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	<title>Centro Studi La Runa &#187; Jean Mabire</title>
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	<description>Archivio di storia, tradizione, letteratura, filosofia</description>
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		<title>Henry-François Rey. Une “Costa Brava” recomposée au noir soleil de la tragédie</title>
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		<pubDate>Thu, 20 Oct 2011 09:54:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Rey, après avoir appartenu à la gauche engagée, découvre la solitude, «la solitude contre le monde, contre les autres qu’il faut mépriser, chasser, annihiler».]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/henry-francois-rey-une-%e2%80%9ccosta-brava%e2%80%9d-recomposee-au-noir-soleil-de-la-tragedie.html' addthis:title='Henry-François Rey. Une “Costa Brava” recomposée au noir soleil de la tragédie '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-8602" style="margin: 10px;" title="rey" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/rey-222x300.jpg" alt="" width="222" height="300" />Il est aujourd’hui assez oublié, d’autant que les critiques ont parfois été réservés à son égard, tant il les effrayait par un non-conformisme absolu, bien difficile à classer sur l’échiquier politique hémiplégique droite/ gauche, même s’il avait été, à un bref moment de sa vie, membre du parti communiste.</p>
<p style="text-align: justify;">Le dernier salut qui lui fut adressé est, au printemps dernier, un bel article de Pierre Gillieth dans <em>Réfléchir et Agir</em>, où l’on pouvait relever ce jugement: «C’était avant la fuite, la dernière chance du barbare, celui qui est étranger à la cité et à ses convenances bourgeoises, son matérialisme creux et vaniteux».</p>
<p style="text-align: justify;">L’âge, le soleil, l’exil avaient sculpté ce visage buriné de rides profondes, sous la mèche rebelle d’une longue chevelure noire et grise, à mi-chemin de l’Indien et du Gitan. Il était tout simplement Languedocien, cathare et athée tout ensemble.</p>
<p style="text-align: justify;">Il naît à Toulouse le 31 juillet 1919. 21 ans en 1940, cela vous marque un homme. Il en restera blessé et meurtri comme tous ceux de sa génération. De solides études le conduisent jusqu’à la licence de philosophie.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais la guerre est là. Il sera tour à tour pianiste de jazz et maquisard, éternel révolté plutôt que résistant conformiste.</p>
<p style="text-align: justify;">La paix revenue, il s’oriente vers le journalisme. On le lira dans la presse engagée de l’époque: <em>Libération</em>, <em>Combat</em>, <em>Franc-Tireur</em>. Il est naturellement de gauche, mais plus anarchiste que stalinien, comme en témoignera un jour sa pièce: <em>Opéra pour un tyran</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Scénariste et dialoguiste de cinéma, il ne se presse pas pour écrire son premier roman. Ce sera, en 1959, <em>La fête espagnole</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Il approche de la quarantaine et vient de quitter Paris, pour s’installer toute l’année à Cadaquès sur la Costa Brava. Il y a longtemps qu’il ne supporte plus ses confrères «soucieux de leur tirage et de leur compte en banque». Loin de cette «mare de sauriens», il croit seulement «au soleil et au corps des filles». Et aussi «à la civilisation et à la culture». Vaste programme!</p>
<p style="text-align: justify;">Son premier roman raconte une histoire simple: Michel Georgenko, un ancien officier tsariste passé à l’Armée rouge, puis émigré en Belgique, où il étudie les papillons, s’engage dans les brigades internationales en 1936, dès le début de la guerre d’Espagne. Sur la route de Catalogne, il rencontre à Collioure une jeune journaliste franco-américaine, Nathalie, sa cadette d’une vingtaine d’années. Ils deviennent aussitôt amants. Pas une passade, mais, pour l’un comme pour l’autre, l’amour fou. Pourtant, Michel rejoint le front où il se bat courageusement, sans trop y croire.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est un peu, mais dans l’autre camp, Drieu à la fin de <em>Gilles</em>. On est loin de <em>L’Espoir</em> et de son «illusion lyrique».</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B000NJM59W/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B000NJM59W" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-8605" style="margin: 10px;" title="les-pianos-mecaniques" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/les-pianos-mecaniques.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Au cours d’une permission à Barcelone, Michel, ayant retrouvé Nathalie, décide de déserter. En essayant de franchir les Pyrénées, il sera fusillé par quelques anarchistes ruraux qui détestent encore plus les bolcheviks et les trotskistes que les fascistes. Fin de cette courte histoire, toute bruissante de passion et de sang, magnifique portrait d’un “homme véritable” avec sa tendresse, son cynisme, son courage et sa peur.</p>
<p style="text-align: justify;">Après ce début fulgurant, Henri-François Rey, qui vivra désormais entre Cadaquès et Saint-Paul-de-Vence, se lance dans un gros bouquin de près de 700 pages, <em>Les pianos mécaniques</em>. C’est la peinture de Caldeya/Cadaquès en passe de devenir le Saint-Tropez catalan, capitale de la décadence et société sans autres repères que le plaisir, qui est aussi un mal de vivre. Jamais un monde d’ivresse et d’érotisme ne sera aussi férocement caricaturé que cette fresque aux multiples intrigues. Le roman tourne au pamphlet, sans jamais cesser d’être ce que doit être un roman, comme Rey l’écrira un jour lui-même: «Compte-rendu d’un moment du temps, d’un moment de l’histoire et de l’homme au sein de ce temps, de ce centre, quoi qu’il le veuille, de cette histoire».</p>
<p style="text-align: justify;">Alors le romancier devient médium, créateur, prophète… Un Prix Interallié bien mérité viendra le récompenser en 1962.</p>
<p style="text-align: justify;">Le romancier récidive avec <em>Les chevaux masqués</em>, allusion aux montures des picadors, à l’image d’un monde schizophrène.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B0000DQIXN/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B0000DQIXN" rel="nofollow" target="_blank"><img class="size-full wp-image-8604 alignright" style="margin-right: 10px; margin-left: 10px;" title="le-rachdingue" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/la-rachdingue.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>La mise en place, dans l’arène écrasée de soleil, est terminée. Voici que peut paraître le livre le plus insolite de cet auteur inclassable: <a title="Le rachdingue" href="http://www.amazon.fr/gp/product/B0000DQIXN/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B0000DQIXN" target="_blank"><em>Le rachdingue</em></a>. Nous nous retrouvons à Caldeya/Cadaquès, mais cette fois en hiver. Le “rachdingue”, c’est tout à la fois la fureur de vivre et la fuite en avant devant l’angoisse. L’exilé Martin Lanet cultive un style de vie de matador. Tout cela aboutit à une “fiesta” mémorable. L’antihéros-narrateur est de la race des “semeurs d’inquiétude”.</p>
<p style="text-align: justify;">Rey, après avoir appartenu à la gauche engagée, découvre la solitude, «la solitude contre le monde, contre les autres qu’il faut mépriser, chasser, annihiler».</p>
<p style="text-align: justify;">La charge contre la modernité et son aliénation absolue devient grandiose. Voici le romancier plus que jamais prophète, imprécateur: «Le rachdingue c’est la “chance” de la dernière chance. C’est avaler le temps et avaler l’espace. Et le nier».</p>
<p style="text-align: justify;">En 1970, paraît <em>Halleluyah ma vie</em>, récit plus que roman, où l’on assiste au grand Jeu de l’Oie de Léonard Pal, véritable manuel destiné à ouvrir les portes de la libération et de l’accomplissement. Grand livre chaotique d’une initiation et d’une individuation, bourré de citations, d’aphorismes, d’enseignements. Une seule affirmation, entre des centaines d’autres: «Le monde n’est pas unité mais differénce».</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Le barbare</em>, d’abord imaginé en direct au micro d’<em>Europe 1</em>, jour après jour pendant deux mois, va devenir un roman en 1972. On y évoque le dialogue d’un père de 50 ans et de son fils de 15. Le livre s’ouvre sur une citation de Nietzsche: «Il faut porter encore en soi ce chaos pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante». Il se termine sur la vision d’un «univers neuf aux couleurs de la bonne folie».</p>
<p style="text-align: justify;">Après quatre autres romans et un essai sur son ami Salvador Dali, Henri-François Rey meurt à 68 ans, en 1987.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">(<em>National-Hebdo </em>n. 1031 – 22-28 avril 2004).</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/henry-francois-rey-une-%e2%80%9ccosta-brava%e2%80%9d-recomposee-au-noir-soleil-de-la-tragedie.html' addthis:title='Henry-François Rey. Une “Costa Brava” recomposée au noir soleil de la tragédie ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Evgueni Zamiatine</title>
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		<pubDate>Tue, 27 Sep 2011 15:38:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On ne doit pas oublier Zamiatine, si étrange et parfois déplaisant soit le personnage, car il est peu d’écrivains «soviétiques» aussi étonnants, totalement inclassable au temps du tsar, de la révolution et de l’exil, solitaire entre les solitaires.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/evgueni-zamiatine.html' addthis:title='Evgueni Zamiatine '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/drago48x48.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Fantastico" /><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-8411" style="margin: 10px;" title="zamyatin" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/zamyatin.jpg" alt="" width="290" height="400" />On ne doit pas oublier Zamiatine, si étrange et parfois déplaisant soit le personnage, car il est peu d’écrivains «soviétiques» aussi étonnants, totalement inclassable au temps du tsar, de la révolution et de l’exil, solitaire entre les solitaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Evgueni Ivanovitch Zamiatine est né le 20 janvier 1884 à Lebedian, dans la province de Tambov. Son père est un pope de l’Eglise de l’Intercession de la Vierge et sa mère une pianiste, elle-même fille de prêtre. Après ses études au lycée de Voronej, il prépare l’Institut polytechnique de Saint-Petersbourg. Mais ses idées avancées lors de la révolution de 1905 lui valent séjours en prison, assignations à résidence et même deux ans de déportation dans une bourgade du golfe de Finlande.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré tous ces aléas révolutionnaires, il devient, à 24 ans, ingénieur des constructions navales, songe à une carrière littéraire et épouse une étudiante en médecine. Il a déjà écrit une évocation de sa vie carcérale: <em>Seul</em>, ainsi qu’un récit prometteur, <em>Province</em>, d’un ton elliptique très personnel.</p>
<p style="text-align: justify;">Bénéficiant d’une amnistie il regagne Saint-Petersbourg, où il publie dans un journal, en mars 1914, une longue nouvelle, <em>Au diable vauvert</em>, qui vient d’être traduite en français. Le sujet fait scandale tant il dénonce les turpitudes d’une poignée d’officiers russes en garnison dans un poste perdu d’Extrême-Orient, sur les bords de l’océan Pacifique. Jugé antimilitariste et même pornographique, le livre est interdit par la censure et son auteur, âgé maintenant d’une trentaine d’années, est à nouveau déporté, cette fois à Kemi, en Carélie, dans le Grand Nord.</p>
<p style="text-align: justify;"><em><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2908024942/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2908024942" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-8414" style="margin: 10px;" title="russie" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/russie.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Au diable vauvert</em>. Le titre indique que l’action se déroule loin, très loin, dans quelque garnison perdue. Un jeune officier, Andreï Ivanytch, originaire de Tambov, comme Zamiatine, a l’impression d’arriver au bout du monde. Il fait peu à peu connaissance de ses camarades, après une visite à son général, cuisinier à ses heures. Tous sont d’assez tristes personnages: paillards, ivrognes, tricheurs, brutaux, voleurs même, puisque telle la seule loi de cet univers corrompu, rongé jusqu’à l’os par tous les vices.</p>
<p style="text-align: justify;">La femme du capitaine Netchessa accouche de son neuvième enfant et la grande question qui se pose est de savoir<br />
qui en est le père, puisqu’il s’agit à chaque fois d’un officier différent. Cette interrogation lancinante n’empêchera pas un baptême fort arrosé. Bagarres, duels, suicides semblent les seules distractions de ces soldats perdus, pour qui la visite d’une escadre de marins français deviendra le seul dérivatif: nous sommes à la belle époque de l’alliance franco-russe. Quelques figures de femmes, comme la belle Maroussia, l’épouse de l’ignoble capitaine Schmidt, n’apportent même pas une note de joie dans cet univers désespéré.</p>
<p style="text-align: justify;">On comprend la hargne de la censure tsariste, d’autant que n’importe qui serait désarçonné par le style d’un Zamiatine qui, sous prétexte de réalisme, bouscule allégrement la langue russe et la simple logique. Comme doit l’avouer le traducteur Jean-Baptiste Godon dans sa préface à l’édition française: «On rencontre de nombreux archaïsmes, des régionalismes, des proverbes, des néologismes… et les formules intempestives du langage parlé succèdent aux longues phrases ciselées: l’ordre des mots est bouleversé, les phrases sont tronquées, les pensées et dialogues, inachevés, interrompus par des points de suspension, des tirets. Zamiatine n’écrit pas, il narre…» On plaint le traducteur. Et encore bien davantage le lecteur.</p>
