em>Süddeutsche Monatshefte</em>:  «Die Tragik der Kriegsgeneration», mai 1930, pp. 511-534; 6) Dans <em>Die Laterne</em>:  «Was ist liberal?», Folge 6, 6/5/1931.</p>
<p style="text-align: justify;">Participation à des ouvrages collectifs: «Deutschland und die konservative Revolution», in E.J. Jung, <em>Deutsche über Deutschland. Die Stimme des unbekannten Politikers</em>, Munich, 1932, pp. 369-383; on signale également une contribution d&#8217;E.J. Jung («Die deutsche Staatskrise als Ausdruck der abandländischen Kulturkrise») dans Karl Haushofer et Kurt Trampler (éd.), <em>Deutschlands Weg an der Zeitenwende</em>, Munich, 1931; le livre signé par Leopold Ziegler, <em>Fünfundzwanzig Sätze vom Deutschen Staat </em>(Berlin, 1931) serait en fait dû à la plume de Jung.</p>
<p style="text-align: justify;">Sur Edgar Julius Jung: Leopold Ziegler, <em>Edgar Julius Jung. Denkmal und Vermächtnis</em>, Salzbourg, 1955; «Edgar Jung und der Widerstand» in <em>Civis </em>59, Bonn, Nov. 1959;  Friedrich Grass, «Edgar Julius Jung (1894-1934)», in Kurt Baumann (éd.), <em>Pfälzer Lebensbilder</em>,  Bd. 1, Spire, 1964; Karl Martin Grass, <em>Edgar Julius Jung, Papenkreis und Röhmkrise 1933-1934</em>,  dissertation phil., Heidelberg, 1966; Bernhard Jenschke, <em>Zur Kritik der konservativ-revolutionäre Ideologie in der Weimarer Republik. Weltanschauung und Politik bei Edgar Julius Jung</em>,  Munich, 1971 (avec une bibliographie reprenant 79 articles importants d&#8217;E.J. Jung); Karl-Martin Grass, «Edgar J. Jung», in <em>Neue Deutsche Biographie</em>, 10. Bd., Berlin, 1974; Joachim Kaiser, <em>Konservative Opposition gegen Hitler 1933/34. Edgar Julius Jung und Ewald von Kleist-Schmenzin</em>, Texte non publié d&#8217;un séminaire de l&#8217;Université d&#8217;Aix-la-Chapelle, 1984; Edmund Forschbach, <em>Edgar J. Jung, ein konservativer Revolutionär 30. Juni 1934</em>,  Pfullingen, 1984; Gilbert Merlio, «Edgar Julius Jung ou l&#8217;illusion de la &#8220;Révolution Conservatrice&#8221;», in <em>Revue d&#8217;Allemagne</em>, tome XVI, n°3, 1984; Karlheinz Weißmann, «Edgar J. Jung» in <em>Criticón</em>, 104, 1987, pp. 245-249; Armin Mohler, <em>Die Konservative Revolution in Deutschland 1918-1932. Ein Handbuch</em>, 3ième éd., Darmstadt, 1989.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour comprendre le contexte historique: Klemens von Klemperer, <em>Konservative Bewegungen zwischen Kaiserreich und Nationalsozialismus</em>, Munich/Vienne, 1957; Erasmus Jonas, <em>Die Volkskonservativen 1928-1933</em>,  Düsseldorf, 1965; Theodor Eschenburg, «Hindenburg, Brüning, Groener, Schleicher», in <em>Vierteljahreshefte für Zeitgeschichte</em>, 9. Jg. 1961, 1; Kurt Sontheimer, <em>Antidemokratisches Denken in der Weimarer Republik</em>, Munich 1962; Franz von Papen, <em>Vom Scheitern einer Demokratie 1930-1933</em>,  Mayence, 1968; Klaus Breuning, <em>Die Vision des Reiches. Deutscher Katholizismus zwischen Demokratie und Diktatur</em>, Munich, 1969; Volker Mauersberger, <em>Rudolf Pechel und die «Deutsche Rundschau» 1919-1933. Eine Studie zur konservativ-revolutionären Publizistik in der Weimarer Republik</em>, Brème, 1971; Jean-Pierre Faye, <em>Langages totalitaires</em>, Paris, 1972; Martin Greiffenhagen, <em>Das Dilemma des Konservatismus in Deutschland</em>, Munich, 1977.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Archives de Synergies Européennes </em>- 1992.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/litineraire-dedgar-julius-jung.html' addthis:title='L&#8217;itinéraire d&#8217;Edgar Julius Jung ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/litineraire-dedgar-julius-jung.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Rivoluzione conservatrice]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Allemagne]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Berdiaev]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Edgar Julius Jung]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Heinrich von Gleichen]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Hitler]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Jung]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Leopold Ziegler]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Othmar Spann]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[von Papen]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Weimar]]></coop:keyword>
	</item>
		<item>
		<title>L&#8217;utopie conservatrice de Knut Hamsun</title>
		<link>http://www.centrostudilaruna.it/lutopie-conservatrice-de-knut-hamsun.html</link>
		<comments>http://www.centrostudilaruna.it/lutopie-conservatrice-de-knut-hamsun.html#comments</comments>
		<pubDate>Fri, 04 Dec 2009 17:09:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Robert Steuckers</dc:creator>