<p style="text-align: justify;">Zamiatine n’est pas seulement un écrivain, c’est un ingénieur qui a beaucoup voyagé, de Constantinople à Salonique et de Beyrouth à Port-Saïd. Pendant la guerre, il sera envoyé en Angleterre pour y construire des navires brise-glaces. Il revient en Russie en 1917, juste pour la Révolution, dont il est un partisan résolu avant d’en être assez vite saturé et déçu.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070286487/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2070286487" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-8412" style="margin: 10px;" title="nous-autres" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/nous-autres.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Il se réfugie dans des récits brefs et des pièces de théâtre comme <em>La Puce</em>, qui sera par la suite interdite. Son roman <a title="Nous autres" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070286487/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2070286487" target="_blank"><em>Nous autres</em></a>, impubliable en Russie communiste, est publié (sans son autorisation, dira-t-il) en Angleterre et en Allemagne en 1923. Situé dans des siècles futurs, c’est l’histoire d’une «Révolution qui a mal tourné», alors qu’elle devait apporter «le bonheur mathématique et exact, en forçant les gens à être heureux».</p>
<p style="text-align: justify;">Dirigés par un grand Bienfaiteur qui a sur eux droit de vie et de mort et les a définitivement privés de toute inquiétude héritée des <a title="religions" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione/">religions</a> absurdes d’autrefois, hommes et femmes ne sont plus que des «Numéros», étroitement surveillés par le Bureau des Gardiens. Tout est organisé pour leur bonheur par l’Etat unique, qui a planifié leur travail, leur repos et même leurs amours, grâce à des carnets à souches de couleur rose destinés à organiser leurs «Heures personnelles». Un mur de verre sépare cette cité soit-disant idéale du monde extérieur et il y a bien longtemps qu’a été oublié tout ce qui constituait l’âme des époques d’autrefois, avant la guerre de Deux Cents Ans, entre la ville et la campagne, entre les sédentaires et les nomades où ces derniers furent vaincus.</p>
<p style="text-align: justify;">L’ingénieur D.5O3, dont la confession est écrite à la première personne, est chargé de construire un vaisseau intersidéral qui porte le nom d’Intégral. Il fait la connaissance d’une femme, I.330 qui va le subjuguer en lui faisant entrevoir une autre vérité que celle du monde dans lequel vivent les sujets soumis à la loi des «Tables», ces codes rythmant leur vie: «Tous les matins, avec une exactitude de machines, à la même heure et à la même minute, nous, des millions, nous nous levons comme un seul numéro. Nous commençons notre travail et le finissons avec le même ensemble».</p>
<p style="text-align: justify;">Le seul idéal: «Rien n’arrivera plus». Le seul péché, c’est d’être original, car c’est détruire le fondement de la société nouvelle: l’égalité, condition de l’éternité du néant.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2742755241/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2742755241" rel="nofollow" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-8413" style="margin: 10px;" title="linondation" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/linondation.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Il arrive un drame: on découvre que D.5O3 est malade: « Ca va mal, lui dit le médecin. Il s’est formé une âme en vous». La conscience personnelle est une maladie et une maladie si grave qu’elle ne peut être éradiquée que par une opération chirurgicale. En attendant cette intervention, l’ingénieur rencontre I.33O à la Maison Antique, sorte de fragment du vieux monde oublié, «le monde déraisonnable et informe des arbres, des oiseaux, des animaux…». Lors de la fête du Jour de l’Unanimité, il n’en courbera pas moins la tête sous le joug du «Numéro des Numéros», ce Bienfaiteur qui lui ordonnera l’opération décisive, celle qui le débarrassera des quelques gouttes de «sang solaire et sylvestre» qui lui venaient des temps anciens. Il va redevenir comme tous les autres.</p>
<p style="text-align: justify;">Une telle contre-utopie ne pouvait qu’attirer la fureur des autorités soviétiques. En 1931, Zamiatine écrit à Staline pour lui demander l’autorisation d’émigrer, sans perdre sa nationalité pour autant. Il part pour Prague puis pour Paris, où il meurt dans la misère et l’oubli le 10 mars 1937, ayant conscience de faire partie de la grande confrérie des hérétiques: «Seuls les hérétiques découvrent des horizons nouveaux dans la science, dans l’art, dans la vie sociale; seuls les hérétiques, rejetant le présent au nom de l’avenir, sont l’éternel ferment de la vie et assurent l’infini mouvement en avant de la vie».</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">(<em>National-Hebdo </em>n. 1126 – 16-22 fevrier 2006).</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/evgueni-zamiatine.html' addthis:title='Evgueni Zamiatine ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Pierre Guillaume</title>
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		<pubDate>Fri, 17 Jun 2011 17:04:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un homme en proie à toutes les passions, à commencer par celle de l’océan et à terminer par un dernier combat contre la maladie et la mort, en passant par la plus longue de ses navigations, cette fois immobile: un long séjour en prison.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/pierre-guillaume.html' addthis:title='Pierre Guillaume '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="size-full wp-image-7713 alignleft" style="margin: 10px;" title="pierre-guillaume" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/pierre-guillaume.jpg" alt="" width="280" height="300" />On a pu lire, il y a quelques semaines, dans cette page le compte rendu par Jean Roberto du livre que Pierre Guillaume avait consacré à ses aventures de mer, de terre et de prison: <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2259204422/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2259204422" target="_blank"><em>Mon âme à Dieu, Mon corps à la patrie, Mon Honneur à moi</em></a>. Ainsi nous pouvions revivre quelques épisodes de la vie de ce lieutenant de vaisseau atypique et découvrir que ce marin – qui aurait été à l’occasion corsaire, plaisancier ou navigateur solitaire – était aussi un écrivain, et un des meilleurs quand il s’agissait d’évoquer la mer et des colères.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques semaines plus tard, les éditions Perrin faisaient paraître la biographie que Georges Fleury consacrait au même personnage, ressurgi à quelques jours d’intervalle de ses propres mémoires pour devenir le héros d’une sorte d’épopée vécue au quotidien d’une vie dangereuse: <em>On l’appelait le «Crabe-Tambour»</em>. Pierre Guillaume n’apparaissait plus alors comme un écrivain, mais comme un homme en proie à toutes les passions, à commencer par celle de l’océan et à terminer par un dernier combat contre la maladie et la mort, en passant par la plus longue de ses navigations, cette fois immobile: un long séjour en prison, où il côtoyait en fraternelle simplicité, quelques-uns des grands ténors du combat pour l’Algérie française, pour la plupart soldats des armées de terre, de mer et de l’air, n’ayant pas pour tradition d’amener le pavillon à l’issue du combat.</p>
<p style="text-align: justify;">Fort heureusement, ce second livre ne contredit pas le premier – on s’en serait douté – mais le précise sous la plume d’un ancien des commandos marine de la frontière algéro-marocaine devenu grand spécialiste du récit militaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2259204422/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=2259204422" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-7714" style="margin: 10px;" title="mon-ame-a-dieu" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/mon-ame-a-dieu.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Pierre Guillaume est né le 11 août 1925 à Saint-Malo. Il est le fils d’un officier de carrière, Maurice Guillaume, qui, après avoir servi avec Lyautey au Maroc, devint l’aide de camp du président de la République Paul Deschanel – celui qui tomba d’un train en des circonstances mystérieuses. Résolument anticommuniste, on le trouve mêlé de loin et même sans doute de près aux activités de la «Cagoule» et il dirige un journal au titre sans équivoque de <em>Choc</em>. Anti-allemand mais fidèle au maréchal Pétain, il se trouvera emprisonné pendant de longs mois lors de l’Epuration, sans qu’on parvienne à lui reprocher grand-chose avant de le libérer.  On comprend que ses deux fils resteront marqués par cette mésaventure, qui n’empêchera pourtant pas Jean-Marie d’entrer à Saint-Cyr ni Pierre à l’Ecole navale, tout en restant l’un et l’autre très réservés sur la personne et la politique du général De Gaulle.</p>
<p style="text-align: justify;">Après un stage à Pont-Réan, voici le cadet embarqué sur le <em>Somali</em>, comme simple matelot, ainsi que le voulait l’usage de l’époque. Puis c’est le retour à Brest et le galon d’enseigne qui marque l’entrée dans la carrière de Pierre. Il embarque sur le <em>Commandant de Pimodan</em>, qui fait partie de la flottille des avisos et dragueurs d’Indochine.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce premier séjour en Extrême-Orient va le marquer à jamais et il y contracte ce que certains appellent le «Mal jaune», passion inguérissable pour un pays exotique et son peuple. C’est au Cambodge qu’il va connaître son baptême du feu. Il découvre la véritable guerre civile qui oppose les milices catholiques et les partisans viêtminhs.  Cet aspect révolutionnaire le frappe profondément.</p>
<p style="text-align: justify;">Après avoir servi à Lorient dans les sousmarins, Pierre Guillaume part en mission aux Etats-Unis et affronte une terrible tempête en ramenant les deux bâtiments qu’il était allé y chercher. Le voici de nouveau en Indochine où il sert dans une Dinassaut, à bord de ces bâtiments légers qui ne cessent de briquer les fleuves pour mener la vie dure aux ennemis tapis sur les rivages hostiles.</p>
<p style="text-align: justify;">De cette époque datent les fameuses photos où l’on voit le jeune officier de marine installé confortablement dans un fauteuil de mandarin boulonné sur le toit du LCVP qui lui sert de vaisseau-amiral. Il est en train de gagner une réputation d’original qui le suivra durant toute une carrière se déroulant dans les coins parfois les plus pourris du Vietnam du Nord comme du Vietnam du Sud.</p>
<p style="text-align: justify;">Promu lieutenant de vaisseau, il ne se berce pas d’illusions et sait que cette guerre à l’autre bout du monde ne peut que mal finir. Une de ses missions n’est-elle pas d’embarquer en catastrophe les populations civiles essayant d’échapper à l’étau des forces rouges en pleine offensive?</p>
<p style="text-align: justify;">Le drame des «boat-people» marque la fin d’un monde. Comme beaucoup d’autres militaires français, il se jure de ne plus jamais laisser massacrer ceux qui avaient fait confiance aux promesses de la France. Quand vient le moment de regagner le vieux monde, Pierre Guillaume décide de s’embarquer non pas à bord d’une jonque, comme le prétendra la légende, mais de mettre son sac à bord d’un ketch à bouchains vifs de huit mètres de long, le <em>Manohara</em>, sur lequel aucun de ses camarades n’a voulu le suivre. Commence alors une assez prodigieuse épopée à travers l’océan Indien, où Pierre Guillaume se montre digne des grands navigateurs solitaires, réalisant un de ses rêves les plus fous: Singapour, le détroit de la Sonde entre Sumatra et Java, les îles Chagos au grand sud des Maldives, les Seychelles… Et c’est l’arrivée acrobatique sur la côte de Somalie où il ne sait plus très bien s’il est naufragé bien accueilli ou prisonnier de quelques indigènes belliqueux.</p>
<p style="text-align: justify;">Le bateau n’y survivra pas mais Pierre arrivera à Orly à la fin de l’année 1956. Il apprend alors que son frère Jean-Marie est tombé à la tête d’un commando de parachutistes coloniaux.</p>
<p style="text-align: justify;">L’officier de marine décide alors de demander sa mutation pour l’armée de Terre afin de remplacer son aîné à la tête de l’unité qui porte son nom. Il va ainsi vivre une expérience dangereuse et efficace qui annonce celle des commandos de chasse qui ne vont pas tarder à être implantés dans toute l’Algérie. Il s’agit de s’infiltrer en territoire hostile à la faveur de la nuit, d’observer pendant des journées entières de «chouf» et de renseigner par radio le commandement afin que soient portés quelques coups décisifs contre un adversaire qui découvre des combattants capables de mener la même guerre que lui faisant des ténèbres et de la ruse ses alliés.</p>
<p style="text-align: justify;">Pourtant «La Royale» le réclame. Il sera affecté à l’état-major d’un… aviateur, le général en chef Challe qui sera fort impressionné par les méthodes des commandos et dont il fera à travers toute l’Algérie une véritable institution. Quand arrive le «putsch des généraux» d’avril 1961, le lieutenant de vaisseau Guillaume se rallie d’enthousiasme à ce sursaut et tentera en vain de «faire basculer» les autorités maritimes de Mers el Kébir dans le camp des révoltés.</p>
<p style="text-align: justify;">Son attitude impressionnera tellement les juges du petit tribunal militaire qu’il ne sera condamné qu’à quatre ans de prison avec sursis. Le voici chassé de l’armée, privé de son grade et de sa Légion d’Honneur, mais libre.</p>
<p style="text-align: justify;">Il en profitera pour tenter de rallier d’autres marins à l’OAS et jouera un rôle important au sein de l’armée secrète, dont il devient vite un acteur capital, après avoir clandestinement regagné l’Algérie. Il ne peut que se faire capturer un jour ou l’autre. Ce sera le 24 mars 1962 en Oranie.</p>
<p style="text-align: justify;">Jugé pour la seconde fois, il aura, avant d’affronter le tribunal, une seule réaction que nous rapporte avec beaucoup d’exactitude Georges Fleury: <em>«J’ai fait tout ce que j’ai pu afin de tenir ma parole. Je suis seulement désolé que ça n’ait pas marché. Si c’était à refaire, je ne changerai rien. J’ai perdu… Ils vont sans doute me fusiller… C’est normal».</em></p>
<p style="text-align: justify;">Il échappera au poteau, vivra longtemps dans le port de Saint-Malo à bord de son voilier <em>L’Agathe </em>avant d’être rattrapé par la mort en 2002.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">(<em>National-Hebdo </em>n. 1133 – 6-12 avril 2006).</p>
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		<title>Louis Boussenard, un écrivain-aventurier dans le meilleur sillage de Jules Verne</title>
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		<pubDate>Wed, 25 May 2011 13:23:45 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[D’une génération suivant celle de Jules Verne, Louis Boussenard semble en avoir parfaitement assimilé toutes les recettes. Comme son grand aîné, il réussit à nous faire partager la passion des «voyages extraordinaires» sans pourtant jamais arriver au même succès.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/louis-boussenard.html' addthis:title='Louis Boussenard, un écrivain-aventurier dans le meilleur sillage de Jules Verne '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-full wp-image-7582" style="margin: 10px;" title="boussenard" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/boussenard.jpg" alt="" width="353" height="370" />D’une génération suivant celle de Jules Verne, Louis Boussenard semble en avoir parfaitement assimilé toutes les recettes. Comme son grand aîné, il réussit à nous faire partager la passion des «voyages extraordinaires» sans pourtant jamais arriver au même succès. S’il est un nom qui apparaît souvent dans la <a title="littérature" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/letteratura/">littérature</a> populaire à partir des débuts de la IIIe République, c’est bien celui de Louis Boussenard, qui ne cache guère son ambition de s’imposer dans le sillage de Jules Verne et connaîtra indéniablement<br />
la faveur d’un vaste public.</p>
<p style="text-align: justify;">Sa méthode de publication est simple: feuilletons dans le célèbre <em>Journal des</em><em> Voyages </em>puis parution en volume, sous cartonnage d’éditeur, notamment par les soins de Flammarion, puis de Tallandier. Il écrira ainsi une quarantaine de romans qui le classent d’emblée parmi les meilleurs auteurs du genre. Son biographe, Thierry Chevrier, en lui consacrant plusieurs articles dans l’indispensable <em>Rocambole</em>, le célèbre bulletin des amis du roman populaire, a grandement contribué à faire revivre une oeuvre à laquelle son illustrissime aîné risquait sans doute de porter ombrage par la magie d’un récent tapage médiatique quelque peu démesuré. Du moins, Boussenard en aura-t-il profité par ricochet.</p>
<p style="text-align: justify;">Rien que ses origines familiales sont pour le moins pittoresques: le futur écrivain populaire naît à Escrennes dans le Loiret, le 4 octobre 1847. Sa mère est une jolie lingère d’une vingtaine d’années, du nom d’Héloïse Lance, qui aura pour ami le régisseur de la propriété où elle travaille, Louis-Antoine Boussenard, de plus d’un quart de siècle son aîné. On dit que ce séducteur est lui-même le fils d’un moine défroqué! Le jeune Louis, après de bonnes études à Pithiviers, se dirige vers la Faculté de médecine de Paris, mais la guerre éclate et il rejoint les armées. Durant le siège de la capitale, il servira comme aidemajor. Au début du mois de décembre 1870, il sera même blessé durant la bataille de Champigny.</p>
<p style="text-align: justify;">Finalement, la littérature et les voyages l’attirent plus que la médecine. On le retrouve, dit-on, aux antipodes pendant<br />
plusieurs mois au début de l’année 1876. De ce séjour lointain, il ramènera son premier roman, qui s’intitule tout simplement <em>A travers l’Australie</em> et paraîtra en feuilleton au printemps 1878. Le succès est immédiat, car l’ancien étudiant en médecine a le sens de la couleur locale (même quelque peu enjolivée) et surtout de l’action avec ce qu’il faut de violence et de suspense comme on dit aujourd’hui.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B0018HLZ1M/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B0018HLZ1M"><img class="alignleft size-full wp-image-7584" title="gamin-de-paris-en-oceanie" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/gamin-de-paris-en-oceanie.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Voici donc Boussenard entré dans la république des lettres par la grande porte. Il récidive, dès l’année suivante, avec ce qui sera son premier très grand succès – et en quelque sorte le livre emblématique de sa carrière: <a title="Gamin de Paris" href="http://www.amazon.fr/gp/product/B0018HLZ1M/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B0018HLZ1M"><em>Le Tour du Monde d’un</em><em> Gamin de Paris</em></a>. Il lui faut d’abord imaginer son héros: ce sera un garçon de 17 ans, qui répond au nom de Victor Guyon et reçoit le surnom de «Friquet». Il faut croire qu’il attire le lecteur puisqu’il y aura une dizaine de volumes de ses aventures et que le nommé «Friquet» aura même une sorte d’alter ego féminin sous le pseudonyme de «Friquette», dans les dernières années du siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Son second séjour lointain, en 1880, en Guyane, sera décisif pour sa carrière. Cette fois, il n’a pas hésité à se documenter sur le terrain, débarquant à Cayenne et explorant les rives du Maroni pour rencontrer les indigènes de la Guyane française comme de la Guyane hollandaise. Il fréquentera même des bagnards, car le pénitencier est alors en pleine expansion, et ne manquera pas de croiser la route des chercheurs d’or. De ce voyage, qui prendra par moments l’aspect d’un périple quasi initiatique, naîtront les trois volumes de son nouvel ouvrage: <em>Les Robinsons de la Guyane</em>. Il a désormais trouvé la formule qui fera sa renommée.</p>
<p style="text-align: justify;">Il lui suffit donc de multiplier voyages et aventures, en privilégiant les terres exotiques, mais sans obligatoirement se rendre sur place. La plupart de ses livres seront désormais un peu tous construits sur le même modèle, comme <em>A travers l’Océanie</em> ou <em>Aventures de trois Français</em><em> au pays des diamants</em>. Cet écrivain qui se situe sans vergogne dans le sillage de Jules Verne ne montre pas une imagination délirante dans le choix de ses titres, comme en témoignent ses romans de la fin des années 80: <em>Au pays des lions</em>, <em>Au pays des tigres</em>, <em>Au pays des bisons</em>… Il se montrera quand même plus imaginatif avec <em>Les chasseurs de caoutchouc</em> et surtout <em>Les secrets de monsieur</em><em> Synthèse </em>qui montrent qu’il aurait pu avoir quelque don pour la science-fiction et renouveler ainsi son imaginaire.</p>
<p style="text-align: justify;">On le verra notamment avec <em>Les aventures extraordinaires d’un homme bleu</em>. Comme son célèbre maître, il ne peut s’empêcher de se livrer à des considérations historiques, géographiques et surtout ethnographiques, qui sont incontestablement un des charmes de son oeuvre, même si elles contribuent à la dater quelque peu. Il n’empêche que nous avons bien du plaisir à le suivre à travers le monde, de l’empire des Indes aux Etats-Unis, en passant par l’Afrique du Sud, les pays balkaniques, Bornéo et, bien entendu, le pôle Nord, qui n’a jamais été tant à la mode.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B003X39EIU/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B003X39EIU" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-7585" style="margin: 10px;" title="tambour-battant" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/tambour-battant.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>C’est en 1899 que cet écrivain d’aventures décide de terminer le siècle en beauté avec un de ses récits les plus ambitieux et les plus célèbres: <em>L’enfer de glace</em>. Il s’agit d’une de ses courses pour la conquête de l’Arctique, dernier espace aussi mystérieux qu’inexploré. Paru en 1892, ce récit volontairement très héroïque, reflète assez bien les préoccupation de l’époque, à commencer par un patriotisme pour le moins exacerbé. Quatre personnages sont alors en compétition: l’Anglais Sir Arthur Leslie, le Russe Sériakoff, le Français d’Ambrieux et l’Allemand Pregel. C’est entre ces deux derniers que la complétion sera la plus rude, car une question emblématique les sépare: l’Alsace-Lorraine! Aucun des explorateurs n’est décidé à faire de cadeau à ses concurrents et le duel tourne au drame quand les uns possèdent encore un navire sans provisions tandis que les autres n’ont plus que des vivres sans bâtiment pour les transporter dans les solitudes polaires. La remontée le long des côtes du Groënland sera pour tous ces explorateurs un long calvaire, qui se terminera sur une banquise dérivant jusqu’au cap Tchéliouskine en Sibérie. Deviner qui sera le vainqueur n’est pas une grande surprise.</p>
<p style="text-align: justify;">Louis Boussenard se montre aussi passionné par le roman historique, comme en témoignent <em>Le capitaine casse-Cou</em>,<em> Le zouave de Malakoff</em>, <em>Marko le Brigand</em> ou ses livres consacrés aux divers conflits qui ensanglantent la vieille Europe de son temps. Mais il n’est pas homme à ne s’intéresser qu’au passé et comme beaucoup de ses contemporains il croit avec une sorte de fanatisme à l’aviation naissante, y consacrant un livre qui n’aura pas moins de deux titres successifs: <em>Les gratteurs du ciel</em> ou <em>Les aventuriers de l’air</em>. Son dernier ouvrage paraîtra à titre posthume en 1912: <em>Friquet, Totor et</em><em> Compagnie </em>(Totor étant le fils de Friquet) car Louis Boussenard est mort le 11 septembre 1910 à Orléans.</p>
<p style="text-align: justify;">(<em>National-Hebdo </em>n. 1132 – 27 mars 2006).</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/louis-boussenard.html' addthis:title='Louis Boussenard, un écrivain-aventurier dans le meilleur sillage de Jules Verne ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Christian de la Mazière</title>
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		<pubDate>Sat, 30 Apr 2011 12:48:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lettre tardive à Christian de la Mazière, "rêveur défunt", par son ami Jean Mabire. ]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/christian-de-la-maziere.html' addthis:title='Christian de la Mazière '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/centrostudilaruna48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Centro Studi La Runa online" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-7388" style="margin: 10px;" title="christiandelamaziere" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/christiandelamaziere-175x300.jpg" alt="" width="175" height="300" />Ce sont des mots que tu connais bien, puisque tu les as naguère salués et jurés, les deux doigts unis sur le bord du casque d’acier. Et comme disait l’autre: le plus difficile, ce n’est pas la bravoure qui ne dure que quelques instants fulgurants, mais la fidélité, qui, elle, se prolonge même au-delà de la mort, où nous restons unis à jamais, «compagnons de jeunesse, témoins des temps meilleurs», comme le disait en une admirable traduction Jacques Benoist-Méchin.</p>
<p style="text-align: justify;">Notre dernière rencontre aura été singulière. Au moment où j’apprenais ta disparition et m’apprêtais à rédiger la chronique d’usage, on venait frapper à ma porte: c’étaient des hommes en uniforme – deux hommes et une femme, en l’occurrence le métier a ses charmes. Ils appartenaient au corps des sapeurspompiers municipaux et venaient m’arracher à mon écritoire fraternelle pour m’emmener à l’hôpital de Saint-Malo, où j’avais, paraît-il, un rendez-vous urgent qui ressemblait fort au tien.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu connais le cirque: girophares, sirènes deux tons, brancard, piqûres, oxygène (bas les masques!), morphine. Je croyais qu’on venait me chercher pour te rejoindre. Mais tu étais parti sans m’attendre. Impatient comme toujours, de ton long pas de guerrier essoufflé. On s’est pas manqué de beaucoup. Dommage. Il y a des voyages que j’aurais aimé effectuer en ta compagnie.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu m’avais tant fait rêver avec tes vagabondages poméraniens. Au fait, pour ceux qui ne le savent pas, je n’étais pas là-bas, avec toi, là-haut, dans les neiges de février. J’ai seulement essayé de revivre en historien très amateur et fort romantique cette fabuleuse aventure que tu avais connue en des temps où n’étaient pas si nombreux ceux qui mettaient leur peau au bout de leurs idées, selon la formule.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="://www.amazon.fr/gp/product/B0000DOHM7/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B0000DOHM7"><img class="alignleft size-full wp-image-7390" title="le-reveur-casqué" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/le-reveur-casqué1.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Quelques années de différence, quelques mois même, peuvent vous exclure à jamais d’une grande expérience d’un siècle où l’on a manqué, souvent par les caprices du dieu hasard, ce qui marque le bout de la route ou les premiers pas dans le temps des souvenirs.</p>