				<category><![CDATA[Articoli su Knut Hamsun]]></category>
		<category><![CDATA[Francese]]></category>
		<category><![CDATA[Knut Hamsun]]></category>
		<category><![CDATA[Hamsun]]></category>
		<category><![CDATA[Horst Bien]]></category>
		<category><![CDATA[Maxime Gorki]]></category>
		<category><![CDATA[Norvège]]></category>
		<category><![CDATA[Quisling]]></category>
		<category><![CDATA[Selma Lagerlöf]]></category>
		<category><![CDATA[Thomas Mann]]></category>
		<category><![CDATA[utopie]]></category>
		<category><![CDATA[Vidkun Quisling]]></category>

		<guid isPermaLink="false">http://www.centrostudilaruna.it/?p=3417</guid>
		<description><![CDATA[Horst Bien, un chercheur de l'ex-RDA, s'est penché objectivement sur la figure de Knut Hamsun et a dégagé les linéaments de son utopie conservatrice]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/lutopie-conservatrice-de-knut-hamsun.html' addthis:title='L&#8217;utopie conservatrice de Knut Hamsun '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/hamsun48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Knut Hamsun" /><br/><p style="text-align: justify;">Horst Bien est un chercheur de l&#8217;ex-RDA, lié à l&#8217;université de Greifswald. En dépit de l&#8217;obédience marxiste-léniniste obligatoire de ce pays aujourd&#8217;hui disparu, il s&#8217;est penché objectivement et sans nul a priori sur la figure de <a title="Knut Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Knut Hamsun</a> et a dégagé les linéaments de son &#8220;utopie conservatrice&#8221;. Les lecteurs de <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a> savent que cette &#8220;utopie&#8221; (terme certes inapproprié!) s&#8217;exprime sans le moindre détour dans <em>L&#8217;Éveil de la glèbe</em> (1917) et dans la figure du personnage central de ce livre: Isak Sellanraa, le paysan libre, &#8220;dont la laine des vêtements vient de ses propres moutons et le cuir de ses bottes de ses propres veaux et vaches&#8221;.</p>
<p><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2253933120?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2253933120"><img class="alignleft" title="hamsun-eveil-de-la-glebe" src="../wp-content/hamsun-eveil-de-la-glebe.jpg" alt="Knut Hamsun, L'éveil de la glèbe" width="240" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">Horst Bien déclare: l&#8217;espace existentiel d&#8217;Isak est épuré de tous les conditionnements de l&#8217;histoire; passé, présent et avenir ne sont pas ici les critères de l&#8217;évolution historique et du changement: ils ne sont que les maillons d&#8217;une vie qui s&#8217;écoule éternellement, toujours sous la même forme. Mais cet idéal n&#8217;est pas un pur vœu de l&#8217;esprit, une pétition de poète: cette autarcie symbolisée par Isak est, pour la Norvège, une nécessité politique: la guerre sous-marine a fragilisé dangereusement l&#8217;approvisionnement en vivres du pays, si bien que l&#8217;idéal de la colonisation des terres du Nord devenait un impératif vital ainsi qu&#8217;une politique pour empêcher l&#8217;hémorragie migratoire vers l&#8217;Amérique.</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est aujourd&#8217;hui seulement que l&#8217;on lit <em>L&#8217;Éveil de la glèbe</em> comme un manifeste écologique. En 1917, rappelle Bien, les Norvégiens ont lu cet appel de leur poète comme une volonté de survivre dans la simplicité et le travail, en dehors du tumulte de la guerre que se livraient des peuples lointains, plus urbanisés et plus décadents. En Suède, Selma Lagerlöf, en Allemagne, <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/thomas-mann" target="_blank">Thomas Mann</a></span> et en Russie, Maxime Gorki déclarent avec enthousiasme que <em>L&#8217;Éveil de la glèbe</em> les a fascinés et envoûtés. Cet ouvrage apparaissait comme l&#8217;expression d&#8217;une ruralité raisonnable face à une urbanité qui venait de déclencher les sinistres horreurs de la Grande Guerre, mais, en même temps, il est l&#8217;affirmation d&#8217;un possible, d&#8217;une alternative à l&#8217;émigration norvégienne vers les usines de Chicago (ou vers les horizons plus libres du Montana, où bon nombre de Norvégiens se sont forgés un destin à la façon d&#8217;Isak!).</p>