<p style="text-align: justify;">Donc, tu étais pour moi, ce qu’on nommait un survivant et ce qu’il a bien fallu, peu à peu, appeler un «ancien». Nous nous étions même croisés sans nous voir alors chez notre ami Philippe Héduy, à Verderonne ou Hardancourt, si ce n’est un soir dans le salon de Gréco où m’avait entraîné Roger Nimier pour m’y parler de Drieu La Rochelle dans l’embrasure d’une fenêtre aux lourds rideaux sombres (ou plutôt cramoisis comme auraient dit Barbey et Astruc). Je ne t’avais pas interrogé dans ma longue course fiévreuse qui m’emmenait alors, de témoin en témoin, dans tous les repaires de l’Hexagone. Nous publiions pourtant chez le même éditeur, Robert Laffont, moi en 1968, <em>Les Hors-La- Loi</em>, et toi en 1972, <a title="Le reveur casqué" href="://www.amazon.fr/gp/product/B0000DOHM7/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=19458&amp;creativeASIN=B0000DOHM7"><em>Le rêveur casqué</em></a>. J’ai seulement été, alors, un de tes premiers lecteurs.</p>
<p style="text-align: justify;">Tu étais pour moi un personnage quelque peu mystérieux avec ce goût surprenant des lunettes aux verres teintés en plein hiver et des vestes de cuir en plein été. Et puis il y avait tes cigares, du style Rockfeller plus que Krukenberg sans nul doute. Avec le temps, ton personnage de <em>play-boy</em> allait céder la place à une tout autre silhouette: celle d’un garçon encore jeune qui sacrifiait toute sa carrière médiatique pour rappeler dans une longue interview du Chagrin et de la Pitié, ce qu’avait été sa manière de vivre dangereusement.</p>
<p style="text-align: justify;">On a eu tort sans doute de vouloir faire de ton livre un bouquin de guerre, alors qu’il était, très exactement, ce que les jeunes écrivains allemands de l’époque romantique appelaient un «roman de formation», à savoir la découverte par un<br />
adolescent de la vie et surtout de la mort. Et on a eu encore davantage tort d’y voir une sorte de plaidoyer pour quelque idéal politique. La raison pour laquellle tu as rejoint au mois d’août 1944 la Waffen SS y apparaît noir sur blanc. Tu étais alors journaliste et tu racontes la visite d’un jeune ouvrier dans ta salle de rédaction. «C’est en lisant vos articles» t’avait-il dit «que j’ai compris où était le chemin d’un avenir plus propre».</p>
<p style="text-align: justify;">Et tu concluais, avec une implacable logique à la Saint-Just (ou à la Charlotte Corday): «Après avoir suivi mes convictions, il les avait devancées. J’étais lié à son choix. Si je ne voulais pas, un jour, vivre dans la crainte et la honte, je devais rejoindre son exemple. Et je sentis soudain qu’en moi, tout était joué». Quand tu es arrivé au camp de Wildflecken, tu découvres ce que tu nommes si bien «l’exigence visà-vis de soi-même». Et le geste même du salut, devient au sens crucial du terme, la manière d’accéder à un ordre où rien n’était facile, mais où tout était plus pur».</p>
<p style="text-align: justify;">Il fallait que ces choses soient dites. Tu les as dites. Et écrites. Et répétées. Pourtant, jamais, chez toi, de cette caricature puérile de la fidélité méprisante, mâchoire serrée, les yeux sombres fixés sur la ligne bleue de la Baltique. «C’était un rêve immense. J’en sais, aujourd’hui, les illusions et je mesure notre naïveté. Avec le recul des années, toutefois, je vois combien il pouvait séduire un jeune garçon en mal de révolution. Et ce qui était extraordinaire, c’est que ce renouveau surgissait en plein désastre, comme si celui-ci avait réveillé les forces vives».</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui est extraordinaire, dans ton aventure, c’est de ne t’être jamais réclamé de grandes visions héroïques mais de la simple fidélité à une voie choisie une fois pour toutes, même si tant de routes diverses vous y avaient conduits. Le grand problème, ensuite, était de savoir si tu resterais l’homme d’un seul livre ou s’il était possible de rêver d’une suite au <em>Rêveur</em>. Il a fallu attendre 2003. Trente ans après! Même Alexandre Dumas ne nous avait pas laissé patienter si longtemps.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.it/gp/product/2877064689/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=cestlaru-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=3370&amp;creative=24114&amp;creativeASIN=2877064689" target="_blank"><img class="size-full wp-image-7386 alignright" style="margin: 10px;" title="le-reveur-blesse" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/le-reveur-blesse.jpg" alt="" width="240" height="240" /></a>Quand Bernard de Fallois publia enfin <a title="Le reveur blésse" href="http://www.amazon.it/gp/product/2877064689/ref=as_li_ss_tl?ie=UTF8&amp;tag=cestlaru-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=3370&amp;creative=24114&amp;creativeASIN=2877064689"><em>Le Rêveur blessé</em></a>, j’y consacrai dans cet hebdomadaire un article qui me valut un de ces coups de téléphone qui vous paye de toutes les affres du métier de critique. Je t’avais touché au coeur. Tu fus si enthousiasmé que je voudrais bien aujourd’hui en sauver quelques lignes: «Christian est toujours resté ce qu’on aime: «un type bien», même si ses activités professionnelles et ses liaisons surprenantes pouvaient parfois étonner ceux qui le découvraient tête nue, après avoir jeté son casque d’acier au hasard d’un fossé poméranien. Comme il avait du talent, de la ténacité, de l’entregent, il devait devenir un des meilleurs attachés de presse du monde du cinéma, côtoyant producteurs et vedettes. C’était possible au début des années cinquante; ce ne le serait plus aujourd’hui où se confondent souvent, comme un même double devoir, la mémoire et la haine. Ce livre de souvenirs par un très émouvant retour en arrière nous en apprend beaucoup sur son père et sur sa mère — sa brisure —, sur ses enfances varsovienne et saumuroise. Il y a des pages admirables sur le destin d’un enfant pris entre deux êtres et deux horizons, ce qui pourrait expliquer tout… Sur la fin de sa carrière, il revint au journalisme mais à l’envers, si l’on peut dire, passant du gigantesque <em>Figaro Magazine </em>à la minuscule <em>Révolution européenne</em>, avec la joie sans prix de celui qui croit retrouver sa jeunesse. D’ailleurs, il n’a jamais quitté cet âge».</p>
<p style="text-align: justify;">Salut à toi, Bel-Ami de tous les combats.</p>
<p style="text-align: justify;">A bientôt.</p>
<p style="text-align: justify;">Ne marche pas trop vite.</p>
<p style="text-align: justify;">Attends-moi.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>* * *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(<em>National-Hebdo</em> n. 1130 &#8211; 16/22 mars 2006).</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/christian-de-la-maziere.html' addthis:title='Christian de la Mazière ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>De quelques écrivains-guerriers</title>
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		<pubDate>Mon, 12 Jul 2010 14:45:21 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Préface au livre 'Ils ont fait la guerre' de Philippe Randa, par Jean Mabire.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/de-quelques-ecrivains-guerriers.html' addthis:title='De quelques écrivains-guerriers '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;">Ils sont ici un peu moins d’une vingtaine – deux groupes de combat avec leur équipe de voltige et leur pièce d’appui – qui seraient parfois surpris de se trouver ensemble. Les conflits qu’ils ont vécus se suivent et ne se ressemblent pas, tout au long de ce bref quart de siècle où la France a réussi à perdre trois guerres et à n’en gagner qu’une seule, dans le sillage d’alliés qui ont fait le plus gros de la besogne. Mais ces hommes, quels sont-ils? Des écrivains ou des guerriers? Les deux, tour à tour et parfois en même temps.</p>
<p style="text-align: justify;">Remarquons d’abord qu’il y a peu de professionnels. Les guerres modernes ont été tragiquement vécues par ceux dont ce n’était pas le métier. Aussi ne se trouve-t-il qu’un seul saint-cyrien dans cette cohorte: Pierre Sergent. Et encore il intégra Coët en 1944, après avoir été volontaire dans un maquis.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2733908790?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2733908790" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-5385" style="margin: 10px;" title="par-40-devant-moscou" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/par-40-devant-moscou.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Et Marcel Bigeard? Mais c’est le type même de l’officier sorti du rang, qui commence sa carrière avec les godillots de 2e classe et la termine avec les étoiles de général. Sans la captivité et surtout sans la Résistance, il serait resté petit employé de banque, peut-être directeur d’une succursale dans une sous-préfecture des marches de l’Est. Bigeard n’en reste pas moins l’exemple même de ceux que les événements ont révélé à lui-même: ce n’est pas un militaire, c’est un soldat. Ce n’est pas un mince compliment. Il ne deviendra écrivain que sur le tard, à l’âge de la retraite (mot qu’il n’aime pas) et des <em>Mémoires</em>. Il y nourrit ses nostalgies guerrières de quelques jugements parlementaires menés, selon son habitude, tambour battant.</p>
<p style="text-align: justify;">Son âge lui a permis de participer à toutes les guerres: 39-40, la résistance, 44-45, l’Indo, l’Algérie, sans compter quelques aventures qui ne sont plus qualifiées aujourd’hui «coloniales», mais seulement «extérieures». De tous les guerriers de ce recueil, il reste le plus incontournable et de tous les écrivains, le moins nécessaire. Mais quel personnage!</p>
<p style="text-align: justify;">Ce n’est pas sur une réputation militaire que s’est établie la renommée de Guy des Cars. Cet aristocrate devenu un des champions du roman populaire à gros tirage a pourtant fait, à trente ans, une entrée fracassante dans la république des Lettres, en 1941, avec un superbe récit, <em>L’Officier sans nom</em>, dans lequel il racontait avec un accent de vérité indéniable ce que fut sa guerre de 39-40.</p>
<p style="text-align: justify;">On a trop oublié que l’armée française devait laisser sur le terrain cent vingt mille tués. Le fameux devoir de mémoire plaçait alors le sacrifice de ces garçons en priorité absolue dans le souvenir de leurs compatriotes. S’ils ne sont pas aujourd’hui totalement oubliés, c’est entre autres à Guy des Cars qu’on le doit.</p>
<p style="text-align: justify;">Après cette brève et désastreuse expérience militaire, il devait remiser à jamais son uniforme dans la naphtaline d’une vieille cantine et on ne le verra plus sur un champ de bataille. Mais il représente fort bien l’itinéraire des meilleurs de sa génération. Quant à sa trajectoire d’écrivain, elle est plus honorable que ne veulent l’avouer ces critiques envieux qui l’avaient surnommé «Guy des Gares».</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/273390969X?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=273390969X" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-5386" style="margin: 10px;" title="les-paras-de-lenfer-blanc" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/les-paras-de-lenfer-blanc.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>À la même génération appartient Marc Augier. Si sa campagne de 39-40 ne fut guère mémorable, il devait se rattraper par la suite. Militant socialiste et pacifiste du temps du Front populaire, il avait commencé une originale carrière de journaliste, de motard et de campeur, publiant un assez beau récit sur un <em>Solstice en Laponie</em>. Après avoir partagé les espoirs et les rêves de ses camarades des Auberges de la jeunesse, <em>Les Copains de la belle étoile</em>, on le retrouve animateur d’un mouvement d’adolescents au temps de ce qu’on nommait l’Europe nouvelle. Il n’était pas homme à inciter ses garçons à aller se battre en Russie sans s’y rendre lui-même, sous-officier de la LVF et correspondant de guerre. Il en ramènera un court récit, <em>Les Partisans</em>, et une réputation de maudit qui lui collera à jamais à la peau. Pourchassé et exilé en Amérique du Sud, le réprouvé Augier deviendra le romancier Saint-Loup. Sans une indiscrétion sur son passé, il aurait sans doute obtenu le prix Goncourt en 1952. Il fera mieux et réussira à gagner un public vite fanatique d’une œuvre qui doit beaucoup à ses expériences vécues dangereusement.</p>
<p style="text-align: justify;">De la demi-douzaine de garçons qui ont choisi la Résistance et se retrouvent ici, on peut d’abord dire qu’ils étaient jeunes, très jeunes même quand ils ont choisi leur camp, au risque de leur peau. Ils n’avaient rien écrit, sauf quelques dissertations scolaires quand ils se sont lancés dans la bagarre.</p>
<p style="text-align: justify;">Alain Griotteray fut du premier rendez-vous, celui qui lança quelques étudiants devant l’Arc-de-Triomphe par un glacial 11 novembre d’occupation. Cette manifestation trop oubliée fut le prélude d’un mouvement de défi qui porta les plus intrépides vers les maquis.</p>
<p style="text-align: justify;">Pierre de Villemarest choisit pour sa part ce massif montagneux, véritable forteresse naturelle qui devait devenir le plus célèbre haut lieu des combattants de la nuit et du brouillard: le Vercors.</p>
<p style="text-align: justify;">Pierre Sergent se retrouve en Sologne, soldat sans uniforme, en un temps où les volontaires ne se bousculaient pas, car les occupants tenaient solidement le pays. Il choisit ainsi d’entrer dans la carrière des armes par la porte la plus étroite et la plus rude.</p>
<p style="text-align: justify;">Le maquis de Roger Holeindre, ce fut le pavé de Paris où il joua au Gavroche sur les barricades, s’emparant de haute lutte d’une mitrailleuse ennemie et gagnant à jamais le droit d’ouvrir sa gueule quand poussèrent comme champignons les fameux «résistants de septembre», une fois l’orage de feu apaisé.</p>
<p style="text-align: justify;">André Figueras réussit à fuir le pays occupé et à rejoindre l’armée régulière, ce qui lui valut de revenir au pays pistolet-mitrailleur au poing et coiffé du béret noir des commandos.</p>
<p style="text-align: justify;">Sergent, comme les quatre autres, a vécu assez pour se faire traiter de «fasciste» par ceux qui arborent à la boutonnière le triangle rouge des déportés politiques devenu l’insigne de «Ras l’front», plus d’un demi-siècle après la fin de la dernière guerre, tout danger écarté.</p>
<p style="text-align: justify;">Parmi les cent soixante-dix-sept Français qui débarquèrent de vive force sur les côtes normandes à l’aube du 6 juin 1944, se trouvait un garçon de 19 ans. Ce jeune Breton de Cornouailles avait déjà réussi un exploit en rejoignant l’Angleterre à bord d’un minuscule rafiot à voile. Il se nomme Gwen-Aël Bolloré et sert alors comme quartier-maître infirmier.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2733909150?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2733909150" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-5387" style="margin: 10px;" title="la-division-charlemagne" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/la-division-charlemagne.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Une belle carrière l’attend: chef d’entreprise, océanographe, éditeur, poète, romancier, mémorialiste. L’ancien du commando Kieffer sera lié avec toutes les personnalités de la république des Lettres. Mais son plus grand titre de gloire est d’avoir défié le pouvoir, en s’en prenant au général-président, dont il n’approuvait guère la politique algérienne. Il avait montré du courage et du talent. Il devait prouver alors qu’il avait aussi du caractère, chose surprenante chez un personnage aussi convivial.</p>
<p style="text-align: justify;">Ceux pour qui la résistance – la vraie – prenait fin avec la défaite du iiie Reich et le jugement de Nuremberg, n’en avaient pas fini avec le combat. En Extrême-Orient, une guerre s’allumait. Les Viets arboraient l’étoile des anciens alliés soviétiques. La croix gammée fracassée, cette étoile devenait pour eux le <a title="symbole" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/simboli">symbole</a> de l’ennemi. Pas question de se mettre à écrire tranquillement. Des volontaires partaient à l’autre bout du monde. Les meilleurs servaient dans les parachutistes, vite légendaires. On allait y retrouver nos anciens résistants: Holeindre avec le béret rouge des paras coloniaux et Sergent avec le béret vert des légionnaires paras.</p>
<p style="text-align: justify;">Bientôt les rejoint un jeune sous-lieutenant qui devait devenir, quelques années plus tard, le plus célèbre des écrivains guerriers, garçon qui fit ses universités à Diên Biên Phu. Il se nommait Erwan Bergot. Comme tous ses camarades d’aventure indochinoise, il allait être marqué par ce «mal jaune», grande nostalgie maladive du Sud lointain.</p>
<p style="text-align: justify;">Servant comme chef de section dans les rangs du bataillon Bigeard, il se révélera le meilleur parmi les meilleurs. Une promotion de l’école des élèves-officiers de réserve de l’école d’Infanterie de Montpellier portera un jour son nom. Les jeunes aspirants qui ont choisi ce patron se réclamaient à la fois du combattant et de l’écrivain, car il fut l’incarnation exemplaire de ces deux vocations exigeantes.</p>
<p style="text-align: justify;">L’année même où tombaient l’un après l’autre les pitons aux noms de femmes disséminés dans la sinistre cuvette choisie par le haut-commandement, un autre feu s’allumait en Algérie. Bigeard devait y construire sa légende tout au long de la «piste sans fin» où progressaient ses léopards, l’index crispé sur la queue de détente de leur MAT 49. Un jour, devenu général, député, ministre, il écrira des livres. Pour le moment, c’est sur le terrain qu’il se veut maître et seigneur.</p>
<p style="text-align: justify;">Cette guerre, où combattent côte à côte gens de métier et gars du contingent, va être la grande aventure de toute une nouvelle génération. Seuls les aînés comme Holeindre ou Sergent ont connu la résistance et seul Bergot – comme son chef Bigeard – a vécu l’enfer des camps viets, où la mortalité était pire qu’à Dachau ou à Tambow. Leurs camarades, futurs écrivains, mais provisoires combattants, sont des garçons dont ce n’est pas le métier de se battre, mais qui vont se débrouiller aussi bien que leurs aînés des maquis et des rizières.</p>
<p style="text-align: justify;">Rien ne distingue, sur les superbes photos prises par l’officier marinier René Bail, ancien de l’Aéronavale, les appelés et les professionnels. Ils portent la même tenue camouflée, ils ont le même visage ruisselant de sueur sous la casquette de combat.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans cette armée qui passe ses nuits et ses jours dans les djebels, rien ne sépare les gradés de leurs hommes. Ils partagent tout. Et la soif et la peur et le froid («L’Algérie est un pays froid où le soleil est chaud», disent les anciens). Ils vivent en plein vent, dans la caillasse et la boue, dans le sable et les ronciers. Finalement, ils ont le même âge ou presque et se ressemblent étrangement en cette fin des années cinquante de notre siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Les soldats d’outre-Méditerranée sont alors en train de durement gagner sur le terrain, tandis que d’autres à Paris vont jeter la crosse après le fusil, comme on jette le manche après la cognée. Cette défaite programmée fera d’eux des rebelles et même des hors-la-loi, marqués à jamais par cette expérience tragique du courage et de la peur, où ils ont vu tomber pour rien les meilleurs de leurs camarades.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut une sacrée équipe que celle de ces soldats plus ou moins perdus, dont les chemins par la suite ne vont cesser de se croiser et de se recroiser. En voici une demi-douzaine, dont l’amertume et la lucidité ne vont pas faire oublier les dures joies de la camaraderie et de l’enthousiasme. Nous les découvrons côte à côte, une dernière fois, sur cette terre d’Algérie (et de Tunisie pour l’un d’eux) qui les a tant marqués: le quartier-maître de fusiliers marins commandos Georges Fleury, le brigadier de chasseurs d’Afrique Jean Bourdier, le sergent de chasseurs à pied Dominique Venner, le lieutenant de tirailleurs Philippe Héduy, le lieutenant d’alpins <a title="Jean Mabire" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/jean-mabire/">Jean Mabire</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">À eux cinq, appelés ou rappelés, ils incarnent des vertus militaires que ne désavouèrent pas le «vieux» briscard parachutiste Roger Holeindre qui n’a guère soufflé depuis la Résistance et poursuit en Algérie les opérations de commando inaugurées en Indochine.</p>
<p style="text-align: justify;">Leurs chansons, leurs crapahuts, leurs combats impressionnent fort un garçon plus jeune qu’eux, fils et petit-fils de soldats, marqué au fer rouge par la disparition en Indochine de son père, un légionnaire d’origine russe. Ainsi, par le privilège du sang versé par les siens, Serge de Beketch figure ici à côté de ses aînés.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout comme le romancier Serge Jacquemard, très jeune témoin des atrocités de plusieurs guerre  celle d’Espagne où ses parents furent pris en otage, celle de l’Occupation et de ses rigueurs et celle du coup d’État en Indonésie qui porta Suharto au pouvoir pour plusieurs décennies. S’il ne fut pas véritablement guerrier lui-même, sa rencontre avec le Bat’ d’Af’ Maurice H. influencera une grande partie de son œuvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et puis, pour beaucoup, ce sera le retour, le retour écœurant dont parlait Pierre Mac Orlan. Viendront le complot, l’aventure, la prison, l’exil, ce qu’ils nomment parfois «la politique» et qui n’est pour eux qu’une nouvelle manière de se battre. Ils ne seront pas des journalistes ou des écrivains «comme les autres». Leurs articles ou leurs bouquins gardent toujours l’empreinte de combats vécus avant d’être rêvés. Ils sont à jamais différents du monde des civils, méprisant cette «civilisation» qui a voulu transformer les centurions en boutiquiers. Ils ne marchent pas dans la société marchande. Ils sont à jamais libérés du libéralisme. Ils savent que la vie est une lutte et que toutes les armes comme toutes les ruses y sont bonnes.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils ne croient pas plus à la droite qu’à la gauche. Ils savent que la première des consignes, dans la paix comme dans la guerre, est de garder ses distances… Ils étaient des soldats d’occasion. Ils ne sont pas vraiment sûrs d’être des écrivains de métier. Ils savent seulement qu’il n’est plus possible de tricher. Leur encre aura toujours le goût du sang.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;">Préface au livre <em>Ils ont fait la guerre</em> de Philippe Randa (en vente sur <a title="Dualpha" href="http://www.dualpha.com">www.dualpha.com</a>).</p>
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		<title>La maîtrise des mers</title>
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		<pubDate>Fri, 02 Jul 2010 14:39:12 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[L'aventure de la marine française en bois et l'histoire océanique de la France américaine sont étroitement liée à l'évolution de l'empire colonial]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/la-maitrise-des-mers.html' addthis:title='La maîtrise des mers '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/centrostudilaruna48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Centro Studi La Runa online" /><br/><p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2905970669?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2905970669" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-5332" style="margin: 10px;" title="grands-marins-normands" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/grands-marins-normands.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>L&#8217;Angleterre l&#8217;avait compris. La possession de colonies et la liaison avec l&#8217;Amérique supposent la maîtrise des mers, donc une puissante marine. Avec ses Normands, ses Bretons ou ses Basques, la France ne manquait pas de marins. Mais les marins ne font pas une marine.</p>
<p style="text-align: justify;">La traversée de l&#8217;Atlantique pour rejoindre &#8220;les Amériques&#8221; fut longtemps une grande aventure. Les histoires de la marine, en privilégiant la Royale, c&#8217;est-à-dire la flotte de guerre, restent assez lacunaires &#8211; une fois passée la période des grandes explorations &#8211; sur les bâtiments armés pour le commerce ou la pêche. Pourtant l&#8217;épopée de Terre-Neuve est demeurée très présente dans l&#8217;imaginaire des gens de nos côtes jusqu&#8217;au début de ce siècle.</p>
<p style="text-align: justify;">Pour se rendre outre-Atlantique, il fallait donc des bâtiments, des capitaines, des équipages.</p>
<p style="text-align: justify;">Une fois les grandes lignes maritimes inaugurées, un mouvement continuel de navires devait amener sur les terres du Nouveau Monde des soldats, des missionnaires, des négociants et aussi des émigrants, hommes et femmes.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;histoire océanique de la France américaine est étroitement liée à l&#8217;évolution de ce qu&#8217;on appellera un jour notre empire colonial, dont les possessions canadiennes ou acadiennes sont sans doute moins pittoresques que les multiples comptoirs antillais, avec leur arrière-plan de flibuste, de violence et de plaisirs.</p>
<p style="text-align: justify;">L&#8217;époque des grandes explorations, qui va tant marquer le XVI siècle européen, voit la France occuper une place singulière. Elle arrive après les Espagnols, certes, mais elle précède les Britanniques et les Hollandais. Sur la façade maritime du royaume, de Dieppe à Bayonne, on retrouve les héritiers de ces populations dont la naissance et l&#8217;activité sont étroitement liées au monde maritime: au nord, les Normands qui n&#8217;ont jamais coupé tout à fait les liens avec les Vikings; en proue avancée du continent, les Bretons qui se souviennent d&#8217;être arrivés outre-Manche; ensuite, au-delà de la Loire, vers le sud, les Poitevins, qui furent à la fois gens de terre et gens de mer, navigateurs et colonisateurs; enfin les Basques qui, même dans leurs expéditions lointaines, gardent quelque chose de mystérieux toujours lié à leur énigmatique identité.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais il n&#8217;est pas de tradition navale sans construction navale. Une flotte, ce n&#8217;est pas seulement le désir de l&#8217;aventure, appel irrésistible vers quelque inconnu situé au-delà de l&#8217;horizon. C&#8217;est aussi et c&#8217;est d&#8217;abord un chantier naval.</p>