<p style="text-align: justify;">Deux autres romans, moins célèbres, <em>Les femmes à la fontaine </em>(1920) et <em>Le dernier chapitre </em>(1923) dénoncent avec davantage de pessimisme les séductions offertes par les petites villes de province étriquées : la vie urbaine est pareille à celle de ce pauvre marin Oliver, estropié, qui rampe et se traîne sur un petit espace, comme un oiseau aux ailes coupées. Ou bien, la vie de la ville est celle d&#8217;un sanatorium de montagne: pas d&#8217;issue si ce n&#8217;est la mort, ou une vie sans relief. Dans <em>Auguste </em>(1930), l&#8217;apprenti-capitaliste maladroit, l&#8217;homme aux idées et aux projets foireux, <a title="Knut Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a> fait le procès direct du capitalisme, sur fond de crise de 1929. Bien décèle bien le côté tout à la fois génial et illusoire de la propagande capitaliste et moderniste: le bien-être matériel viendra, par un jour de chance, comme la fortune, comme le gros lot. Pour cette figure moderne, à la fois <em>clown</em>, prometteur de beaux jours, bienfaiteur des pauvres qu&#8217;il a lui-même appauvri, héraut de l&#8217;âge mécanique, rien n&#8217;a profondeur ni durée, mais tout est spectacle, mise en scène, camouflage du réel: <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a> annonce bel et bien Debord et son situationnisme. Tout est manipulable, interchangeable, comme les pièces d&#8217;une machine.</p>
<p><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2867144027?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2867144027" target="_blank"><img class="alignright" title="hamsun-durance" src="../wp-content/hamsun-durance.jpg" alt="Michel d'Urance, Hamsun" width="240" height="240" /></a></p>
<p style="text-align: justify;">La haine de <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a> pour l&#8217;urbanité, la ville, l&#8217;industrie, le système bancaire, l&#8217;argent et le commerce n&#8217;a cessé de croître. Le plaidoyer pour le paysan isolé des marches du Nord, assurant l&#8217;autarcie de la Norvège assiégée et isolée du monde, débouche, chez lui, sur un refus presque sans nuance de la ville, renforcé encore par le <em>krach </em>de 29, où le capitalisme apparaît comme une sinistre farce précipitant d&#8217;honnêtes gens, paysans et pécheurs, dans les affres de la misère économique et surtout de la dépendance. Cette option conduira <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a>, comme on le sait, à collaborer avec le Nasjonal Samling de Vidkun Quisling, parti inspiré par le national-socialisme allemand. Du moins par ses facettes ruralistes. Toutefois, la grande idée de <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a> n&#8217;était certes par une collectivité soudée par la discipline militaire et l&#8217;obéissance à un chef, mais l&#8217;autonomie absolue de l&#8217;homme libre face à tout le fatras de la <em>Zivilisation</em>. En témoigne cette citation, mise en exergue par Bien, tirée des mémoires de <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a>, qui déclarait que les jugements de ses contemporains l&#8217;importaient peu et qu&#8217;il s&#8217;en référait &#8220;à sa propre conscience de ce qui est bien et mal, juste et injuste&#8221;. Le procureur &#8211; sans doute un stupide juriste besogneux et médiocre comme la plupart de ses piètres semblables &#8211; qui a jugé <a title="Hamsun" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a> est oublié ou son nom n&#8217;est plus mentionné qu&#8217;en marge des biographies de son illustre condamné. <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/autori/knut-pedersen-hamsun">Hamsun</a></span> est immortel. Comme les rares Isaks survivants sur cette planète livrés aux fous sans relief ni fantaisie: marchands, procureurs, banquiers, fonctionnaires, comptables, etc.</p>
<p style="text-align: justify;">Analyse: Horst Bien, <em>Werke und Wirkung Knut Hamsuns. Eine Bestandsaufnahme</em>, Literaturverlag Norden/Mark Reinhardt, Leverkusen, 1990, 80 p.</p>
<p style="text-align: justify;">[<em>Vouloir</em> n°142/145, 1998].</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/lutopie-conservatrice-de-knut-hamsun.html' addthis:title='L&#8217;utopie conservatrice de Knut Hamsun ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
			<wfw:commentRss>http://www.centrostudilaruna.it/lutopie-conservatrice-de-knut-hamsun.html/feed/</wfw:commentRss>
		<slash:comments>0</slash:comments>
			<coop:keyword><![CDATA[Articoli su Knut Hamsun]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Francese]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Knut Hamsun]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Hamsun]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Horst Bien]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Maxime Gorki]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Norvège]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Quisling]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Selma Lagerlöf]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Thomas Mann]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[utopie]]></coop:keyword>
		<coop:keyword><![CDATA[Vidkun Quisling]]></coop:keyword>
	</item>
	</channel>
</rss>