<p style="text-align: justify;">La technique prime et impose sa loi. Les historiens expliquent avant tout l&#8217;épopée viking par ces longs serpents à proue et poupe identiques et dont les bordés sont assemblés &#8220;à clin&#8221;. Ce sera une révolution du même genre &#8211; en sens exactement contraire &#8211; qui va imposer, dès la fin du XV, siècle, le bordage &#8220;à carvel&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2704807035?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2704807035" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-5333" style="margin: 10px;" title="histoire-de-la-normandie" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/histoire-de-la-normandie.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Quant au nombre de mâts, il passe d&#8217;un seul à deux et même, plus souvent, à trois. Un &#8220;château&#8221; à l&#8217;avant, un autre à l&#8217;arrière. Entre les deux, s&#8217;étagent les ponts où l&#8217;on trouve parfois des canons. La voilure se complique. On commence à jouer habilement d&#8217;une garde-robe fournie où voiles triangulaires et voiles carrées s&#8217;harmonisent pour régler l&#8217;allure de navires auxquels on demande, autant que possible, de remonter au vent, même si cela tient encore de l&#8217;acrobatie.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces navires du XVIe siècle, à l&#8217;heure des grandes navigations transocéaniques sont encore de petite taille. Armés pour la guerre, le commerce ou la pêche, ils ne dépassent guère une centaine de tonneaux. Peu à peu, ce tonnage va monter en puissance. On verra même au Havre-de-Grâce, fondé par François Ier à l&#8217;embouchure de la Seine, des vaisseaux de mille tonneaux et même davantage.</p>
<p style="text-align: justify;">En remontant la Seine, on arrive à Rouen et on découvre, sur les berges du grand fleuve, un des plus singuliers hauts-lieux de la technique marine: le &#8220;Clos des galées&#8221; , chantier de construction à l&#8217;inlassable activité. Il s&#8217;agit de construire les bâtiments qui partiront des ports voisins de Fécamp ou de Honfleur pour tenter l&#8217;aventure au Nouveau Monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Quelques hectares de bois pour construire un navire</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les Bretons, bien entendu, ne sont pas en reste sur les Normands. Mais ils construisent et utilisent des bâtiments d&#8217;une taille généralement inférieure à ceux de leurs voisins d&#8217;outre-Couesnon. Ces navires y gagnent en maniabilité et un plus faible tirant d&#8217;eau va leur permettre de remonter profondément les fleuves américains sans crainte d&#8217;échouage. Après viendra l&#8217;emploi des canots, sur le modèle des légères embarcations indigènes.</p>
<p style="text-align: justify;">Un chantier ce n&#8217;est pas seulement des scieries qui débitent les troncs abattus dans la région ou venus des pays du Nord, ce sont aussi des voileries, des corderies, des entrepôts, des magasins. A Rouen, le fameux Clos occupe toute une partie des berges de la Seine. En Bretagne, les chantiers se dispersent, au hasard des abers, en de petites entreprises vivantes et familiales où la tradition s&#8217;accompagne de ces multiples initiatives auxquelles se reconnaît la main du maître charpentier.</p>
<p style="text-align: justify;">Tout cela coûte cher. D&#8217;où l&#8217;importance des armateurs qui constituent de véritables dynasties et qu&#8217;on verra, les poches pleines, s&#8217;intéresser à la course&#8230; comme au commerce du &#8220;bois d&#8217;ébène&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Les écoles d&#8217;hydrographie, à commencer par celle de Dieppe, où enseigne le fameux abbé astronome Descellers, forment les pilotes à la navigation hauturière. La science de la navigation ne fait que s&#8217;affiner et arrive en renfort d&#8217;un sens marin que rien ne saurait remplacer. Du grand explorateur au moindre patron de pêche qui ose affronter l&#8217;océan, la qualité des maîtres des navires s&#8217;affirme.</p>
<p style="text-align: justify;">Encore faut-il des équipages pour mener leurs bâtiments. Le recrutement obéit à certaines règles, souvent empiriques. Ainsi l&#8217;historien Philippe Bonnichon précise: &#8220;Un homme par tonneau, c&#8217;est un ordre de grandeur, variable du simple à la moitié et loin d&#8217;être une règle fixe. Mousses et novices embarquent jeunes, souvent avec des parents, pour se former, devenir mariniers et servir jusqu&#8217;à la cinquantaine. Communautés de famille et de paroisse se retrouvent à bord et, de retour, travaillent la terre après avoir bourlingué. Les salaires sont peu élevés, proportionnels à la compétence technique&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Malgré les expéditions des Normands, des Bretons, des Poitevins ou des Basques, le royaume de France n&#8217;en reste pas moins une puissance terrienne, peu tournée vers la mer, malgré l&#8217;extraordinaire variété de ses côtes. C&#8217;est un handicap qui ne va guère cesser tout au long de son histoire.</p>
<p style="text-align: justify;">La liaison avec l&#8217;Amérique suppose ce qu&#8217;on nommera un jour &#8220;la maîtrise des mers&#8221;. Faute d&#8217;être soutenues par une imposante flotte de guerre, bien des aventures coloniales sont vouées au dépérissement et à l&#8217;échec.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div class="mceTemp">
<dl id="attachment_5330" class="wp-caption  alignleft" style="width: 410px;">
<dt class="wp-caption-dt"><img class="size-full wp-image-5330 " title="construction" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/construction.jpg" alt="Construction d'un navire pour la navigation en haute mer au XVIe  siècle" width="400" height="253" /></dt>
<dd class="wp-caption-dd">Construction    d&#8217;un navire pour la navigation en haute mer au XVIe siècle</dd>
</dl>
</div>
<p style="text-align: justify;">Finalement, les périodes favorables aux entreprises maritimes d&#8217;envergure sont rares. On cite la première moitié du XVIe siècle, la première moitié du règne de Louis XIV, la fin du règne de Louis XV et le règne de Louis XVI.</p>
<p style="text-align: justify;">Faute de soutien de l&#8217;État, les entreprises lointaines sont souvent individuelles ou pour le moins privées. D&#8217;où le rôle des fameuses &#8220;compagnies&#8221;. Mais que peut le commerce seul sans le renfort de la Royale et de ses canons?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce royaume qui tourne le dos à la mer et a toujours considéré comme &#8220;étrangers&#8221; les peuples maritimes qu&#8217;il devait subjuguer, à commencer par les Normands et les Bretons, eut la chance de posséder quelques grands hommes d&#8217;État qui comprirent que les rivages du nord-ouest de l&#8217;Hexagone n&#8217;étaient pas des limites mais au contraire des aires d&#8217;envol d&#8217;où allaient partir caravelles et vaisseaux. Trois grands noms: Richelieu, Colbert et Choiseul.</p>
<p style="text-align: justify;">Au lendemain des guerres de <a title="religion" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/temi/religione">religion</a>, une patrie réconciliée pouvait renaître outre-mer. Sur la terre d&#8217;Amérique, la Nouvelle-France devenait plus vaste et plus jeune que celle du Vieux Monde. Ainsi vit-on les étendards fleur de lysés battre au Canada et en Acadie, aux Antilles ou en Guyane.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Techniciens dieppois, malouins et olonnais</em></p>
<p style="text-align: justify;">Les grands ministres qui furent, de leur bureau continental, de véritables &#8220;seigneurs de la mer&#8221; n&#8217;hésitèrent pas à s&#8217;inspirer des expériences septentrionales en matière de construction navale. Des ingénieurs et des ouvriers furent même recrutés en Hollande et au Danemark, en Courlande ou en Suède.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces remarquables techniciens, aidés par le vieux savoir-faire des Dieppois, des Malouins ou des Olonnais amenèrent le bâtiment de ligne à une quasi-perfection technique. On n&#8217;avait pas vu une telle science nautique depuis les &#8220;esnèques&#8221; scandinaves du Haut <a title="Moyen Age" href="http://www.centrostudilaruna.it/sezioni/storia/medioevo">Moyen Age</a>!</p>
<p style="text-align: justify;">Claude Farrère, qui fut aussi bon historien de la mer qu&#8217;il fut bon romancier, a laissé une belle description de la construction d&#8217;un vaisseau aux temps les plus splendides de la marine à voile.</p>
<blockquote>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2869595514?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2869595514" target="_blank"><img class="size-full wp-image-5331 alignright" style="margin: 10px;" title="thomas-agnelet" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/thomas-agnelet.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>&#8220;Un vaisseau, au temps de Louis XIV, est d&#8217;ores et déjà l&#8217;un des chefs-d&#8217;œuvre de l&#8217;industrie humaine. Voyons un peu ce qu&#8217;est un vaisseau. Cela peut mesurer quelque soixante ou soixante-dix mètres de long, sur quinze ou vingt mètres de large. Cela déplace de mille à cinq mille tonneaux. La coque comporte une quille, laquelle joint l&#8217;étrave à l&#8217;étambot, c&#8217;est-à-dire la proue à la poupe, -puis des couples, c&#8217;est-à-dire de robustes côtes taillées en plein cœur de chêne, et courbées comme il faut; ces couples prennent appui de part et d&#8217;autre sur cette façon d&#8217;épine dorsale qu&#8217;est la quille, et montent du plus profond de la bâtisse jusqu&#8217;au plus haut, jusqu&#8217;au tillac, dit aussi pont des gaillards. Une charpente horizontale, &#8211; les lisses, des préceintes, doublées d&#8217;un bordé, qu&#8217;on assemble à clins ou à franc-bord, &#8211; lie les couples entre eux. Et les ponts et les faux-ponts, régnant de tribord à bâbord, et d&#8217;arrière en avant, achèvent la solidité merveilleuse de l&#8217;ensemble. Au-dessus de la flottaison, deux ou trois entreponts s&#8217;étagent vers les gaillards, &#8211; gaillard d&#8217;avant ou château, gaillard d&#8217;arrière ou dunette. Ces entreponts vont du faux-pont, qui est juste au-dessous des gaillards. Et, plus haut, il n&#8217;y a que les mâts&#8221;.</p>
</blockquote>
<p style="text-align: justify;">Quatre mâts. Trois verticaux, l&#8217;artimon, le grand mât, la misaine. Un quatrième oblique, le beaupré, à l&#8217;avant. Deux de ces mâts, le grand mât et le mât de misaine, servent principalement à la propulsion. Les deux autres, beaupré et artimon, principalement à l&#8217;orientation du navire, ce pourquoi chaque mât porte des vergues, et chaque vergue sa voile. Le tout fait une montagne de toile blanche, haute de soixante mètres environ, chaque basse voile étant large d&#8217;au moins vingt-cinq. Rien de plus majestueux qu&#8217;un vaisseau de l&#8217;ancienne marine sous ses voiles.</p>
<p style="text-align: justify;">Ce qui va le plus manquer à la marine royale &#8211; qu&#8217;elle soit de guerre ou de commerce &#8211; c&#8217;est la persévérance. Certes, au temps des grandes compagnies maritimes, les Français porteront leur flotte marchande de trois cents à mille vaisseaux. Mais les Britanniques vont en aligner quatre mille et les Hollandais seize mille! Dans cette disproportion se trouve déjà inscrite la perte de la plupart des possessions américaines, malgré les exploits des capitaines corsaires ou des flibustiers.</p>
<p style="text-align: justify;">Il n&#8217;est pas d&#8217;empire sans maîtrise des mers. L&#8217;infortuné Louis XVI devait le comprendre, alors que tout était déjà joué depuis le funeste traité de 1763 &#8211; dont certains ont voulu faire une date aussi significative que celle de 1789.</p>
<p style="text-align: justify;">Claude Farrère devait parfaitement tirer la leçon de près de trois siècles d&#8217;aventure navale à la française, une histoire en tragiques dents de scie, où l&#8217;héroïsme des équipages n&#8217;a que rarement compensé l&#8217;impéritie des gouvernants.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;C&#8217;est une criminelle erreur d&#8217;avoir cru qu&#8217;on peut avoir des colonies en négligeant d&#8217;avoir une marine&#8221;.</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/la-maitrise-des-mers.html' addthis:title='La maîtrise des mers ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Petite guerre dans les Bayous</title>
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		<pubDate>Thu, 17 Jun 2010 17:05:57 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Un des films de guerre les plus vrais qui se puisse voir se déroule en Louisiane: Sans retour de Walter Hill (1981)]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/petite-guerre-dans-les-bayous.html' addthis:title='Petite guerre dans les Bayous '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/centrostudilaruna48x48.jpg" width="48" height="48" alt="" title="Centro Studi La Runa online" /><br/><p style="text-align: justify;"><img class="alignright size-medium wp-image-5077" style="margin: 10px;" title="bayous" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/bayous-300x165.jpg" alt="" width="300" height="165" />Un des films de guerre les plus  vrais qui se puisse voir se déroule en Louisiane. Il n’y a pas eu de  guerre depuis bien longtemps en Louisiane; pourtant cette aventure  parait mille fois plus plausible que les <em>Full Metal Jacket</em> et autres <em> Platoon</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous sommes en 1973. En pleine paix. Dans un État des USA. Pas  la moindre menace d’émeute raciale. On ne signale même pas un fou isolé  qui joue les <em>Rambo</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Quelques réservistes de la Garde nationale sont  convoqués pour un exercice de routine, une de ces marches d’orientation  pas trop pénibles, où il ne se passe rien, si ce n’est l’espoir, à la  fin du crapahut, d’aller voir les filles.</p>
<p style="text-align: justify;">Seulement, des pluies ont grossi les bayous et il faudrait faire un long  détour pour rejoindre le point de rendez-vous.</p>
<p style="text-align: justify;"><a href="http://www.amazon.fr/gp/product/B001B84SO4?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=B001B84SO4"><img class="alignleft size-full wp-image-5155" title="sans-retour" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/sans-retour.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Alors nos GI amateurs voient un canot et, pour rire, l’un d’eux tire une  rafale de fusil-mitrailleur sur les péquenots qui les insultent depuis  la rive d’en face. L’arme est charges de balles d’exercice.</p>
<p style="text-align: justify;">Les paysans n’aiment pas qu’on vole leurs affaires ni qu’on leur tire  dessus. Même avec des munitions à blanc. Alors ils ripostent. La  patrouille compte son premier tué, d’une balle qui lui explose le crâne.</p>
<p style="text-align: justify;">La douzaine de guerriers amateurs de ce groupe de combat rigolard va  devenir gibier pourchassé. Les naturels du coin abattent les uns après  les autres les intrus. Sans pitié.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut dire que ces indigènes sont des Cajuns, de lointaine origine  française (ce qui exige quelques sous-titres particuliers dans la  savoureuse version originale). Trappeurs, chasseurs, pêcheurs,  bûcherons, lis sont chez eux dans les marais et les forêts inondées.</p>
<p style="text-align: justify;">Il ne reste finalement que deux survivants qui arrivent dans un village.  On y tue justement le cochon. Et pourquoi pas aussi le soldat de  passage qui débarque en plein folklore?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce film reprend la bonne recette américaine de <em>La Patrouille perdue</em> (1934) ou  soviétique des <em>Treize</em> (1936).</p>
<p style="text-align: justify;">Cette fois, ce qui compte encore plus qu’une haletante chasse à l’homme,  c’est le décor de la Louisiane et surtout la présence de la population.  Cela fait quand même plaisir d’avoir des cousins aussi sauvages.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Southern Comfort</em>. Un film de Walter Hill, 1981. Titre de la version française: <em><a title="Sans Retour" href="http://www.amazon.fr/gp/product/B001B84SO4?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=B001B84SO4">Sans retour</a>.</em></p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/petite-guerre-dans-les-bayous.html' addthis:title='Petite guerre dans les Bayous ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Charles Maurras et sa préhistoire</title>
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		<pubDate>Mon, 07 Jun 2010 15:58:24 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[On peut ne pas aimer Maurras, mais on ne peut qu'être fasciné par l'obstination de cet homme, certain de son intelligence et de sa raison jusqu'à être plus royaliste que le roi et plus catholique que le pape]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/charles-maurras-et-sa-prehistoire.html' addthis:title='Charles Maurras et sa préhistoire '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/teiwaz.JPG" width="48" height="48" alt="" title="Teiwaz" /><br/><p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2841910814?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2841910814" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-5088" style="margin: 10px;" title="la-vie-de-maurras" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/la-vie-de-maurras.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>En consacrant une minutieuse et laudatrice biographie à son maître, Yves Chiron (1), directeur du Bulletin Charles Maurras, a l&#8217;immense mérite de faire connaître un homme et une oeuvre injustement minorisés. À une époque où l&#8217;on a célébré à grand fracs le dixième anniversaire de la disparition de Jean-Paul Sartre, penseur engagé s&#8217;il en fut, et où le rôle des intellectuels dans la cité est plus que jamais remis en perspective, il est indispensable de connaître Maurras. On peut ne pas partager ses idées: encore faut-il les connaître et aussi savoir quelle en fut la «préhistoire». Une réflexion sur les rapports de la pensée et de l&#8217;action est plus que jamais indispensable, même si elle aboutit à une critique de la démarche de Maurras et surtout des maurrassiens. On peut aussi se poser la question de savoir ce qu&#8217;il serait advenu de l&#8217;oeuvre littéraire de ce jeune poète provençal s&#8217;il n&#8217;avait été saisi par le démon de la politique. Quant à l&#8217;homme, ce livre prouve que nous le connaissons mal. Il mérite mieux que l&#8217;adulation de ses disciples et le mépris de ses adversaires.</p>
<p style="text-align: justify;">Jamais déterminisme régional ne joua un tel rôle que dans le cas de ce fils du soleil, issu des rivages (Martigues) et des collines (Roquevaire) de la Provence, né en 1868, un 20 avril (quelle ironie pour cet opiniâtre contempteur de la race germanique!).</p>
<p style="text-align: justify;">Il se sentira toute sa vie enraciné en terre occitane et se voudra héritier de l&#8217;antique civilisation gréco-latine, relayée par la discipline catholique romaine. Chez lui, la fidélité à la terre et au ciel de sa jeunesse aixoise domine des choix intellectuels qu&#8217;il croit guidés par la raison et qui le sont aussi, malgré lui, par l&#8217;instinct.</p>
<p style="text-align: justify;">S&#8217;être voulu avant tout «classique» et apparaître comme le dernier «romantique», quelle dérision, mais aussi quelle richesse, chez ce poète, guide de son peuple!</p>
<p style="text-align: justify;">Tout fondateur – et Maurras le fut plus que nul autre – n&#8217;en est pas moins aussi un héritier. Il ne faut jamais oublier que les maîtres de ce maître furent Mistral pour le meilleur et Barrès pour le pire (bien sûr, il faudrait nuancer, mais la nuance n&#8217;est pas maurrassienne).</p>
<p style="text-align: justify;"><em>ECOLE ROMANE</em></p>
<p style="text-align: justify;">De l&#8217;auteur de <em>Mireille</em>, chantre du peuple provençal, il tire un amour vibrant de la langue maternelle, un patriotisme du sang et du sol, une vision «populaire» dans le meilleur sens du terme, qui le mènera au félibrige et à des idées autonomistes et fédéralistes qui peuvent apparaître comme le meilleur de sa sensibilité et son héritage.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2723398188?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2723398188wp-content/uploads/maurras-contr" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-5089" style="margin: 10px;" title="maurras-contrerevolution" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/maurras-contrerevolution.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>À l&#8217;auteur des <em>Déracinés</em>, il emprunte un chauvinisme étroit et réducteur qui, plus encore que par la haine viscérale de l&#8217;Allemagne et du germanisme, se traduira par un paradoxal ralliement à un ultra-nationalisme plus proche qu&#8217;on ne le croit du jacobinisme tricolore des républicains tant haïs.</p>
<p style="text-align: justify;">Dès son arrivée à Paris, l&#8217;amitié du poète gréco-parisien Papadiamantopoulos, dit Jean Moréas, le conduit à fonder une Ecole littéraire et politique romane qui transcende sa Provence pour s&#8217;étendre à tout le monde méditérranéen.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est faut de dire que Maurras est incapable d&#8217;abolir les frontières. Bien au contraire. Le drame est qu&#8217;en opposant la «romanité» et la «barbarie», il se sent plus proche d&#8217;un «civilisé» de Grenade, de Naples ou d&#8217;Athènes que d&#8217;un «sauvage» de Quimper, de Dunkerque ou de Strasbourg!</p>
<p style="text-align: justify;">Son nationalisme français d&#8217;origine provinciale (c&#8217;est-à-dire d&#8217;un «pays vaincu» dans l&#8217;ordre romain) s&#8217;enferme de surcroît très vite dans un choix royaliste dont il ne se départira jamais, même quand il considérera la venue du Maréchal Pétain comme une «divine surprise».</p>
<p style="text-align: justify;">Quand il se lance dans la politique dans les dernières années du XIXe siècle, il aura du mal à convaincre ses amis patriotes de sauter le pas monarchiste. Mais ce petit homme à l&#8217;allure de mousquetaire qui domine, à force d&#8217;une prodigieuse volonté, le handicap de la surdité, est un opiniâtre.</p>
<p style="text-align: justify;">Par conviction ou par lassitude, les créateurs de l&#8217;Action française  vont, à son image, se complaire dans une querelle monarchie-république qui, pour satisfaire aux exigences d&#8217;une séduisante dialectique, ne les enfermera pas moins dans une atmosphère de guerre civile.</p>
<p style="text-align: justify;">D&#8217;où les chahuts estudiantins et les invectives. D&#8217;où aussi chez l&#8217;auteur du <em>Chemin de Paradis</em>, une passion polémique typiquement méridionale qui le conduira à être désavoué par le Prince et condamné par l&#8217;Eglise.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>CATHOLIQUE MAIS NON CHRETIEN</em></p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2724607813?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2724607813" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-5090" style="margin: 10px;" title="goyet-maurras" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/goyet-maurras.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>On peut ne pas aimer Maurras, mais on ne peut qu&#8217;être fasciné par l&#8217;obstination de cet homme, certain de son intelligence et de sa raison jusqu&#8217;à être plus royaliste que le roi et plus catholique que le pape. Catholique mais non chrétien. Le Vatican, dont il révérait la puissance temporelle plus que spirituelle, avait bien discerné le paganisme de ces premiers livres. Il en reste encore, si je ne me trompe, sept inscrits à l&#8217;Index! Là encore, la Provence est reine quand il fait cohabiter les dieux et les nymphes de l&#8217;Attique et du Latium avec le culte de la Vierge Mère, dont fut imprégnée sa pieuse enfance et qui patronnera une tardive conversion sur son lit de mort.</p>
<p style="text-align: justify;">Que Maurras est compris que l&#8217;idée précède l&#8217;action et qu&#8217;il n&#8217;y a pas de politique sans idéologie (ce qui ne contredit pas son célèbre «politique d&#8217;abord») est sans doute son apport essentiel. L&#8217;Action française fut une école de pensée qui marqua au moins deux générations.</p>
<p style="text-align: justify;">Les nombreuses dissidences et les échecs répétés devraient aboutir au paradoxe des paradoxes: le plus tenace des adversaires de l&#8217;Allemagne condamné à la réclusion perpétuelle pour «intelligence avec l&#8217;ennemi», après un procès qu&#8217;il avait affronté, francisque à la boutonnière et dont il s&#8217;écria: «C&#8217;est la revanche de Dreyfus!».</p>
<p style="text-align: justify;">Après sept ans et sept mois de prison, le vieux lutteur est mort en exil à Saint-Symphorien-lès-Tour, le 16 novembre 1952.</p>
<p style="text-align: justify;">Même ceux qui ne partagent pas sa doctrine ou qui ne sympathisent guère avec le personnage, doivent le louer d&#8217;avoir  d&#8217;avoir naguère prononcé la plus intelligente et la plus nécessaire de toutes les maximes:</p>
<p style="text-align: justify;">«Le désespoir en politique est une sottise absolue».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>* * *</strong></p>
<p style="text-align: justify;">(1) Yves Chiron, <a href="http://www.amazon.fr/gp/product/2841910814?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2841910814"><em>La Vie de Maurras</em></a>, 504 pages, 15 photos, Perrin. Que ce livre soit hagiographique est normal, qu&#8217;il soit dépourvu d&#8217;index est fâcheux. On lira aussi le splendide album consacré à Maurras par son fidèle Pierre Pascal (1909-1990), 350 F, paru aux Editions de Chiré, BP 1, 86190 Chiré-en-Montreuil, où l&#8217;on trouve de nombreux livres «maurrassiens» dans un sens très large.</p>
<p style="text-align: justify;">[<em>Charles Maurras et sa préhistoire</em> par Jean Mabire. Chronique publiée dans <em>National-Hebdo</em> et repris dans les <em>Cahiers de Chiré</em>.]</p>
<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/charles-maurras-et-sa-prehistoire.html' addthis:title='Charles Maurras et sa préhistoire ' ><a href="http://www.centrostudilaruna.it//addthis.com/bookmark.php?v=250&amp;username=xa-4d2b47597ad291fb" class="addthis_button_compact">Share</a><span class="addthis_separator">|</span><a class="addthis_button_preferred_1"></a><a class="addthis_button_preferred_2"></a><a class="addthis_button_preferred_3"></a><a class="addthis_button_preferred_4"></a></div>]]></content:encoded>
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		<title>Pauwels l&#8217;admirable</title>
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		<pubDate>Thu, 20 May 2010 15:13:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Jean Mabire</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Pauwels ne change pas. Il n'a jamais renié en lui ni l'esprit scientifique, ni l'esprit religieux. Il n'est pas dualiste, mais moniste. L'homme est Un, comme sera Un le surhomme]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="addthis_toolbox addthis_default_style " addthis:url='http://www.centrostudilaruna.it/pauwels-ladmirable.html' addthis:title='Pauwels l&#8217;admirable '  ><a class="addthis_button_facebook_like" fb:like:layout="button_count"></a><a class="addthis_button_tweet"></a><a class="addthis_counter addthis_pill_style"></a></div><img src="http://www.centrostudilaruna.it/category-icons/letteratura48x48.png" width="48" height="48" alt="" title="Letteratura" /><br/><p style="text-align: justify;">
<div id="attachment_4910" class="wp-caption alignright" style="width: 247px"><img class="size-full wp-image-4910" title="pauwels" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/pauwels.jpg" alt="" width="237" height="320" /><p class="wp-caption-text">Louis Pauwels (2 août 1920 - 28 janvier 1997).</p></div>
<p style="text-align: justify;">Il est des saisons pour les livres, comme pour les vins. Voici un essai de printemps. De le découvrir par vent d&#8217;ouest, dans un jardin-jungle plein de bourgeons et d&#8217;oiseaux, me l&#8217;a sans doute rendu plus fraternel. Cette nuit, il a gelé. Et le brouillard encapuchonnait à l&#8217;aube les pierres de mon toit. Maintenant, voici le beau temps. Je bourre une pipe et je vais travailler dehors, sous un soleil fugitif, mais complice. Par trois fois, il me faut sortir mon Opinel pour retailler le crayon: le bouquin de Louis Pauwels est un merveilleux recueil de citations en forme de dialogue.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis assez peu convaincu de l&#8217;identification de l&#8217;interlocuteur Blumroch Joseph avec le vieux complice Bergier Jacques. Le physique y est, paraît-il. Jusqu&#8217;aux tics. Mais j&#8217;imagine, aussi bien, un autre joueur pour relancer la balle. Au fond, le Flamand Pauwels dispute une partie de pelote basque, seul devant son mur. Un mur-miroir, comme dans les salles de danse ou d&#8217;escrime. Rien de tel pour corriger le style. Passons vite sur cette politesse devenue si rare: le bien-écrire. Une virtuosité d&#8217;autant plus certaine qu&#8217;elle se veut invisible. Méditer longtemps et écrire beaucoup pour arriver à ce dépouillement. Un beau <em>strip-tease</em>, qui ne laisse plus que la perfection de la nudité. L&#8217;ellipse, le mot juste, l&#8217;<em>humour</em>. Pauwels sait planter le décor. Un orage va et vient en toile de fond. Sur le devant de la scène, la foule des Champs-Elysées s&#8217;agite. Pas la place de faire de citations. Mais lisez l&#8217;avant-dernière page, entre deux cents autres, et cela vous consolera des rapports opératoires publiés par tous les sinistres thaumaturges du &#8220;nouveau roman&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pauwels écrit à la fois classique et moderne. En ce sens et en bien d&#8217;autres, il me fait penser à mon compatriote Saint-Evremond, bien plus qu&#8217;à Diderot. Pour moi, ce n&#8217;est pas un mince compliment. Il était assez facile d&#8217;être philosophe au siècle des Lumières. La mode vous portait. Mais il était bien plus difficile, quelques dizaines d&#8217;années auparavant, de préparer, dans la solitude, l&#8217;exil et le silence, cette brusque irruption libertaire, qui a &#8220;fait&#8221; la Révolution bien plus sûrement que les banqueroutes et les disettes. Veilleur encore trop isolé, Louis Pauwels n&#8217;en annonce pas moins ce que les marins appellent &#8220;la renverse du courant&#8221;. Il fallait ce solide gars du Nord, avec sa carrure rurale et ses yeux clairs, pour nous rappeler cette vérité évidente, à savoir que l&#8217;esprit connaît aussi des marées et dès saisons. Flamand, j&#8217;y tiens, pour notre Pauwels: rassurant, paisible et terrien comme Breughel. Mais aussi démesuré, infernal et mystique comme Bosch.</p>
<p style="text-align: justify;">Une riche nature. Prophète qui s&#8217;avance sur des souliers à triple semelle. Tranquille. Sentimental aussi. Moins &#8220;d&#8217;une pièce&#8221; qu&#8217;il n&#8217;y paraît, moins carré que sa carrure. Résolu, mais vulnérable. Attachant, mais qui refuse d&#8217;être attaché. Secret. Et avec cela, tout l&#8217;orgueil des timides, en prime.</p>
<p style="text-align: justify;">Je passe sur l&#8217;artifice <em>Blumroch</em>, Bergier-pas-Bergier (et pourquoi pas Benoist-pas-Benoist?). L&#8217;essentiel, c&#8217;est le recueil de citations, de haute teneur explosive. Tellement explosif que pas un critique ne l&#8217;a compris. La bombe &#8220;A&#8221; qui génocida Hiroshima avait, elle aussi, l&#8217;apparence d&#8217;une bombe ordinaire&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">Le propos de Pauwels est, tout simplement et tout dangereusement, de nous parler du surhomme.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070293645?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2070293645" target="_blank"><img class="alignleft size-full wp-image-4911" style="margin: 10px;" title="blumroch" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/blumroch.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Il s&#8217;attaque à la pollution idéologique avec une énergie que le préfet du Finistère aurait, certes, dû montrer pour enrayer le mazoutage d&#8217;Ouessant par l&#8217;épave de l&#8217;Olympic Bravery. Du muscle, des idées et du courage. Bientôt la plage sera propre. On accusera bien sûr un tel apologiste du surhomme de fascisme. Mais il répond, d&#8217;une phrase qui sonne comme une claque: &#8220;L&#8217;idée de surhomme que se font les sous-hommes est en effet fasciste&#8221;. A bon entendeur&#8230; On continue: &#8220;Je pense qu&#8217;il apparaît de loin en loin des êtres supérieurs à toute l&#8217;humanité&#8221;. Cette vision, calmement élitiste, se moque des idées à la mode sur l&#8217;avènement des masses car &#8220;l&#8217;âge des masses est en réalité l&#8217;âge des meneurs&#8221;. Louis Pauwels peut alors énoncer quelques vérités d&#8217;évidence, qui réjouiront les lecteurs d&#8217;Eléments mais ne les surprendront guère: &#8220;La science ne s&#8217;occupe pas des idées préférables. Elle dit les faits. Nos facultés sont dans nos gênes. La société, dans la formation de notre personne, ne joue qu&#8217;un rôle mineur&#8221;. Pauwels se prononce, sans haine et sans crainte, pour la hiérarchie des capables. Louis Pauwels en compagnie d&#8217;<a title="Alain de Benoist" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/alain-de-benoist/">Alain de Benoist</a> à Nice, pendant le deuxième congrès international pour la défense de la culture, en septembre 1974. Dans son intervention, l&#8217;auteur de <em>Blumroch l&#8217;admirable</em> lui avait rendu hommage, ainsi qu&#8217;au professeur Louis Rougier.</p>
<p style="text-align: justify;">&#8220;Je suis pour une méritocratie&#8221;. Cela ne veut pas dire qu&#8217;il faut des maîtres et des esclaves: &#8220;On est tous frères, c&#8217;est entendu. Mais on n&#8217;est pas jumeaux&#8221;. Dire cela, c&#8217;est affronter le terrorisme intellectuel (et physique) des idéologies égalitaires partout au pouvoir. L&#8217;auteur de <em>Blumroch </em>rappelle l&#8217;aventure de savants comme Jensen, Eysenck et Schockley. Une nouvelle formule coup de fouet: &#8220;L&#8217;égalité est une injustice faite aux capables&#8221;. Beau sujet de bac-philo, non? Suit une bonne distinction entre l&#8217;élite et la bourgeoisie. La volonté de puissance, l&#8217;esprit de réussite, le sens de l&#8217;effort, niés par les fils d&#8217;une bourgeoisie qui bousillent le patrimoine ancestral, permettront à des fils d&#8217;ouvriers de devenir les patrons de la société. Pour Pauwels, la méritocratie reste le seul régime populaire&#8230; Voilà qui va à l&#8217;encontre de la mode. &#8220;Mais nous ne misons pas sur l&#8217;avenir de la piété. Nous misons sur l&#8217;avenir de la connaissance&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;"><a rel="nofollow" href="http://www.amazon.fr/gp/product/2070361292?ie=UTF8&amp;tag=centrostudila-21&amp;linkCode=as2&amp;camp=1642&amp;creative=6746&amp;creativeASIN=2070361292" target="_blank"><img class="alignright size-full wp-image-4912" style="margin: 10px;" title="le-matin-des-magiciens" src="http://www.centrostudilaruna.it/wp-content/uploads/le-matin-des-magiciens.jpg" alt="" width="300" height="300" /></a>Galilée sera éternellement persécuté par les obscurantistes. Cette fois, le champ de bataille n&#8217;est plus le monde physique mais le monde humain. &#8220;Un jour, un nouveau <span class='bm_keywordlink'><a href="http://www.libriefilm.com/category/autori/charles-darwin" target="_blank">Darwin</a></span> arrachera le voile, et nous accepterons l&#8217;idée que l&#8217;humanité n&#8217;est pas homogène&#8221;. Mais, en attendant, &#8220;nous souffrons d&#8217;un démocratisme pathologique! Regardez comme nous sommes. Nous croyons beau de penser que tous les hommes se valent, et qu&#8217;à la limite un idiot vaut Einstein. Et quand il nous vient une petite préférence sentimentale pour l&#8217;idiot, nous appelons ca l&#8217;amour!&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Pauwels se bat pour la primauté absolue de l&#8217;intelligence, dont &#8220;la fonction est de rendre le monde intelligible à l&#8217;esprit, et, finalement, l&#8217;esprit intelligible à lui-même&#8221;. Le surhomme ce sera celui qui saura trouver le &#8220;mode d&#8217;emploi&#8221; de son cerveau &#8220;maquette complète de l&#8217;Univers&#8221;. Ambition qui oblige, immanquablement, de rendre hommage à Prométhée, père de Hegel et grand-père de Karl Marx le bûcheur comme de Frédéric Nietzsche le poète&#8230; La dialectique pauwelienne apparaît vite imparable. Et elle a le mérite de se situer bien au-delà de la politique. L&#8217;auteur de <em>Blumroch </em>ne se bat pas pour une société mais pour une civilisation celle de l&#8217;Occident scientifique, qu&#8217;il nomme &#8220;le nouvel empire romain&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Cela conduit à comprendre de quel chaos est mort ce monde de l&#8217;ordre. Alors, on en arrive au christianisme. Louis Pauwels n&#8217;esquive pas le débat capital et se soucie fort peu de réaliser quelque fallacieuse unanimité de la &#8220;droite&#8221;, en gommant le problème numéro un et en taisant le nom du poison. &#8220;Aujourd&#8217;hui dans tout ce que j&#8217;entends contre la civilisation et le progrès, je retrouve mot pour mot les chrétiens du premier siècle&#8221;. Il fallait montrer comment le christianisme que l&#8217;on croyait sérieusement malmené par la Renaissance, le siècle des Lumières la Révolution ou le marxisme, a réussi à survivre et même à triompher. &#8220;Grattez le militant qui veut sauver l&#8217;homme, le judéo-chrétien du premier siècle paraît&#8230; Tout fait honte au civilisé de croire au monde et à soi, de bâtir et de projeter&#8221;. Non sans paradoxe, Pauwels montre à quel point l&#8217;histoire de l&#8217;Eglise fut &#8220;un effort sublime pour contenir et raisonner la folie chrétienne&#8221;. Mais l&#8217;Eglise meurt; le christianisme redevient fou et les idéologues exaltent, avec lui, &#8220;comme voici deux mille ans, l&#8217;angoisse millénariste, l&#8217;attente d&#8217;une apocalypse, l&#8217;espérance d&#8217;un moment exalté de l&#8217;histoire qui mettrait en vacances le genre humain, l&#8217;impatience d&#8217;un Jugement&#8230;&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Contre cette démission de l&#8217;intelligence et du courage, Pauwels et son double entreprennent une exploration hardie et fascinante dans l&#8217;univers du surhumain. On retrouve les auteurs du <em>Matin des magiciens</em> et de <em>L&#8217;Homme éternel</em>.</p>
<p style="text-align: justify;">Pauwels ne change pas. Il n&#8217;a jamais renié en lui ni l&#8217;esprit scientifique, ni l&#8217;esprit religieux. Il n&#8217;est pas dualiste, mais moniste. L&#8217;homme est Un, comme sera Un le surhomme. Pour aborder &#8220;le temps de l&#8217;auto-transformation contrôlée&#8221;, il faut comprendre que la connaissance et la sagesse ne s&#8217;opposent pas, mais s&#8217;identifient. Le surhomme sera à la fois intelligent et heureux. Voici venir le temps irrésistible des &#8220;anormaux supérieurs&#8221;. Voici le credo de Louis Pauwels: &#8220;L&#8217;homme peut être transformé. Des modifications se produisent, par hasard ou par le jeu de forces ignorées. Le but de la science est de rendre volontaire la modification. L&#8217;humanité s&#8217;efforce de ne manquer de rien, mais elle risque de manquer de but. Rendre volontaire la modification: voilà le projet Prométhée du prochain siècle&#8221;.</p>
<p style="text-align: justify;">Il faut quand même conclure cette analyse. Ou, plutôt, il ne faut pas conclure, puisque Pauwels croit avec le grand <a title="Flaubert" href="http://www.centrostudilaruna.it/flaubert-contestataire-et-nietzscheen.html">Flaubert</a>: &#8220;La bêtise consiste à vouloir conclure&#8221;. J&#8217;avoue avoir été, tout au long de ce brillant essai, séduit et choqué. Séduit par cet entassement d&#8217;aphorismes vengeurs. Choqué par un constant parti pris d&#8217;optimisme, qui correspond fort peu à ma morale intime (si on me demande d&#8217;écrire sur <em>Blumroch</em>, c&#8217;est quand même qu&#8217;on s&#8217;attend à me voir un peu renâcler&#8230;). La certitude qui émane des trois derniers essais de Louis Pauwels me fait quand même penser à Rousseau. Louis a un peu tendance à faire le Jean-Jacques. Croire dans l&#8217;intelligence de certains ne me paraît pas plus assuré que croire dans la bonté de tous. Le surhomme est possible. Il n&#8217;est rien moins que certain. Ma tradition reste celle du pessimisme. Mes maîtres sont de bons Normands comme Boulainvilliers, Barbey, Gobineau, Flaubert, Georges Sorel ou <a title="Drieu La Rochelle" href="http://www.centrostudilaruna.it/autore/pierre-drieu-la-rochelle/">Drieu la Rochelle</a>, tous hantés par la décadence, tous pessimistes. Vers l&#8217;Est, cette vision s&#8217;organise et s&#8217;affirme avec Oswald Spengler. Mais ce pessimisme-là n&#8217;a rien à voir avec le fatalisme ou la démission que dénonce Pauwels. La certitude de la mort n&#8217;empêche pas un seul instant de vivre et de lutter. On rejoint mon vieux Corneille ou les héros solitaires des sagas islandaises. Et aussi la célèbre maxime du Taciturne. Il n&#8217;est pas nécessaire d&#8217;espérer&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">C&#8217;est pourquoi, ce que j&#8217;aime encore le mieux chez Pauwels l&#8217;admirable, c&#8217;est son goût du risque: &#8220;Si l&#8217;homme a dominé les autres espèces, c&#8217;est à force de jouer avec le feu. C&#8217;est en jouant avec le feu qu&#8217;il dominera sa propre espèce&#8221;. Finalement sa plus belle maxime reste encore celle-ci &#8220;Il n&#8217;y a de la pensée que s&#8217;il y a du défi&#8221;. Là, Rousseau est bien loin et Nietzsche resurgit.</p>
<p style="text-align: justify;">* * *</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Eléments</em>, nº 14-15 (mars 1976).</p>
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